Club des lecteurs du 10 avril 2010

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Et c’est Adrienne qui ouvre le bal, avec le Dictionnaire amoureux de la Russie de Dominique Fernandez. Oui, depuis quelques temps on a une vraie passion pour les dictionnaires amoureux, au club des lecteurs ! Et celui-ci, pour Adrienne, est merveilleux, avec toutes ses entrées qui donnent envie d’aller voir plus loin, et tous ses personnages passionnants qui nous sont présentés, à l’instar de Rilke le russophile. Pour Adrienne, c’est l’occasion de retrouver une Russie qui, si elle n’y est jamais allée, l’habite depuis longtemps – depuis ses lectures d’enfance. Elle apprécie aussi la neutralité de l’auteur lorsqu’il traite de questions délicates, comme celle du Goulag.

 

Et Dominique Fernandez n’est évidemment pas un inconnu chez nous. Amélie nous parle de son roman Le banquet des anges, où il est beaucoup question d’art baroque. Mais quand l’auteur dit qu’on n’a même pas besoin de voir le baroque autrichien (mineur)  si on connaît déjà le baroque italien (le vrai, le beau) alors là Amélie n’est plus d’accord.

Autre livre qu’elle a lu il y a longtemps, dont elle garde bon souvenir : Porfirio, qui relate les aventures d’un castra italien entouré d’ecclésiastes lubriques. Ce qui nous amène à de larges discussions sur le culte des « jeunes garçons », des éphèbes, dont la littérature, et l’histoire, offrent tant d’exemples, toutes époques et toutes cultures confondues.

 

Bernard évoque une version contemporaine et violente du viol d’un adolescent, donnée par Antoine Dole dans Laisse brûler, un roman paru récemment chez Sarbacane. Le jeune Noah se gave de rancoeur et de médicaments depuis qu’un animateur télé a gâché sa vie. Très étonnant, ce roman dépeint l’incapacité de témoigner, le déni, le rejet de soi, l’angoisse d’un traumatisme qui n’est somme  toute pas souvent évoqué sous un angle masculin.

 

Des éphèbes, encore, sont nombreux à apparaître dans le gros roman d’Orhan Pamuk, Mon nom est rouge, dont parle Jean-Baptiste. On est à la fois dans un roman historique – le milieu des miniaturistes et les coulisses du pouvoir dans un Istanbul à l’âge d’or des Ottomans – un roman policier – d’abominables crimes restent inexplicables – et même un roman d’amour. L’intrigue serrée et la structure du roman en courts chapitres donnant voix à foison de personnages parfois inattendus rend sa lecture haletante, mais JB retiendra surtout la réflexion subtile sur les rapports entre la peinture ottomane, héritière alors quelque peu sclérosée des plus grands miniaturistes persans, et la peinture vénitienne, dont l’art du portrait exerce une complexe fascination sur les rives du Bosphore.

 

De l’histoire romancée toujours, avec Jean, qui nous parle du Cesar imperator de Max Gallo. On y voit se construire peu à peu un personnage calculateur, mélange d’ambition, de doute et de cruauté, prêt à utiliser ses intrigues sentimentales pour arriver à ses fins : le trône.  Beau portait du destin exceptionnel d’un homme de pouvoir.

 

Il a été beaucoup question, les dernières fois, de Carson McCullers, avec notamment le très beau roman Le cœur est un chasseur solitaire. Tous ceux qui l’ont lu ont adoré : aujourd’hui c’est Marie-Paule qui confirme.

 

Emily Dickinson, Dylan Thomas… en ce moment Tony lit et relit, en VO, ces poètes essentiels. Ne souscrivant pas à l’idée selon laquelle la biographie d’un auteur n’est pas significative pour son œuvre, et que seule compte celle-ci, il s’est jeté sur leurs biographies. Et alors, celle de Dylan Thomas n’est pas des plus ternes, ça non, "I've had 18 straight whiskies, I think this is a record". Celui qu’on a parfois surnommé le Rimbaud gallois, de part sa précocité, vécut comme un orage : ivresse quasi continuelle, écarts conjugaux, enfants dispersés, misère matérielle, voyages fantasques aux USA… What a mess ! Oui, mais quelle poésie. Allez, on ne résiste pas :

 

 

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;

Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.



Bine que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,

Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.



Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs

Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.



Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,

Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.



Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante

Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.



Et toi, mon père, ici sur la triste élévation

Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.

Rage, enrage contre la mort de la lumière.

 

Traduction d’Alain Suied, bien sûr disponible à la bibliothèque. On pourra aller voir de plus près sur : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dylanthomas/dylanthomas.html

 

Jean revient sur l’entrée de Simone Weil à l’Académie française et sur l’élégant discours de son cher Jean d’Ormesson, qu’il a adoré. Bernard relève que, si les femmes ont été et restent rares à la vieille académie, toutes celles qui en furent étaient de très grands esprits, à l’instar de l’helléniste Jacqueline de Romilly.

 

Qui ne connaît la journaliste Florence Aubenas, demande Marie-Paule, qui vient de lire avec intérêt Le quai de Ouistreham, un livre qui révèle un profond malaise dans le monde du travail aujourd’hui. Pendant des mois, près de Caen, Florence Aubenas, seule avec son bac, découvre le travail précaire et la vie de gens qui n’ont d’autre choix que d’accepter des conditions infâmes. Corvéables et malléables à merci !    

 

Marie-Paule toujours, avec un gros roman pleine de haine(s) : Mathieu Belezi, C’était notre terre. « Notre terre », c’est l’Algérie française d’une puissante famille de colons, dont la saga s’étale sur trois générations. Tout le monde s’y déteste, et tout le monde y méprise ceux qui, travaillant pour eux dans des conditions effroyables, font leur richesse. Un gros travail d’écriture (5 ans) pour un auteur qui, n’étant pas d’origine pied-noir, se veut nomade. A Edith qui lui demande s’il n’y a pas au moins un personnage sympathique, Marie-Paule répond que non, que le livre est rempli de haines. Et que, si on veut bien affronter cette atmosphère haineuse, le livre est intéressant (Marie-Paule elle-même était prête à le détester).

Bernard n’a lu lui aussi, et n’a pas aimé du tout, tant on est mal à l’aise avec la vision sombre et un peu à l’emporte-pièce de l’auteur, réduisant les pieds-noirs à une famille d’ignobles gros colons.

 

Inconnu à cette adresse, de K. Kressman Taylor, vous vous souvenez ? C’est Edith qui nous reparle de ce bouleversant roman épistolaire, qu’elle vient de découvrir grâce à sa fille. Max et Martin, allemands installés aux Etats-Unis, sont d’excellents amis. Max repart en Allemagne, alors sous régime nazi. L’un est juif, l’autre pas. Peu à peu, à travers les lettres, on voit leur relation se transformer. Edith a été impressionnée par ce bijou, dont la fin est particulièrement remarquable.

 

L’an dernier, la revue Page, publiée par un collectif de libraires, donnait son prix à Marie-Hélène Lafon pour L’annonce, qu’Edith a manifestement beaucoup apprécié. On a là un roman d’amour pudique, sans geste grandiloquent, mettant en scène la rencontre, via une annonce, de Paul, paysan du Cantal, et d’Annette, issue d’une famille pauvre du Nord et mère d’un garçon.  Cette douceur romanesque « fait du bien », et l’écriture en est originale, avec peu de ponctuation, beaucoup de listes et pas de dialogues.

 

Des livres bons pour le moral, des livres bons pour la santé, Dominique va nous en parler. On commence avec Le cœur cousu de Carole Martinez. Un petit bijou, riche et foisonnant,  d’ambiance très féminine, qui nous transporte dans une histoire enchantée où tout est métaphore. La couture – la vie, l’amour, la folie… Ici tout se dit en images, et cela rappelle les grandes heures du réalisme magique latino-américain. Sublime !

 

Et puis, Dominique toujours, avec Laurent Mauvignier, Des hommes, un livre dont on n’avait pas parlé jusque là mais dont on découvre soudain qu’il a été lu par Dominique, Edith et Marie-Paule qui toutes l’ont adoré ! C’est un roman très beau et très touchant sur les suites de la guerre d’Algérie, prise comme traumatisme. On retrouve là le regard très humain et humaniste d’un Laurent Mauvignier décidément très doué, apte comme pas un à donner voix à ceux qui n’en n’ont pas. Le tout avec une écriture de haut vol.

 

Allez, Dominique, un petit troisième pour la route, celui-là on ne peut pas se le refuser puisqu’il s’agit de Colum Mc Cann : Et que le monde poursuive sa course folle. Ce roman restitue très bien l’effervescence de New York dans les 70’s, en entretissant les multiples vies de multiples personnages autour d’une prouesse un peu folle : le funambule français Philippe Petit marche sur un fil tendu entre les tours du World Trate Center…

 

Le club des lecteurs ayant dû s’interrompre un peu plus tôt, nous nous excusons auprès de ceux qui n’ont pas eu assez de temps pour parler à leur aise.

 

 

Enfin, pour les curieux, rendez vous sur le site de Philippe Gazeau, l’architecte de la future médiathèque : http://www.philippegazeau.com/fr/

 

 

Enfin (bis) merci de noter ces petits changements de dates :

les prochains club n’auront pas lieu le 22 mai et le 19 juin,

mais le 29 mai et le 26 juin.

Publié dans Club de lecteurs

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G
<br /> <br /> Bonjour<br /> <br /> <br /> Vivement l'ouverture de la nouvelle bibliothéque ....<br /> <br /> <br /> ça commence à faire long<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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