Club des lecteurs du 20 juin 2009

Publié le

Pour fêter ce dernier CdL de la saison, Dominique a apporté un délicieux gâteau aux carottes préparé par Hubert. Merci ! Comme quoi, en ce qui concerne la dégustation de toutes sortes de nourritures, les absents ont toujours tort !

 

Dominique justement a rapporté à la bibliothèque Zones humides, de l’allemande Charlotte Roche. Un livre sulfureux qui est au sommet des ventes en Allemagne, mais qui fait aussi jaser car il parle sans complexe de choses très crues, de l’intimité féminine … A ne pas mettre entre toutes les mains ! (Je sens que nous allons encore avoir quelques réflexions bien senties de la part de Mr X).

 

Elle a préféré, de loin, la lecture de Zone, de Mathias Enard. Il est l’élu du prix du livre Inter. 516 pages sans ponctuation, ça peut faire peur, mais au contraire, la lecture a plus de souffle, on est entraîné par le rythme. Edith aussi l’a aimé même si elle n’a pas voté pour lui lors de la réunion « prix du livre inter » organisée avec sa bande. Dominique y trouve une densité, une fluctuation de pensées où tout est lié, l’enchaînement n’a rien de décousu. Elle et Michel ont voté pour lui.

 

Dominique a aussi lu Courir dans les bois sans désemparer de Sylvie Aymard. Nous en avions déjà parlé quand il était paru, en 2006, chez Maurice Nadeau, une figure de l’édition française (c’est lui qui a fait découvrir en France des auteurs tels que Samuel Beckett, Georges Perec, Nathalie Sarraute ou Claude Simon, entre autres). Le livre a reçu un prix attribué par des lycéens, ce qui a donné envie à Dominique de le lire. Elle n’a pas été  déçue par la belle écriture, les petites phrases, fins coups de pinceau. Cela parle de déclassement social, d’une histoire entre une femme d’un milieu moins favorisé que l’homme et du sentiment de ne jamais être à la « bonne » place. Mais il finit sur une note d’espoir, on en sort finalement optimiste.

 

Jean a lu L’ange de Bagdad de Paul-Loup Sulitzer. Eh oui, ce que l’on aime chez Jean, c’est aussi cette ouverture d’esprit, sa capacité à lire des choses très différentes avec plaisir. Là, c’est un divertissement, c’est comme ça qu’il le dit. Le héros, Tarek Michel Samara, trafiquant de pétrole en Irak, en veut à la fois à Saddam Hussein et à la famille Bush. Vengeance personnelle, guerre, voyages dans des contrées à risques, paradis fiscaux, guerres, tortures, agents secrets, personnages bien campés, tous les bons éléments d’un roman à succès sont réunis. Et on ne s’ennuie pas.

Du coup, Dominique se souvient d’avoir lu Le roi vert, du même auteur (et de ses documentalistes-secrétaires, on n’ose pas employer d’autre terme…). L’avantage, dit-elle, c’est qu’on peut le lire sur la plage, faire tomber de la crème solaire et de la glace au chocolat dessus, on n’a pas trop mal au cœur (ndlr : si bien sûr il ne s’agit pas de l’exemplaire de la bibliothèque !). On peut aussi entendre la radio du voisin et surveiller l’enfant du coin de l’œil sans risquer de perdre le fil de la lecture. Bref, une excellente lecture de vacances.

 

Jean a ses exigences, pourtant : si il doit lire un livre difficile, celui-ci doit le passionner.

 

Aline est maintenant dans sa période « arabe ». Elle est irrésistiblement attirée par les auteurs de langue arabe, et découvre une variété et une finesse insoupçonnée. Là, elle a lu des nouvelles de Hanan El-Cheikh (Liban) intitulées Le cimetière des rêves. Deux nouvelles ont particulièrement retenu son attention. Des histoires de femmes qui refusent l’oppression, le choix fait par les hommes de tout ce qui fait leur vie, la rupture avec la famille et la tradition insupportables.

Alors nous nous mettons à parler de musique arabe, arabo-andalouse, etc… Dominique nous dit qu’il lui arrive de pleurer en écoutant cette musique qui la fascine, Sonya regrette qu’on ne puisse plus trouver les disques de Lili Boniche, un célèbre chanteur populaire algérien qui a modernisé son style et s’est rapproché des rythmes du jazz , entre autres..

 

Sonya a lu justement un livre sur un musicien, Ravel de Jean Echenoz (2006). C’est bien un roman, mais quelle est la part de fiction et la part de réalité ? Il parle des dix dernières années de Ravel, de 1927 à 1937, ses voyages, son côté vieux garçon maniaque et dandy à la fois, son ascension dans le succès, ses doutes, son travail de compositeur…

 

Je ne résiste pas à la tentation de vous répéter ici la conversation qui s’ensuit :

-         Aline : « Quelqu’un ma dit que le Boléro de Ravel est une musique de malheur. Qu’en pensez-vous ? »

-         Dominique : « De Gustave Mahler ? »

étonnant,  non ?

 

C’est un livre qu’Adrienne a lu il n’y a pas longtemps, là c’est Michel, qui le relirait bien d’ici quelques mois L’attente du soir de Tatiana Arfel. Premier roman d’une jeune femme de 26 ans, ce livre a étonné Michel par sa maturité. C’est un « bouquin tragique », l’histoire de trois égarés, trois chapitres, un par personnage. Un clown, Giacomo, qui travaille sur les odeurs, son cirque marche bien ; une fille, Melle B, à la vie détruite par ses parents ; un enfant sauvage, le Môme. Trois chapitres faits de la même façon, la découverte progressive des personnages, ils sont un peu du même monde. Cela provoque chez Michel une interrogation sur la responsabilité que nous avons en tant que parents, sur l’importance de nos choix d’éducation, et sur le fait que même en essayant de faire au mieux, nous avons de fortes chances de nous tromper… Et là de nous faire cette citation de Christiane Singer :

« Je te pardonne pour le mal que je t’ai fait ».

A méditer !

 

Edith a lu un « vieux » livre de Marc Dugain (1998) : La chambre des officiers. Premier roman de M. Dugain, il a obtenu 18 prix ! Adapté au cinéma dans un film magnifique (sic Dominique). C’est l’histoire d’une « gueule cassée » (terme par ailleurs jamais utilisé dans le roman), ces soldats de la guerre de 14/18 qui revenaient avec une partie du visage en moins. Le héros passe cinq ans à l’hôpital avec d’autres comme lui, dont une femme, qui tentent de refaire leur vie.

 

Edith a aussi découvert un auteur américain : Dennis Lehane. Après avoir adoré ses polars Shutter Island, Gone Baby gone, et Mystic river (adapté au cinéma par Clint Eastwood), elle recommande Un pays à l’aube. Bien que publié dans la collection Rivages-Thriller, Edith nous met en garde : CE N’EST PAS UN THRILLER ! L’histoire : en 1918, aux Etats-Unis, pays où les policiers font grève car leur salaire ne leur permet pas de vivre décemment, il y a des attentats, il se passe plein de choses.

 

Et maintenant le chapitre Pierre Michon... C’est vrai que Jean-Baptiste et moi-même aimons conseiller la lecture de P.M. aux amateurs de belle écriture, de bonne littérature, avec l’idée que nous avons en France un grand auteur vivant qui nous prodigue un livre de temps en temps, et qu’on attend celui-ci avec impatience. Alors Edith a lu Vies minuscules, un livre fait de 8 chapitres parlant de 8 personnages, d’une langue « difficile et exigeante ». « Oui, c’est beau, mais je ne les donnerais pas à lire à mes gendres ».

Jean-Baptiste est allé écouter P. Michon à Paris, au festival Paris en toutes lettres. Il y a donné une lecture de son dernier livre, Les onze. J.B. n’a pas été déçu, car pour lui, les livres de P. Michon sont le comble de la littérature écrite, et il se demandait bien ce que la lecture apporterait de plus. Or l’auteur a magnifiquement lu, donnant un rythme au texte et lui ajoutant même une autre dimension.

Les onze, petit livre de 136 pages, raconte l’histoire mêlant fiction et réalité d’un tableau commandé en 1794 pendant la révolution française, représentant les onze membres du comité de salut public.

 

Je me souviens... de Boris Cyrulnik, c’est aussi un livre que j’ai lu après Les onze. Deux petits ouvrages intenses et marquants, dans un genre différent. On connaît B. Cyrulnik depuis longtemps : psychiatre, inventeur de la notion de résilience qu’il développe dans Les vilains petits canards. Dans Je me souviens... il nous raconte son histoire personnelle, et l’on comprend mieux ce qui l’a amené à devenir psychiatre, décision qu’il a prise à 9 ans. Enfant juif orphelin très jeune, il a réussi extraordinairement à échapper aux rafles, à survivre à la guerre, puis a été balloté dans de nombreuses familles d’accueil. Ce livre, c’est la recherche des traces de son passé, avec l’aide d’un ami, sous l’angle de ses théories sur la mémoire. On comprend que la mémoire n’a rien d’objectif et que si elle occulte certains épisodes ou, au contraire, elle fait persister des détails a priori sans importance, c’est pour aider à vivre. Ce qui en fait un livre à part, c’est qu’il s’agit à la fois d’un témoignage et d’un essai sur le souvenir et la résilience, par ailleurs très émouvant.

 

 

Dominique a lu aussi China et la grande fabrique d’Alexis Salatko, un bon gros roman populaire, qui se passe à Limoges au 19e siècle, dans le milieu de l’industrie porcelainière. C’est l’ascension puis le déclin d’une famille paternaliste. Un livre bien écrit. Dominique a eu l’impression d’être au cinéma, tellement les images évoquées lui ont donné l’impression d’être « dedans ».

Par contre, elle a été déçue par le dernier livre d’André Brink, Dans le miroir. Le grand écrivain sud-africain y parle de l’impossibilité, finalement, de vivre ensemble entre blancs et noirs... Drôle de thématique, pour quelqu’un qui a lutté toute sa vie contre l’apartheid et nous avait tant fait espérer de la fin de celle-ci. Cela dit, le journal Le Monde a publié une interview d’A. Brink début 2007, où il avoue sa déception de voir les nouveaux dirigeants de l’ANC aussi corrompus et arrogants que les blancs qui les ont précédés. Nous serons probablement amenés à en reparler...

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