à partir du 25 juillet 2009...


ça déménage !

 

 

Dans une joyeuse ambiance de retrouvailles, c'est Tony qui le premier demande la parole, pour suggérer que désormais chacun se limite à ne parler que d'un ou deux livres, ce sur quoi tout le monde tombe à peu près d'accord. Autre aménagement, proposé par Adrienne : ceux qui doivent partir plus tôt seront les premiers à prendre la parole.

 

La comète von Biela, ça vous dit quelque chose ? Non ? Eh bien, écoutons Patrick, qui a lu Et la comète passa de Maurice Limat. Il s'agit d'une comète dont la découverte, en 1826, est attribuée au baron autrichien Wilhelm von Biela et dont l'histoire est énigmatique : après son apparition, elle se serait scindée en deux et ne s'est plus jamais manifestée, laissant pantois les scientifiques. Bien. Ce que raconte le roman de Maurice Limat, parce que c'est un roman, c'est la création par un alchimiste, lors du passage de la comète en 1776, de deux êtres humains artificiels, doués de l'éternité, qui partent en voyage dans le temps. Mais voilà, être éternel, ce n'est pas ce qu'on croit, et nos deux voyageurs, lassés d'une existence où ils ne peuvent pas « risquer leur vie », cherchent à se détruire. L'occasion se présente lorsqu'on retrouve, sortie du système solaire et sur le point de s'écraser sur une planète, la bonne vieille comète de von Biela...

Voilà qui à n'en pas douter pose certains problèmes philosophiques et moraux, et tout particulièrement celui du désir d'éternité. Une fois de plus, l'intervention de Patrick nous plonge dans une vive discussion... Marie-Paule se rappelle du roman de José Saramago, Les intermittences de la mort, mettant en scène un pays imaginaire où plus personne ne meurt. Mais l'euphorie cède vite la place au chaos, car l'éternité se révèle être une douloureuse vieillesse... Eh oui, pas facile d'être éternel ! C'est ce qu'on retrouve aussi dans bien des contes, nous dit Michel.

 

Le désir d'éternité, ce n'est certes pas chez Francis Bacon qu'on le trouvera, intervient Tony, qui nous propose un regard croisé sur deux hommes que tout sépare, si ce n'est que lui-même est en train de lire leurs biographies : E.M. Foster, romancier que l'on connaît mieux par les adaptations cinématographiques de ses oeuvres (Howards End, Chambre avec vue) et Francis Bacon, donc (L'odeur du sang humain ne me quitte jamais, livre d'entretiens avec Patrick Maubert). Le parallèle tient à la suburbia, la banlieue anglaise étouffante, fade, où toute créativité s'éteint. Un univers poisseux que l'un et l'autre ont exploré : pour Forster, qui en vient, il s'agit de s'en extraire, au contraire de Bacon qui s'y plonge et n'a cessé d'en peindre les habitants, dans la crudité de leur laideur, comme s'il avait voulu s'y enfouir.

 

Mais la mort, et la peur de la mort, ne serait nous quitter si vite. Chacun y va donc de sa petite histoire personnelle, souvent tirée de l'enfance : Edith se rappelant sa peur de la fin du monde, accumulant, pour le cas où, des provisions de hachis Parmentier et de livres ; Adrienne qui se demandait avec effroi qui allait bientôt mourir dans sa famille ; Aline qui se souvient que son désir enfantin de célébrité était aussi celui d'éternité ; Jean et ses premières expériences spirituelles qui le mettaient face à la mort... En tous cas, tout le monde en convient : quand on a 10 ans, il nous semble qu'avoir 30 ans c'est être vieux.

Grâce à l'aspect pluri-générationnel du club des lecteurs, on a également pu évoquer l'évolution du rapport à la mort. Ainsi Dominique, quand sa fille lui a demandé Maman c'est quoi la mort, a eu cette démarche d'aller à la bibliothèque où elle a trouvé toutes sortes de livres qui l'ont aidé à expliquer, alors qu'Adrienne se souvient qu'en sa jeunesse il n'était pas question de ces explications plus ou moins rassurantes, et que la mort paraissait moins cachée, plus présente. Enfin, pour souligner la complexité de ces rapports, Amélie nous rappelle la polémique autour de l'exposition, au musée du quai Branly, de momies, c'est-à-dire de cadavres.

 

Cap sur l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid, avec Michel qui nous parle du roman Disgrâce de J.M. Coetzee, qui l'a bouleversé. Suite à une agression dont ils ont été victimes, un père fermier et sa fille ont une discussion. La fille s'entête à exploiter son domaine, contre l'avis de son père qui, en tant que Blanc, considère que leur place n'est pas sur ces terres. A une époque où les fermiers blancs se sentaient menacés, elle choisit de s'intégrer du côté des Noirs.

 

Michel toujours, avec Septentrion de Louis Calaferte. On lui avait parlé d'un auteur chargé d'érotisme, il a surtout découvert un grand écrivain, au regard pénétrant, capable de rendre vivants ses personnages, et tout particulièrement le personnage principal, « chat écorché » qui veut écrire, qui n'y arrive pas et qui vit au crochet des autres.

 

Michel. On se souvient du fameux discours de Dakar, prononcé en juillet 2007 par Nicolas Sarkozy, qui avait suscité de vives réactions, en Afrique et ailleurs. Écrit par un conseiller présidentiel (ce qui avait fait dire au président sénégalais que son homologue français avait été « victime de son nègre ») il dénotait une vision très partielle, si ce n'est une méconnaissance, de l'histoire africaine. Il fallait donc remettre les pendules à l'heure, et c'est ce que fait le Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy, qui rassemble 25 salutaires interventions pluridisciplinaires de chercheurs et d'universitaires comme Adam Ba Konaré ou Elikia M'bokolo. Michel y a beaucoup appris, par exemple sur l'ancienneté de certaines cultures africaines, sur les spécificités des civilisations de l'oralité ou sur la traite négrière. Loin des présupposés issus de l'éducation coloniale ou d'idées généreuses mais superficielles, voilà un livre qui « fait couler de l'eau fraîche dans la tête », selon la belle formule de Michel.

 

De l'histoire à nouveau, mais cette fois sous la forme plus romancée du François Ier et la Renaissance de Gonzague Saint-Bris, qu'a lu avec grand plaisir Jean. Au-delà même du grand personnage qui a fait venir Léonard de Vinci en France, on découvre des femmes de grand qualité, notamment la mère du roi, qui dirigea la France pendant que celui-ci était le prisonnier de Charles Quint. Et puis, Jean nous l'avoue : il aurait bien aimé vivre à cette période qui l'enchante par son art, sa poésie, ses châteaux.

L'occasion pour Amélie pour recommander la lecture d'un des sommets intellectuels de la période de la Réforme, j'ai nommé Erasme et son fameux Eloge de la folie.

 

L'un des gestes forts de François Ier fût son rapprochement avec Soliman le Magnifique, le plus éminents des souverains ottomans. C'est justement à Istanbul, cinq siècles plus tard, que nous emmène Orhan Pamuk (on avait déjà parlé de Mon nom est rouge). Marie-Paule a bien aimé ce livre autobiographique, sobrement intitulé Istanbul, où l'auteur, avec l'écriture fluide et l'art affiné de la narration qu'on lui connaît, se propose de revenir sur son enfance et sur son quartier natal, photographies à l'appui, et se faisant dresse un portrait de sa ville.

S'en suit une discussion : la Turquie, européenne ou pas ? Les avis sont variés, et c'est Patrick qui la conclut ainsi : « alors, on vote ? »

 

Edith, brandissant un gros volume de 600 pages : J'aime bien les gros bouquins tout neufs. Tony : Parce qu'on en a pour son argent ? On dirait bien que oui, à entendre Edith parler du Hors la loi de René Belletto : une belle écriture au vocabulaire riche, un foisonnement de personnages attachants, un univers mélomane bien rendu, plein de détails amusants, pas mal de suspens, et en sus des digressions jouissives sur la réincarnation, les extraterrestres ou encore le dédoublement de la personnalité.

 

[ A partir de là, je dois devoir m'excuser, s'il vous plaît ; mes notes et mes souvenirs sont quelques peu confus. Mon alibi, tout de même : deux grands plateaux remplis de toasts (caviar d'aubergine, terrine de lièvre, concassé de tomates sèches, artichauts au citron vert) avec saucisson à la noisette savoyarde, gouda au cumin, comté fruité 16 mois d'âge, tomates siciliennes séchées, poivrons grillés, marinés et baignés dans une huile matinée d'épices provençales, chips made in Great Britain au vinaigre balsamique et j'en passe. Ça ira ?]

 

Donc, pour résumer, jusqu'ici on a beaucoup parlé de la mort, de l'éternité et de l'Afrique, qui sont précisément les thèmes centraux de Monsieur Ki, un roman de Koffi Kwahulé qu'a lu Sonya. Un jeune étudiant africain arrive en France et loue une chambre dont il s'avère qu'elle avait précédemment été louée à un autre étudiant africain, décédé entre ses murs...

 

Une belle discussion sur l'expérience spirituelle, partie de Christian Bobin, dont Adrienne et Dominique ont lu avec ravissement La part manquante et Aline Les ruines du ciel, qui sont aussi celles de notre civilisation.

 

Une autre lecture bouleversante, pour Dominique, engagée dans un parcours de lecture autour de la Shoah : Démon de Thierry Hesse. Pierre Rotko apprend par son père, après des années de silence, l'histoire de ses grands-parents, juifs russes assassinés par les nazis. Il quitte alors tout pour entreprendre des recherches qui vont le mener à Grozny, en pleine guerre, où il va faire l'expérience des abandonnés de l'Histoire.

 

On passe sur Conversations à Jassy de Pierre Pachet, à qui Dominique reproche de noyer son propos dans un flot de mondanités insignifiantes, et sur Le journal intime de Benjamin Lorca, par Arnaud Cathrine, qu'Adrienne a refermé avec une grande sensation de vacuité.

 

L'air de rien, j'étais discrètement en train de me couper un énième morceau de comté, quand tout le monde s'est tourné vers moi pour me demander, alors, et toi, Jean-Baptiste, qu'est que tu as lu ? Hum, vous savez que la bibliothèque, scrunch scrunch, vient de compléter ses collections BD avec pas loin de 600 nouveaux titres, quand même. L'occasion de prendre la mesure de l'extrême variété des genres et d'en lire quelques unes, parmi lesquelles Alpha de Jens Harder, une gigantesque et fabuleuse fresque retraçant rien moins que l'histoire de la vie, depuis le big bang. Passionnant, éblouissant, à la fois poétique et scientifique. Autre coup de cœur : Rebetiko, de David Prudhomme. Dans la Grèce fascisante des années 30, une bande de musiciens, joyeux drilles un rien bandits, refait le monde autour d'un narguilé avant d'aller danser et chanter le rebetiko toute la nuit. Une belle évocation qui donne envie de mieux connaître ce genre musical né des bas-fonds d'Athènes, d'abord contestataire et interdit avant de connaître une plus large diffusion, avec notamment Vassílis Tsitsánis.

 

On finit, puisque ça doit bien, hélas, finir, avec Edith, qui, on s'en souvient, avait eu un coup de cœur pour Véronique Ovaldé avec Ce que je sais de Vera Candida. Elle a donc été voir plus loin, et a lu ce roman au titre si attirant : Les hommes en général me plaisent beaucoup. Eh bien, si elle n'avait rien lu d'autre de Véronique Ovaldé, il est probable qu'elle n'aurait pas terminé celui-là, dont le début l'a quelque peu déconcertée, avec ces troupeaux d'animaux s'échappant d'un zoo. Ce qui, elle le reconnaît, aurait été dommage, parce que c'est un beau roman sur le désir, à travers le regard d'un jeune femme au passé occulté ou revisité par la magie de l'enfance, le tout avec une écriture originale, inventive.

 

 

A nous revoir le 16 octobre.

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

  

 

Et c’est Adrienne qui ouvre le bal, avec le Dictionnaire amoureux de la Russie de Dominique Fernandez. Oui, depuis quelques temps on a une vraie passion pour les dictionnaires amoureux, au club des lecteurs ! Et celui-ci, pour Adrienne, est merveilleux, avec toutes ses entrées qui donnent envie d’aller voir plus loin, et tous ses personnages passionnants qui nous sont présentés, à l’instar de Rilke le russophile. Pour Adrienne, c’est l’occasion de retrouver une Russie qui, si elle n’y est jamais allée, l’habite depuis longtemps – depuis ses lectures d’enfance. Elle apprécie aussi la neutralité de l’auteur lorsqu’il traite de questions délicates, comme celle du Goulag.

 

Et Dominique Fernandez n’est évidemment pas un inconnu chez nous. Amélie nous parle de son roman Le banquet des anges, où il est beaucoup question d’art baroque. Mais quand l’auteur dit qu’on n’a même pas besoin de voir le baroque autrichien (mineur)  si on connaît déjà le baroque italien (le vrai, le beau) alors là Amélie n’est plus d’accord.

Autre livre qu’elle a lu il y a longtemps, dont elle garde bon souvenir : Porfirio, qui relate les aventures d’un castra italien entouré d’ecclésiastes lubriques. Ce qui nous amène à de larges discussions sur le culte des « jeunes garçons », des éphèbes, dont la littérature, et l’histoire, offrent tant d’exemples, toutes époques et toutes cultures confondues.

 

Bernard évoque une version contemporaine et violente du viol d’un adolescent, donnée par Antoine Dole dans Laisse brûler, un roman paru récemment chez Sarbacane. Le jeune Noah se gave de rancoeur et de médicaments depuis qu’un animateur télé a gâché sa vie. Très étonnant, ce roman dépeint l’incapacité de témoigner, le déni, le rejet de soi, l’angoisse d’un traumatisme qui n’est somme  toute pas souvent évoqué sous un angle masculin.

 

Des éphèbes, encore, sont nombreux à apparaître dans le gros roman d’Orhan Pamuk, Mon nom est rouge, dont parle Jean-Baptiste. On est à la fois dans un roman historique – le milieu des miniaturistes et les coulisses du pouvoir dans un Istanbul à l’âge d’or des Ottomans – un roman policier – d’abominables crimes restent inexplicables – et même un roman d’amour. L’intrigue serrée et la structure du roman en courts chapitres donnant voix à foison de personnages parfois inattendus rend sa lecture haletante, mais JB retiendra surtout la réflexion subtile sur les rapports entre la peinture ottomane, héritière alors quelque peu sclérosée des plus grands miniaturistes persans, et la peinture vénitienne, dont l’art du portrait exerce une complexe fascination sur les rives du Bosphore.

 

De l’histoire romancée toujours, avec Jean, qui nous parle du Cesar imperator de Max Gallo. On y voit se construire peu à peu un personnage calculateur, mélange d’ambition, de doute et de cruauté, prêt à utiliser ses intrigues sentimentales pour arriver à ses fins : le trône.  Beau portait du destin exceptionnel d’un homme de pouvoir.

 

Il a été beaucoup question, les dernières fois, de Carson McCullers, avec notamment le très beau roman Le cœur est un chasseur solitaire. Tous ceux qui l’ont lu ont adoré : aujourd’hui c’est Marie-Paule qui confirme.

 

Emily Dickinson, Dylan Thomas… en ce moment Tony lit et relit, en VO, ces poètes essentiels. Ne souscrivant pas à l’idée selon laquelle la biographie d’un auteur n’est pas significative pour son œuvre, et que seule compte celle-ci, il s’est jeté sur leurs biographies. Et alors, celle de Dylan Thomas n’est pas des plus ternes, ça non, "I've had 18 straight whiskies, I think this is a record". Celui qu’on a parfois surnommé le Rimbaud gallois, de part sa précocité, vécut comme un orage : ivresse quasi continuelle, écarts conjugaux, enfants dispersés, misère matérielle, voyages fantasques aux USA… What a mess ! Oui, mais quelle poésie. Allez, on ne résiste pas :

 

 

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;

Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.



Bine que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,

Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.



Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs

Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.



Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,

Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.



Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante

Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.



Et toi, mon père, ici sur la triste élévation

Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.

Rage, enrage contre la mort de la lumière.

 

Traduction d’Alain Suied, bien sûr disponible à la bibliothèque. On pourra aller voir de plus près sur : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dylanthomas/dylanthomas.html

 

Jean revient sur l’entrée de Simone Weil à l’Académie française et sur l’élégant discours de son cher Jean d’Ormesson, qu’il a adoré. Bernard relève que, si les femmes ont été et restent rares à la vieille académie, toutes celles qui en furent étaient de très grands esprits, à l’instar de l’helléniste Jacqueline de Romilly.

 

Qui ne connaît la journaliste Florence Aubenas, demande Marie-Paule, qui vient de lire avec intérêt Le quai de Ouistreham, un livre qui révèle un profond malaise dans le monde du travail aujourd’hui. Pendant des mois, près de Caen, Florence Aubenas, seule avec son bac, découvre le travail précaire et la vie de gens qui n’ont d’autre choix que d’accepter des conditions infâmes. Corvéables et malléables à merci !    

 

Marie-Paule toujours, avec un gros roman pleine de haine(s) : Mathieu Belezi, C’était notre terre. « Notre terre », c’est l’Algérie française d’une puissante famille de colons, dont la saga s’étale sur trois générations. Tout le monde s’y déteste, et tout le monde y méprise ceux qui, travaillant pour eux dans des conditions effroyables, font leur richesse. Un gros travail d’écriture (5 ans) pour un auteur qui, n’étant pas d’origine pied-noir, se veut nomade. A Edith qui lui demande s’il n’y a pas au moins un personnage sympathique, Marie-Paule répond que non, que le livre est rempli de haines. Et que, si on veut bien affronter cette atmosphère haineuse, le livre est intéressant (Marie-Paule elle-même était prête à le détester).

Bernard n’a lu lui aussi, et n’a pas aimé du tout, tant on est mal à l’aise avec la vision sombre et un peu à l’emporte-pièce de l’auteur, réduisant les pieds-noirs à une famille d’ignobles gros colons.

 

Inconnu à cette adresse, de K. Kressman Taylor, vous vous souvenez ? C’est Edith qui nous reparle de ce bouleversant roman épistolaire, qu’elle vient de découvrir grâce à sa fille. Max et Martin, allemands installés aux Etats-Unis, sont d’excellents amis. Max repart en Allemagne, alors sous régime nazi. L’un est juif, l’autre pas. Peu à peu, à travers les lettres, on voit leur relation se transformer. Edith a été impressionnée par ce bijou, dont la fin est particulièrement remarquable.

 

L’an dernier, la revue Page, publiée par un collectif de libraires, donnait son prix à Marie-Hélène Lafon pour L’annonce, qu’Edith a manifestement beaucoup apprécié. On a là un roman d’amour pudique, sans geste grandiloquent, mettant en scène la rencontre, via une annonce, de Paul, paysan du Cantal, et d’Annette, issue d’une famille pauvre du Nord et mère d’un garçon.  Cette douceur romanesque « fait du bien », et l’écriture en est originale, avec peu de ponctuation, beaucoup de listes et pas de dialogues.

 

Des livres bons pour le moral, des livres bons pour la santé, Dominique va nous en parler. On commence avec Le cœur cousu de Carole Martinez. Un petit bijou, riche et foisonnant,  d’ambiance très féminine, qui nous transporte dans une histoire enchantée où tout est métaphore. La couture – la vie, l’amour, la folie… Ici tout se dit en images, et cela rappelle les grandes heures du réalisme magique latino-américain. Sublime !

 

Et puis, Dominique toujours, avec Laurent Mauvignier, Des hommes, un livre dont on n’avait pas parlé jusque là mais dont on découvre soudain qu’il a été lu par Dominique, Edith et Marie-Paule qui toutes l’ont adoré ! C’est un roman très beau et très touchant sur les suites de la guerre d’Algérie, prise comme traumatisme. On retrouve là le regard très humain et humaniste d’un Laurent Mauvignier décidément très doué, apte comme pas un à donner voix à ceux qui n’en n’ont pas. Le tout avec une écriture de haut vol.

 

Allez, Dominique, un petit troisième pour la route, celui-là on ne peut pas se le refuser puisqu’il s’agit de Colum Mc Cann : Et que le monde poursuive sa course folle. Ce roman restitue très bien l’effervescence de New York dans les 70’s, en entretissant les multiples vies de multiples personnages autour d’une prouesse un peu folle : le funambule français Philippe Petit marche sur un fil tendu entre les tours du World Trate Center…

 

Le club des lecteurs ayant dû s’interrompre un peu plus tôt, nous nous excusons auprès de ceux qui n’ont pas eu assez de temps pour parler à leur aise.

 

 

Enfin, pour les curieux, rendez vous sur le site de Philippe Gazeau, l’architecte de la future médiathèque : http://www.philippegazeau.com/fr/

 

 

Enfin (bis) merci de noter ces petits changements de dates :

les prochains club n’auront pas lieu le 22 mai et le 19 juin,

mais le 29 mai et le 26 juin.


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

 

 

Sonya a lu Trois femmes puissantes de Marie N’Diaye. Bien écrit, trouve t’elle, mais il y a des longueurs, en particulier dans la troisième histoire. Rappelons qu’il s’agit de trois histoires de femmes africaines en France, histoires qui n’ont pas le même poids. Pourquoi « puissantes » ? Parce qu’elles ont une force intérieure qui leur permet de tenir malgré une vie difficile. C’est aussi la puissance du nom qu’elles portent, être soi. L’auteur a une prédilection pour certains mots fétiches, qui reviennent obsessionnellement, tant dans ses livres que dans sa façon de parler, sic ceux qui l’ont entendue sur France Culture. On pense que le prix Goncourt lui a été attribué plus pour son œuvre en général que pour ce roman, qui est moins puissant que Rosie Carpe, par exemple, qui avait en son temps marqué les esprits.

 

Adrienne a voulu lire, sur les conseils de Dominique : Histoire de la grande maison de Charif Majdalani. Alors que celle-ci était enthousiaste, Adrienne est restée sur sa faim. Elle a trouvé l’histoire belle (un conte, pour Dominique, porteur de la mémoire d’une famille qui n’existe plus) mais le style peu clair. En fait, ça ne lui a plu qu’à partir de la moitié du livre…

 

En revanche, Adrienne est enchantée par une découverte, celle de la collection des Dictionnaires amoureux. Après Patrick qui avait lu précédemment le tout récent Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan, elle a lu le plus ancien (2001) Dictionnaire amoureux de la Grèce de Jacques Laccarière.

Promeneur amoureux de la Grèce et de la Crète, Lacarrière (décédé en 2005), est aussi l’auteur de L’été grec,  « magnifique » témoignage d’amour (selon Aline) pour la Grèce et ses habitants, vivement recommandé par Tony et Dominique, entre autres. Piégée par le Dictionnaire amoureux de la Grèce, Adrienne a navigué dedans comme sur Internet, passant d’un article à l’autre, grâce aux renvois de l’auteur, et a pris grand plaisir à se promener de la dictée d’Edgar Quinet à Protagoras, de la Grèce ancienne à la moderne.

NB : pour visiter les Météores, extraordinaires monastères orthodoxes perchés dans les montagnes grecques, on est prié de porter une sorte de burqa cachant sa féminité, car celle-ci n’est pas tolérée en ces lieux… (même les animaux se doivent d’être mâles) – soit dit en passant !

 

Carson McCullers, épisode 3 : Tony l’a lu à son tour, en anglais (Le cœur est un chasseur solitaire = The heart is a lonely hunter). Autour de Mr Singer, le pivot sourd-muet du roman, gravitent quelques personnages qui se confient à lui tel un psy qui ne parlerait pas. Il y a Mick, la petite fille plus ou moins narratrice, Jake Blunt l’alcoolique un peu fou, révolutionnaire, le cafetier rêveur et insomniaque, le Dr Copeland, médecin noir qui se meurt pour sauver son peuple de l’humiliation et de la misère, le gros grec sourd-muet simplet ami de Singer… Un roman magnifique qui va au-delà de la description du sud des USA, qui touche au fond de l’âme humaine.

 

Tout cela évoque à Jean-Baptiste sa récente lecture de la trilogie de William Faulkner : Les Snopes. Trois romans donc : Le hameau, La ville, le domaine, une sorte de saga. Tout se passe dans le même coin du sud des Etats-Unis, aussi. Il y a un fourmillement de personnages, une famille de métayers blancs pauvres : les Snopes, qui s’installent et lobbyisent petit à petit les places qui rapportent. Le fils devient le personnage principal, très malin. Pour Jean-Baptiste, ce livre fait penser à Dostoïevski, il y a une profondeur, l’intelligence des personnages, qui touche à quelque chose d’universel, alors que ce ne sont que de pauvres paysans des profondeurs boueuses de l’Amérique…

A lire aussi de Faulkner : Absalon, Absalon et Le bruit et la fureur, deux des chefs d’œuvre de Faulkner.

 

Aline est en train de lire La convocation de Herta Müller, récent Prix Nobel, dont on a déjà parlé. Elle trouve que l’angoisse que l’héroïne ressent, sur le trajet qui la mène à ce rendez-vous à la Securitate est très bien décrite (cf comptes-rendus précédents).

 

Edith a lu avec beaucoup d’intérêt La malédiction d’Edgar de Marc Dugain (celui-là qui a mis en scène son propre livre au cinéma : Une exécution ordinaire). Il s’agit d’un roman qui en fait n’en a que la dénomination, ce qui permet à son auteur de se dédouaner des attaques juridiques ou historiques. Edith a en effet eu l’impression de lire un documentaire très instructif sur Edgar Hoover, chef du FBI pendant 48 ans. Homosexuel refoulé, personnage psychorigide, anti-communiste extrême (à l’époque de maccarthysme), il avait évidemment une faille, et pas des moindres. Comment a t’il fait pour tenir aussi longtemps à la tête du FBI ? Il « tenait » tout le monde, pour avoir mis des micros partout, pour avoir fliqué tout le monde. « Si vous me jetez, je balance tout ! », en quelque sorte ! Ce serait la clé. Les noms véritables sont cités, la collusion des grands de ce monde avec la mafia, etc. C’est extrêmement intéressant.

Une exécution ordinaire raconte l’histoire de Staline (tient, tient, encore un tendre !) qui engage une femme magnétiseuse pour le soigner. Mais comme c’est en contradiction avec le matérialisme qu’il prône, il la terrorise pour qu’elle ne parle pas.

 

Sur ce, une petite conversation sur le thème : nos grands hommes écrivent aussi. Patrick demande à Tony :

- « Toi qui est anglais, que penses-tu du livre de Giscard sur Lady Di ? »

- « Je m’en fous royalement ».

C’est le cas de le dire !

Epargnons à ceux qui n’étaient pas là les avis peu amènes sur cet ouvrage, qui paraît-il a eu peu de succès…

 

Autres lieux, autre livre, Haïti. Elisabeth, après d’autres, a lu Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot. Très dur. La pauvreté, ou comment s’en sortir. On a assez vite un sentiment de dégoût pour ce personnage cynique, un arriviste qui renie ses pauvres origines, devient avocat, mais redevient lui-même quand le soir il se retrouve seul, chantant des airs de son village au son de sa guitare. Vient un ado en cavale, Charlie, et voila que tombe le masque. Trouillot campe son personnage pendant la moitié du livre, puis on change de ton, et Charlie se révèle comme le double du « héros ».

 

A propos d’Haïti, Jean-Baptiste recommande fortement Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain (1907-1944). Selon lui, un des plus beaux romans d’amour qu’il ait jamais lu, et qu’il se plaît à recommander aux lecteurs qui cherchent ce genre de roman.

(Fondateur du parti communiste haïtien, il fut contraint à l’exil, étudia en Europe, revint au pays, fréquenta les surréalistes.)

 

Patrick s’est intéressé à la deuxième DB, à travers un vieux livre qu’il a chez lui, et qui en retrace l’épopée. Petit rappel : il s’agit de la deuxième division blindée du maréchal Leclerc de Hauteclocque qui a libéré la France et Paris en 1944. Venue d’Afrique, elle est d’abord passée par la Normandie et est allée jusqu’à Berchstesgaden dans le sud est de l’Allemagne.

 

Quant à Dominique, elle a été choquée par le « plagiat » qu’a fait Yannick Haenel dans Jan Karski, reprenant pour ainsi dire les écrits du héros dans au moins un tiers du livre. La polémique entre l’auteur et Jacques Lanzmann, c’est encore autre chose. (Pour les autres avis, se référer aux comptes-rendus précédents.)

 

Par contre Dominique a aimé Les filles d’Allah de l’auteur turc Nedim Gürsel. C’est très très beau, magnifiquement écrit, une sorte de conte. Il ne faut pas se fier au titre, car on se demande où sont les femmes, quasi absentes du livre. Il y a une grande interrogation sur la foi. Ce livre lui a valu un procès et bannissement de la Turquie.

 

Elle a lu aussi Un américain bien tranquille de Graham Greene. Datant des années 50, ce roman se passe pendant la guerre d’Indochine, et parle des soldats américains, dans une situation comparable à celle des soldats actuellement en Irak ou en Afghanistan. C’est la description de deux personnages, un qui est obligé de s’engager, l’autre, plein de certitudes, qui est dans l’humanitaire et se trouve confronté à sa propre vérité. Ça se lit facilement, il y a beaucoup de dialogues ; rappelons que Graham Greene était journaliste.

 

Enfin, dans la catégorie « les livres qu’on peut ne pas lire » : Alice Munro : Du côté de Castle Rock. Alors que Dominique avait adoré Fugitives, un recueil de nouvelles dont les héroïnes essaient d’échapper à une vie décevante, celui-là, qui raconte des souvenirs de famille, a un style très lourd, à l’américaine…

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 

 

Premier club de lecteurs de l’année, que nous souhaitons très bonne à tous, ceux qui viennent encore dans ces vieux locaux de la bibliothèque, et les autres qui ne viennent pas parce qu’ils travaillent ou parce qu’ils préfèrent lire au chaud sous la couette !

 

Le hasard (le destin ?) fait que plusieurs livres d’auteurs haïtiens sont parus ces mois-ci, et auxquels la tragédie du 12 janvier donne une autre dimension. Au passage, rappelons que le très intéressant festival, né à Saint-Malo, Etonnants Voyageurs, décentralisé à Bamako et Haïti, commençait là-bas justement ces jours de malheur, et qu’il a donc été annulé. S’y trouvaient Lyonel Trouillot, Dany Laferrière, Frankétienne et beaucoup d’autres qui sont tous sains et sauf.

 

C’est justement de Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot que Dominique a très envie de parler aujourd’hui. Le héros, haïtien qui a réussi, s’est exilé, il a abandonné son île natale, et sa misère pour son ambition, et revenu sur place, il oublie ses origines et son village. Mais un adolescent en cavale vient lui demander de l’aide et remet son statut en cause. Il y a aussi deux ou trois portraits de femmes un peu caricaturaux selon Dominique. Trouillot a une fibre sociale, Dany Laferrière a une écriture plus poétique.

Signalons qu’il a reçu le prix Wepler – Fondation La Poste 2009, un prix indépendant décerné par la librairie des Abesses à Paris (place de Clichy) et la brasserie Wepler (où Aline adore déguster une andouillette « géniale »).

 

Aline qui a lu Bord de mer de Véronique Olmi : une « horreur de tristesse, de folie, des sentiments extrêmes ». C’est sûr qu’on ne peut pas rester indifférent à la lecture de ce petit livre. Le sujet : une mère dépressive, pauvre, seule avec ses deux enfants, décide de les emmener voir la mer. Une dernière fois, car ça se passe mal, très très mal. Un livre très dérangeant, surtout pour ceux qui ont des enfants…

 

Suite à la prestation de Tony qui l’avait lu en anglais, Elisabeth (merci pour ces délicieux macarons fabrication maison) a lu, en français, Face aux ténèbres de William Styron. Il y décrit sa descente aux enfers de la dépression, très grave, la perte d’identité, la perte de soi, la proximité de la mort, et des symptômes physiologiques tels que la voix qui mue, que les amis ne reconnaissent plus. Il garde cependant son humour, et aborde des questions générales d’ordre philosophique.

 

Amélie nous rappelle du coup le livre de Fritz Zorn, Mars. L’auteur, suisse issu d’un milieu protestant rigoureux et froid, pas du genre très drôle, décrit le cancer qu’il a développé selon lui à cause de cette éducation, des tabous et de l’hypocrisie. Il décrit comment on détruit quelqu’un. Amélie nous prévient : « âmes sensibles, abstenez-vous » car il n’y a aucune lueur d’espoir là-dedans, contrairement au livre de Styron. D’ailleurs, l’auteur est mort à 32 ans après avoir écrit ce seul livre.

 

Enfin, dans le genre dépressif encore, Amélie nous parle de Oblomov de Ivan Gontcharov, un classique russe du 19e siècle décrivant la « mélancolie » et la déchéance d’un jeune noble. L’oblomovisme est d’ailleurs devenu un terme de psychologie décrivant l’incapacité de toute action du sujet.

 

Dans un autre registre, Jean a ressorti de sa bibliothèque personnelle une biographie d’Edouard Balladur écrite par Claire Chazal (gloups ! On sent que la réouverture de la bibliothèque/médiathèque se fait attendre !!!). Eh bien il y a trouvé de l’intérêt, manifestement, si j’ose dire, car on y parle entre autres de Mai 1968, et ça lui rappelle des souvenirs, à Jean, lui qui travaillait rue du Faubourg Saint Honoré et qui était représentant du personnel ! Evidemment, dans l’assemblée du club, il y a des « pour » et des « contre » pour résumer, mais on s’accorde pour reconnaître à Balladur intégrité et non-corruption… Pour Jean, il a la même culture que Mitterrand, avec qui il s’entendait très bien, éducation classique et catholique, etc… On parle aussi d’autres personnalités politiques comme la « lionne » Marie-France Garaud, tombée aux oubliettes depuis, car sa carrière politique a été anéantie.

 

Au chapitre Histoire, maintenant, enfin pas seulement, Aline a lu Jan Karski de Yannick Haenel. C’est la vie d’un aventurier, un Juste, un résistant polonais, pris malgré lui dans l’Histoire. Pendant la guerre, deux juifs du Ghetto de Varsovie l’y font pénétrer pour qu’il voit et qu’il témoigne au monde entier de ce qui se passe, et de l’urgence d’agir. A partir de ses visites là, il voue toute son existence à la transmission du message, lui qui n’est pas juif mais qui est mû par cette promesse, ce besoin absolu. Personne ne l’écoutera, ne voudra l’écouter, ni Roosevelt, ni les autres. Seulement après la guerre il pourra témoigner inlassablement devant des assemblées attentives, c'est-à-dire quand on n’aura plus de responsabilité à assumer. La question qu’Aline se pose, c’est « comment peut-on se souvenir de tous ces détails aussi longtemps après ? » Réponse : quand on a vécu des choses terribles, de tels chocs, on se souvient même de détails a priori insignifiants. Et comme dans les rêves, dit Jean-Baptiste, il suffit d’un petit quelque chose pour que tout remonte à la surface. Pour Elisabeth, il faut le vouloir, aussi. Et Tony pense que même si on essaie de raconter ce qu’on a vécu et que personne n’écoute, on laisse tomber ; et, dit Michel, on ne veut pas embêter les vivants avec ça… c’est ce qui apparaît dans le livre de Jorge Semprun : L’écriture ou la vie, il faut tourner la page. C’est le thème de « ce qu’on ne peut pas raconter dans les familles, qui fait des ravages même dans les générations qui suivent », sic Tony.

 

 

Dominique nous fait remarquer que depuis la rentrée, il y a une floraison de livres sur le thème de la parole qui se délie, ou pas, sur la guerre. Elle pense par exemple à Zone de Mathias Enard (cf. compte-rendu précédent).

 

Dans la même veine, Edith a aimé Le cœur glacé de l’espagnole Almudena Grandes (prix Méditerranée étranger 2009). Attention pavé ! (1072 pages) mais facile à lire. C’est la saga de deux familles espagnoles, l’une riche l’autre pas, ça commence pendant la guerre d’Espagne, avec ses atrocités, jusqu’à aujourd’hui. Il y a beaucoup à dire sur le sujet, sur la Retirada, la honte française des camps où furent internés les républicains exilés qu’on laissait mourir sans soin… Dans ce roman, l’auteur ne brosse pas un tableau manichéen : il y a des gens de toutes sortes, de toutes catégories sociales, des pauvres devenus franquistes, enrichis en pillant des riches exilés ayant tout perdu… L’auteur a mis 4 ans à préparer ce livre, basé sur des témoignages et des histoires réelles.

Ça rappelle le personnage de la Pasionaria à Adrienne, la secrétaire générale du PC espagnol, Dolores Ibarruri, députée des Asturies, modèle pour les résistants qui ne juraient que par elle. (nb.: voir à ce sujet sa biographie par Manuel Vasquez Montalban : La pasionaria et les sept nains, rayon Histoire : 946.081 VAZ).

 

Sur la guerre d’Espagne, Dominique signale aussi un livre éblouissant d’Agustin Gomez Arcos : L’agneau carnivore. Il a aussi écrit Ana non, l’histoire magnifique et terrible d’une vieille femme qui traverse l’Espagne en guerre pour apporter du pain à son fils emprisonné.

 

Autre sujet, autre époque, dans le livre que Sonya a lu : D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère. Autobiographique ? Le personnage principal est écrivain. Il est au Sri Lanka au moment du Tsunami. Il y a deux histoires.1° : une petite fille meurt et il ne sait pas comment se positionner auprès de ses amis ; 2° : il y a une coupure, on revient en France, une de ses belles-sœurs va mourir d’un cancer. L’idée : l’organisation de la vie après ; le fil rouge : l’écriture. Il y a beaucoup de réflexions sur « comment et pourquoi on développe un cancer ». Sonya voit mal l’intérêt de ces thèses dans le livre, qui est un roman. Finalement, elle ne semble pas enchantée par cette lecture…

Michel, lui, a été carrément exaspéré par ce livre ! Le côté idyllique, parfait des personnages et de leur comportement ne ressemble pas à la vie. Dans la réalité, il y a les petites lâchetés, les choses pas élégantes. Là, selon Sonya, le malheur qui arrive aux autres lui permet à lui de réfléchir à son couple (qui recolle les morceaux grâce au tsunami), c’est plutôt une bonne affaire pour lui, finalement !

Pour Dominique, le titre est un début d’explication (D’autres vies que la mienne) à la volonté de l’auteur de ne pas parler de lui, chose qu’on lui a beaucoup reprochée avec ses précédents livres. C’est un début de réflexion sur le recul qu’il peut enfin prendre sur les autres. Mais personne ici ne semble vraiment convaincu…

 

Tony et Amélie ont tous les deux lus Exit ghost ou sa traduction française Exit le fantôme de Philip Roth. Ils émettent tous deux quelques réserves. Amélie trouve qu’il n’y a pas d’unité, ce vieux monsieur ressemble à un clown, la jeune femme apparaît comme sa dernière conquête possible (lui a des problèmes de prostate, elle une tumeur au cerveau). Il n’y a pas d’intrigue. Nathan Zuckerman, le héros, est très préoccupé par la dégénérescence de son corps, il a peur d’avoir la maladie d’Alzheimer.

Tony a lu aussi du même auteur Indignation, en anglais, paru en 2008 et pas encore traduit en français. Ça parle d’une relation père-fils, le thème général étant l’influence du politiquement correct dans la vie quotidienne. Le héros, un étudiant bien sous tout rapport, est tout le temps en colère, il a une relation avec une fille déséquilibrée. Sa mère n’en peut plus avec son mari qui est dingue, elle veut divorcer, mais elle dit à son fils : « si je renonce au divorce, tu renonces à cette fille »…

En entendant cela, Dominique n’en peut plus, elle a adoré le livre (Exit le fantôme), et rappelle qu’il fait partie de toute une série concernant le héros Nathan Zuckerman que P. Roth « suit » depuis très longtemps, et qui est comme son double. Il faut lire les autres pour apprécier pleinement celui-là. Selon elle, il mérite le prix Nobel.

 

Patrick s'est plongé avec délices dans la lecture du Dictionnaire amoureux des étoiles de Trinh Xuan Thuan. Eh oui, il l'a fait ! Patrick a lu déjà, et dans l'ordre, une bonne partie des 1076 pages de ce livre. « Idéal pour un néophyte » selon lui. Tous les aspects sont abordés. On y apprend que seulement 4% de la matière est visible, et comme l'univers est en expansion, on se rend compte de l'étendue de notre ignorance ! TXT a une forme de philosophie pour parler de tout ça, il ne croit pas au hasard, pour lui, il n'y a pas de contradiction entre science et religion. Selon lui, la précision des lois physiques fait que ce ne peut pas être le hasard qui est à l'origine de tout ça. Il croit à l'unicité de notre univers, à la cohésion de ce qui le constitue. Patrick, qui est très féru d'astronomie nous a expliqué bien des choses que j'ai eu du mal à prendre en notes, donc pour tout renseignement, adressez-vous à lui ou lisez le Dictionnaire amoureux des étoiles !

 

Michel se fait un peu prier pour parler du livre qu'il vient de lire, car il n'a pas beaucoup apprécié La légende de nos pères de Sorj Chalandon. « Bof ! C'est un truc de journaliste ! » Rappelons qu'Edith et Dominique avaient beaucoup aimé ce livre... Pour Michel, ce n'est pas sorcier. Il y a comme un désaccord entre elles et lui sur le sujet du livre. Pour elles, c'est l'impossibilité de raconter, pour lui, c'est du journalisme.

 

Autre livre précédemment cité au club de lecteurs par Elisabeth, lu en ce moment par Catherine après cette prestation, Le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers. Un livre devenu un classique de la littérature étatsunienne, écrit dans les années 30 par une jeune femme (23 ans lors de sa publication) du Sud. Vraiment l'envie de le faire lire, de propager la lecture par d'autres. Au départ, C. McCullers l'avait appelé « Le muet », car le personnage principal est un homme muet, qui « écoute » en lisant sur les lèvres ce que les personnages de son entourage lui racontent, leurs malheurs, leurs préoccupations, leurs espoirs... Il est comme un psy qui écouterait tout un chacun avec bienveillance, et l'avantage c'est qu'il reste discret et respectueux. Il y a toute une série de portraits de personnages, des « petites gens » qui sont au bord ou dans la misère, qui luttent contre le racisme, pour leur survie et la justice. Un très beau livre, qui décrit l'univers du sud des Etats-Unis des années 30.

 

Jean-Baptiste nous parle lui du livre un peu dérangeant de Claude-Louis Combet : Blesse, ronce noire. Il s'agit de la relation incestueuse du poète autrichien Georg Trakl (1887-1914) et de sa sœur Gretl. Le poète expressionniste aura une histoire d'amour fou dès son jeune âge avec sa sœur, élevés dans une famille bourgeoise et ultra-rigide, entre une mère glaciale et un père mort jeune. Il mourra d'une overdose (volontaire) de cocaïne après avoir tenté de se suicider pendant la guerre de 1914/18, après avoir vu des horreurs sur les champs de bataille. La famille a brulé la correspondance du frère et de la sœur. Une très belle écriture au pouvoir de suggestion impressionnant.

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 

 

Tout d'abord, merci à Hubert, accompagné de Dominique, pour la délicieuse bûche de Noël ! Cela nous a valu une citation d'un proverbe anglais par Tony, impatient d'y goûter :

 

« - The proof of the pudding is in the eating, »

 

 

Après quelques puissantes bouchées, nous avons donc commencé à parler littérature, avec Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. Il en a déjà été question le mois dernier, et Jean-Baptiste a découvert un auteur, qui nous emmène au coeur de l'intime, dans les rêves, les frustrations des trois personnages. Son prix Goncourt est mérité. Pour certains, il y pourrait y avoir des ressemblances avec Eldorado de Laurent Gaudé ou Le ventre de l'Atlantique de Fatou Diome, mais seulement dans le thème (le déracinement, l'être ni d'ici / ni de là-bas...), car Marie Ndiaye a vraiment un style propre. D'ailleurs Edith et Jean-Baptiste aiment l'écriture étonnante et Aline le style enchanteur (les histoires ne le sont pas).

 

Aline, Edith et Dominique ont lu Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé. On l'aime bien cet auteur, à Romainville (cf compte-rendu précédent). Là aussi, trois personnages féminins, mais sur trois générations, dans un pays d'Amérique latine, pauvre et âpre. Elle ont préféré ce roman à celui de Marie Ndiaye, car elles se sont senties plus proches des personnages. C'est un plaidoyer contre la violence des hommes, le viol par exemple y est un thème récurrent. En résumé, c'est le portrait de femmes qui sont obligées de lutter pour survivre et pour nourrir leur famille, des « battantes » qui ne peuvent pas faire autrement, question de vie ou de mort. Comme ces femmes bretonnes autrefois qui ne voyaient leur homme que quelques jours par an, le temps de faire un gosse, et celui-ci repartait en mer pour des mois... A elles de gérer le quotidien difficile.

A Tony qui demande à Aline ce qu'elle sait de Vera Candida, celle-ci a répondu : « Que je n'aurais pas aimé vivre sa vie ».

 

Monsieur Jean, comme dit respectueusement Dominique, nous demande notre avis sur le dernier Dan Brown qui porte sur le thème de la franc-maçonnerie. Amélie n'aime pas ces amalgames historiques (moi non plus, en général ! - mais au fait, qui suis-je ? ), cette idée de mélanger réalité et fiction. Donc pour Jean, dans Anges et démons, il y a plus de démons que d'anges. Celui-ci est « pire que le Da Vinci code ». Edith a lu la version illustrée du Da Vinci code, et elle a trouvé ça intéressant du point de vue culturel, presque mieux que le roman lui-même. Comme d'habitude dans les romans de D. Brown, c'est bourré de références et de choses instructives, très documenté, ce qui permet des conversations sur les thèmes abordés. En l'occurrence, là nous nous mettons à parler franc-maçonnerie, loges féministes, etc...

 

Amélie nous invite donc à nous (re)-plonger dans L'écume des jours de Boris Vian, dans lequel il se moque, intelligemment et avec style, des rassemblements religieux.

 

Adrienne, qui a sacrifié sa séance de coiffeur pour le club de lecteurs (nous en sommes très honorés), a aimé le livre de Pierre Silvain : Assise devant la mer. Apparemment un livre assez surprenant, où l'on découvre les pensées d'un enfant avec ce qu'elles peuvent avoir de déroutant parfois. C'est l'amour d'un fils pour sa mère, qui, assise devant la mer, provoque l'angoisse chez ce fils possessif et jaloux, de la perdre. L'enfant, que l'on voit devenir adulte, s'éloigne, revient, réalise que sa mère est aussi une femme. « C'est très beau. »

 

Cela rappelle à Tony Le livre de ma mère d'Albert Cohen, un livre célèbre sur le thème fils/mère aussi, mais où le fils ne quitte pas sa mère ! Du coup, Tony l'avait laissé tomber, trouvant ce rapport trop lourd.

 

Dans le thème : rapport filial, il y a aussi Le pays de mon père de Wibke Bruhns. Un livre qui raconte l'enquête menée par la fille d'un homme pendu par le régime nazi pour avoir participé à l'attentat contre Hitler. Et partant de là, l'interrogation sur les raisons qui mènent un être normal au mal le plus cruel, au nazisme... Dominique dit n'avoir jamais trouvé de réponse à cette question dans ses multiples lectures; Amélie y a beaucoup réfléchi, elle pense que les contraintes du quotidien, les petites concessions accumulées pour garder son métier, sa boutique, etc... finissent par pousser les gens très loin.

 

Tony nous a lu un extrait de Face aux ténèbres, la traduction de Darkness visible de William Styron. L'auteur du Choix de Sophie a fait une terrible dépression, sujet de ce petit livre. Styron explique que sa dépression était en fait latente depuis très longtemps, sans qu'il en ait conscience et que tous ses personnages reflètent cet état qui était le sien, à tel point que plusieurs d'entre eux se suicident. En réfléchissant sur son passé et sur son oeuvre, il réalise tout ce qu'elle a eu comme conséquences.

 

Autre auteur étatsunien marqué par la dépression, David Foster Wallace s'est suicidé, après avoir publié deux romans, quelques essais et des recueils de nouvelles. En France, son seul roman disponible est La fonction du balai, qui a énormément plu à Elisabeth. Ce gros pavé de 600 pages bourré d'humour est écrit dans un style labyrinthique, très descriptif, qui fait penser à Michel Butor. C'est l'histoire, un peu loufoque d'une jeune femme standardiste dans une maison d'édition, dont la grand-mère s'évade de sa maison de retraite avec 25 autres personnes âgées, et dont la perruche devient la star d'une télévision fondamentaliste chrétienne, entre autres ! « C'est très contemporain, les dialogues sont excellents, c'est très bien mené ». Tout cela évoque aussi l'univers de Tim Burton.

 

Patrick, notre spécialiste de l'astronomie et de tout ce qui se rapporte à l'espace a lu : Soucoupes volantes et civilisations d'outre espace de Guy Tarade. Il y est question d'un cratère de la lune de 40 km de diamètre qui émet une luminosité dont on ne connaît pas la provenance et pour lequel, au cours des siècles, des témoignages ont afflué, annulant les analyses disant qu'il s'agit d'illusions d'optique dues à des engins spatiaux humains. Patrick nous rappelle aussi que pour s'y retrouver facilement dans la reconnaissance de l'espace, on peut se reporter au livre de vulgarisation de Camille Flammarion.

 

Sonya a lu Et si on dansait ? d'Erik Orsenna, un livre sur la ponctuation, qui fait un parallèle avec la musique. C'est agréable, intelligent. C'est le récit d'une petite fille qui écrit des textes, et qui se rend compte de l'importance de l'orthographe. Il y a par exemple tout un chapitre sur le point virgule. Et Jean de poser la question :

« - Et le final, c'est une symphonie ? »

Sonya: « - Tout à fait ! »

Rappel d'Elisabeth : le must en la matière, c'est le Traité de la ponctuation de Jean-Pierre Colignon, et elle sait de quoi elle parle...

 

Sonya a aussi lu Le choeur des femmes de Martin Winckler. L'auteur de La maladie de Sachs, gros succès de 1998, parle encore du milieu médical. Amateur éclairé de séries télé, M. Winckler a utilisé dans ce roman des principes rappelant ceux de séries comme Urgences : unité de lieu, de temps (les 500 premières des 600 pages se déroulent sur une semaine), des personnages débutants une carrière et des chefs de service expérimentés, des rapports hommes/femmes conflictuels qui s'arrangent, etc... L'héroïne est une jeune femme qui désire devenir chef de clinique gynécologique, mais ça n'est pas facile dans un milieu d'hommes, et elle apprendra que la médecine n'est pas que la chirurgie mais aussi l'écoute des patients. Ce qui a plu à Sonya, entre autres c'est que la pensée non dite des personnages est écrite en italiques.

Je dois avouer qu'à partir de ce moment j'ai eu du mal à prendre des notes, entre deux tranches de bûche, car Edith a commencé à parler des livres qu'elle a lus, et là mon stylo n'a pas réussi à suivre ! Alors en résumé:

  • Alberto Manguel : Tous les hommes sont menteurs

  • Dany Lafferrière : L'énigme du retour (très recommandé par Dominique)

  • Pierre Péju : La diagonale du vide (c'est l'auteur de La petite chartreuse)

  • Brice Matthieussent : Vengeance du traducteur (« rasoir » comme roman, mais très intéressant sur les pratiques parfois douteuses des traducteurs)

  • Laurent Mauvignier : Des hommes (très dérangeant, à tel point qu'Edith en a eu des insomnies. Ce n'est pas sur la guerre d'Algérie, mais sur ce que les gens ont ressenti.)

 

Là, je lâche prise, je ne peux que constater les déclarations enflammées de Dominique qui suivent, sur diverses lectures du même genre, et alors, dans une envolée lyrique, c'est le gobelet de café d'Amélie qui s'envole sous la gestuelle enthousiaste de sa voisine, qui tout à coup se confond en excuses. Tony lance un : « Oh! La violence des femmes ! » (référence aux commentaires sur Ce que je sais ...)

Fin de l'épisode. Il faut vraiment que j'apprenne la sténographie...

 

Amélie, donc, qui nous parle d'Herta Müller et de La convocation. L'auteur, qui a reçu le prix Nobel de littérature cette année, décrit la vie en Roumanie avant la chute du mur. L'héroïne est convoquée par la Securitate et décide en cour de route de ne pas y aller. Misère, débrouille, mari alcoolique, elle revisite en pensée tout ce qui a fait sa vie.

 

Dominique nous signale un roman qui lui a énormément plu : Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu, un auteur éthiopien émigré aux Etats-Unis. Coup de coeur de libraires qui lui ont donné envie de l'acheter, ce livre raconte l'histoire d'un réfugié éthiopien à Washington, qui tient une épicerie, et qui a la nostalgie, partagée avec deux amis africains. L'arrivée d'une femme blanche va bouleverser tout ça. Nous allons être amenés à en reparler.

Dominique a aussi une passion pour les livres de Charif Majdalani, un auteur libanais, dont nous avions déjà parlé il y a environ un an à propos de Caravensérail. Là c'est Histoire de la grande maison. Grandeur, déliquescence et exil d'un libanais, à la fin du 19e siècle. C'est un « grand bonheur », un conteur oriental.

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés