Club des lecteurs du 14 novembre 2009 : de quoi a-ton parlé ?

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Dominique, Edith et Aline ont lu Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. Ce roman se compose de trois récits mettant en scène trois femmes prises dans des situations difficiles (pauvreté, violence) qu’elles surmontent tant bien que mal en trouvant en elles des ressources intimes. Aline, qui a bien aimé, se demandait au début pourquoi ce titre, et c’est vrai que cette question a fait l’objet d’un débat, Edith relativisant la puissance intérieure de ces femmes, contrairement à Aline et Dominique.

Dominique, lectrice de longue date de Marie Ndiaye, a retrouvé dans Trois femmes puissantes plusieurs constances de l’œuvre. D’abord, la puissance du nom, vecteur d’affirmation – prononcer son nom pour s’affirmer, se revendiquer (cf Rosie Carpe). Ensuite, une dose de magie, un surnaturel subtil et troublant, à coups de petits signes, où l’on ne sait pas si les faits sont concrets ou s’ils sont le fruit de l’imagination des personnages (cf Mon cœur à l’étroit, dans lequel les protagonistes sont aux prises avec un ostracisme villageois : victimes des préjugés ou paranos ?) Autre constance, le déplacement : les personnages vivent souvent loin de leur lieu de naissance, et ne cessent de s’interroger sur leur place.

Au sujet d’une des histoires, où c’est le mari qui parle de sa femme, se rendant soudain compte de combien il la fait souffrir sans qu’elle n’en dise rien, on évoque un des livres fétiches de Tony : Le fusil de chasse, de Yasushi Inoue.

Bien sûr, impossible d’éviter les polémiques autour du livre et de l’auteur. Rappelons tout de même qu’un homme politique a proposé d’instaurer un « droit de réserve » pour les écrivains qui reçoivent le prix Goncourt !!!!!

 

Le mari de Marie Ndiaye est également écrivain, il s’agit de Jean-Yves Cendrey. Dominique nous parle de son roman Les jouets vivants, dans lequel un notable pédophile vit tranquille dans son village, où tout le monde sait, mais personne ne le dénonce, même les plus concernés. On préfère l’ordre communautaire plutôt que le justice.

 

Et maintenant, Aline nous emmène du côté du dernier roman de Pierre Péju. Son titre, La diagonale du vide, nous renvoie à la géographie française. Il s’agit d’une bande dépeuplée et sous-développée allant des Landes aux Ardennes. On préfère désormais l’appeler la « diagonale des faibles densités »... Pierre Péju s’empare de l’expression pour imaginer que cette diagonale de misère, de guerre, d’abandon et d’errance (tout ceci que chacun porte en soi) s’étend jusqu’à l’Afghanistan. Un homme perd son meilleur ami, peine dans le deuil et lâche tout pour aller explorer cette diagonale, où une rencontre va le bouleverser.

 

Un livre auquel on revient volontiers, au club des lecteurs : Zone, de Mathias Enard. Cette fois c’est Tony qui l’a lu, enfin si l’on peut dire car il n’a pas pu le terminer : trop haletant, trop épuisant, malgré une belle écriture. On l’avait déjà dit, on le répète : ces bribes douloureuses rassemblées autour d’un voyage en train sont une expérience de lecture, où éclatent les repères de lecture habituels.

 

Herta Müller, Herta Müller dont le Nobel a pris de court l’édition française. Amélie, qui n’ignore rien des origines de l’auteure issue des communautés allemandes installées depuis le Moyen Age dans le Banat et en Transylvanie, n’a pas trop aimé son style fleuri. Sa propre histoire, mais écrite de manière symbolique, et pour Amélie un manque d’emprise directe sur la réalité.

Dominique, qui vient de finir La convocation, serait bien de l’avis contraire. Pour elle, le phrasé de l’écrivain permet à merveille de sentir l’atmosphère de la vie quotidienne, dans ses banalités et ses absurdités, dans une dictature où la peur et la méfiance s’insinuent en chacun. Et puis, c’est un vrai bon roman, en étoile, avec des ramifications dans la vie du personnage : son travail, ses rêves, ses sentiments, ses tracas policiers.

A suivre...

 

Edith et Dominique ont lu Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé, qui dépeint les vies à répétitions des femmes d’une famille, sur plusieurs générations, jusqu’à la dite Vera Candida qui est bien décidée à lutter contre un destin qu’elle n’accepte pas. Et ça se passe dans un pays imaginaire d’une Amérique latine luxuriante, truculente et violente. Comme souvent avec Véronique Ovaldé (si si, depuis le début elle vient nous voir régulièrement au club des lecteurs, une apparition discrète de temps en temps) l’imagination est débridée, et de petits faits magiques et étranges s’imbriquent aux choses concrètes. Edith salue l’empathie que procurent les personnages.

 

Edith a eu un vrai coup de cœur pour Tous les hommes sont menteurs, d’Alberto Manguel. Un écrivain disparaît en tombant du balcon d’un certain Alberto Manguel, écrivain argentin résidant en Espagne. Quelqu’un va alors enquêter et recueillir les témoignages de quatre proches du disparu, y compris le dit Alberto Manguel. Seulement voilà, notre homme s’avère avoir eu de multiples facettes puisque ce qu’ils disent n’est pas concordant, et même parfois franchement contradictoire. Une intrigue prenante, plein de bonnes idées, un sens de l’autodérision : pour Edith, un vrai bon roman !

Dominique rappelle, de cet auteur qui fût le lecteur de Borges aux temps où sa cécité l’empêchait de lire, le merveilleux essai La bibliothèque, la nuit, qui « rend le lecteur intelligent ». Une phrase qui fait penser Amélie à un écrivain qu’elle adore, José Saramago.

 

Alors celui-là nous aura fait passer un bon moment très drôle. Il s’agit de Tony, eh oui Tony non seulement nous a parlé d’Elmore Leonard, mais il nous en a lu une courte nouvelle hilarante, tirée de Quand quatre femmes sortent pour danser. Cet auteur américain est souvent publié dans des collections policières, mais son style est si décalé et varié que ça n’a pas grand sens.

 

Dominique a lu Les aubes écarlates : sankofa cry de Leonora Miano, qui est le dernier d’un triptyque romanesque qui se propose de remonter dans l’histoire africaine pour tenter de comprendre les drames actuels du continent originel. Elle insiste particulièrement – c’est le sens du sous-titre – sur la nécessité de reconnaître le passé pour se construire dans le présent et l’avenir. Rédemption par la réconciliation avec soi-même. Un livre qui, s’il dépeint la violence, notamment par le portrait d’enfants soldats, n’en reste pas moins très émouvant et humain.

 

Paysages désolés d’après les combats, personnages errants dans des baraquements détruits : dans son vaste roman épistolaire Redemption fowls, lu par Amélie, Joseph O’Neill explore la guerre de sécession. Un livre déroutant et très prenant.

 

Enfin, le petit dernier, last but not least, Philip Roth, Exit le fantôme. C’est Dominique qui nous en parle. Le protagoniste est un vieil écrivain tourmenté par sa soudaine impuissance sexuelle. Il en vient à se retirer à la campagne, mais voilà qu’il tombe amoureux d’une jeune femme. Il s’invente alors de délirants dialogues avec elle. Avec un langage riche et cru, P. Roth signe un roman plein d’autodérision, à lire avec recul mais délectation...

 

 

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