Club de lecteurs

 

L’avantage du club de lecteurs de Romainville, c’est son autonomie, son côté « énergie renouvelable », sa capacité à fonctionner tout seul - et avec quelle passion ! Le temps d’aller chercher quelques biscuits ou autres fantaisies, il avait déjà démarré sur les chapeaux de roues, sous la houlette de trois femmes importantes de Romainville et des environs, et de quelques hommes non moins riches d’enthousiasme pour le partage des lectures.

 

Ceci explique donc les quelques lignes manquantes de ce début de compte-rendu...

 

(...)

 

Dominique a apporté un opuscule inconnu à la bibliothèque : Eloge de rien, un texte anonyme du 17e siècle, paru chez Allia. Il tente d’élever la dérision au rang de principe. En fait c’est un certain Louis Coquelet,auteur aussi de Eloge de rien dédié à personne, et autres textes presque surréalistes avant l’heure, qui en est l’auteur. Un petit livre plein de citations poétiques.

 

Michel a lu et aimé Mais le fleuve tuera l’homme blanc de Patrick Besson. Une histoire de Françafrique, d’espionnage, de corruption, de superstition et de pétrole, un roman qui nous en apprend sur l’Afrique actuelle. Nous en reparlerons, Ali Bongo oblige.

 

De fil en aiguille, on en vient à parler d’Herta Müller qui vient d’obtenir the prix Nobel. On entendait, et même au club des lecteurs, des rumeurs qui l’aurait bien vu attribué à Philip Roth ou à Amos Oz, et c’est une femme quasi inconnue en France, germanophone née en Roumanie, qui a quitté ce pays à l’époque où la Securitate lui a demandé de bien vouloir collaborer. C’est peut-être aussi ça, le rôle des prix, de faire connaître quelqu’un qui le mérite. Toujours est-il qu’en France, le jour de l’attribution, il n’y avait aucun roman disponible d’H.M., et que seulement trois titres avaient été traduits et publiés, mais indisponibles. Comme on peut l’imaginer, Gallimard s’est dépêché de rééditer en folio L’homme est un grand faisan sur terre, un roman qui semble proche de l’autobiographie. En tout cas, nous pouvons nous targuer d’avoir à la bibliothèque (oui oui, la bibliothèque Romain Rolland, 61 avenue de Verdun) deux des trois titres parus en France ; ouf, l’honneur est sauf !

 

Dominique et Edith ont toutes deux lu Missak, de Didier Daeninckx. Il raconte l’enquête d’un journaliste de l’Huma sur le parcours de Missak Manouchian. Parallèlement, le film L’armée du crime de Robert Guédiguian, retrace l’histoire de « l’affiche rouge » dont faisait partie Missak Manouchian. Le cinéaste est venu le présenter au cinéma Le Méliès de Montreuil. Il faut décidément aussi le rapprocher de Le tombeau de Tommy d’Alain Blottière, qui raconte l’histoire de Thomas Elek, un lycéen juif de 17 ans qui figurait aussi sur l’affiche rouge aux côtés de Manouchian.

 

Jean-Baptiste a lu Zone de Mathias Enard. Un gros livre sans ponctuation, ce qui lui donne un souffle singulier et provoque la furieuse envie de ne plus le lâcher. « On est emporté », selon Edith ; idéalement, il faudrait le lire d’une traite. Le narrateur, au cours d’un voyage en train, se remémore son passé trouble, dans les rangs des milices croates dans les années 90 puis dans les services de renseignements français – la zone étant le pourtour méditerranéen dans ce qu’il a de plus dramatique, passionnel et violent. Jean-Baptiste nous rappelle que le livre fait référence à La modification de Michel Butor pour le voyage en train et que le titre est emprunté à Jean Rolin qui a accepté de le partager avec M.E. On admire qu’un auteur aussi jeune ait pu réaliser un travail documentaire aussi fouillé pour ce roman, basé sur de nombreux témoignages. Pour Michel, c’est un auteur très intelligent, qui a un véritable talent pour décrire, dans des flashs, des scènes incompréhensibles de sauvagerie, reliant également selon Dominique l’antiquité à l’actualité. Et pour conclure, c’est « un très grand bouquin », d’après Michel.

 

Autre genre, peut-être plus léger : Dix petits nègres d’Agatha Cristie. Plusieurs personnes l’ont lu ici, il y a parfois fort longtemps, et se souviennent d’une sorte de mécanique de haute précision, où rien n’est laissé au hasard. Sur « l’île du Nègre », les victimes tombent les unes après les autres, et tous les personnages sont susceptibles d’être l’assassin. De la bonne horlogerie, quoi. Selon Dominique, le procédé d’A. C. c’est que l’assassin est toujours celui qu’on soupçonne le moins, et quand on sait cela, on devine tout de suite qui est le coupable dans n’importe quel de ses livres...

 

Aline a été fortement marquée, semble-t-il, par la lecture de La barque silencieuse de Pascal Quignard. Ce n’est pas un roman, mais un recueil, une sorte d’essai philosophique dans lequel apparaît l’obsession de Quignard pour la mort, et par extension, pour la vie. La barque silencieuse, c’est celle qui glisse vers les ténèbres, comme chez les Egyptiens. Il y a des chapitres entiers sur la solitude, un autre sur la liberté. Aline n’a jamais lu de choses aussi belles, pour elle « c’est un vrai chef d’œuvre ». C’est le dernier livre de la série Le dernier royaume qui commence avec un autre très beau livre : Les ombres errantes. PS : c’est promis, à l’ouverture de la médiathèque on trouvera tous les volumes de ce cycle méditatif.

 

Le coup de cœur de la saison de Dominique et d’Edith, c’est Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer. Voilà un roman épistolaire qui se lit très facilement. Ca se passe à Londres et Guernesey, à la fin de la guerre. C’est un témoignage intéressant sur l’occupation allemande à Guernesey, où les gens étaient affamés, et même l’occupant (un peu moins peut-être, quand même…). Cela raconte la création d’un… club de lecteurs, prétexte à détournement de nourriture, où pour manger on doit d’abord lire. « Savoureux », d’après Dominique.

 

C’est Paris qui est le sujet du livre que Jean a lu. Ecrit par Philippe Delerm, Paris l’instant est un recueil de photographies de Martine Delerm. Si « le texte est magnifique », Jean a trouvé les photos moins originales, mais le mari met bien en valeur le travail de son épouse... Jean a aimé se plonger dedans car ça lui a rappelé des souvenirs manifestement heureux de promenades parisiennes : les bouquinistes des quais… la rue de Rivoli… les chaises métalliques du jardin des Tuileries… les restos grecs près de Notre-Dame… les vitrines du Palais Royal… ah…

Michel s’est régalé avec La première gorgée de bière, suivi de La sieste assassinée, le livre qui a révélé P. Delerm. Rappelons qu’il s’agit d’une série de description de petites choses qui font les petits plaisirs de la vie. Il y a par exemple la description d’un jardin où rien ne se passe, qui a enchanté Michel. Pour Jean, l’auteur a un grand pouvoir évocateur, et pour Dominique, c’est le « minimaliste optimiste ». Dans le même genre, Michel a aimé un recueil de nouvelles de Paul Fournel : Courbatures, « un régal ». C’est une suite de nouvelles, des flashs, notamment une scène de mariage mémorable...

Du même auteur, Michel a lu le dernier livre, très sympa, une esquisse d’histoire d’amour entre un vieux célibataire et sa voisine.

 

Michel qui s’intéresse de très près au conte a aussi lu une nouvelle traduction des contes de Grimm, publiée chez José Corti. L’ancienne traduction d’Armel Guern est plus chaleureuse, mais celle-là est intéressante.

A ce moment-là (ou à peu près) a eu lieu une petite discussion sur les éditions José Corti, éditeur de Julien Gracq, de Ghérasim Luca et tant d’autres, dont la librairie se trouve près du jardin du Luxembourg. Tony nous raconte une de ces petites anecdotes vécues dont il a le secret. Un jour, faisant un tour à la librairie, il discute avec J. Corti, et évoque malencontreusement ses rares achats de livres à la Fnac, et là, grosse colère de l’éditeur qui lui reproche d’aller donner de l’argent à l’ennemi ! Ce qu’on aime aussi, c’est qu’il faut s’armer d’un coupe-papier, bien souvent pour pouvoir lire un José Corti ou aussi un Fata Morgana, deux rares éditeurs à proposer encore ce petit plaisir aux lecteurs. N’est-ce pas Jean-Baptiste…

 

Sonya est partagée sur le livre de Brice Mathieussent : Vengeance du traducteur. Connu comme traducteur prolifique, notamment de l’œuvre de Jim Harrison, B.M. s’est amusé à imaginer un roman sur un traducteur : « je suis sous le couvercle, et j’essaie de le soulever ». Du coup, la forme visuelle de la mise en pages est assez surprenante, car dans la première partie, il n’écrit qu’en bas de page. Il parle de la frustration du traducteur qui s’amuse à enlever des adjectifs et autres farces vis-à-vis de l’auteur, à s’immiscer dans le texte original. La deuxième partie a déçue Sonya. B. Mathieussent tente d’y inventer une histoire, mais elle n’a pas du tout accroché et a abandonné.

 

Déçue aussi, Elisabeth, par deux livres La quatrième main, de John Irving, un auteur qu’elle a apprécié jusque là, et Battements d’ailes de Milena Agus. Elle a aussi acheté dans sa petite librairie de quartier (ce qui aurait plu à José Corti) La fonction du balai, de Wallace, un livre (à 26 euros, aïe !) qui semble lui plaire (ouf).

 

Tony nous a lu un poème de Patrick Maury tiré de son recueil Petites métanies du temps. Comment résister à l’envie de le reproduire ici :

 

Si je dois désherber la douleur des jours,

que ce soit avec des mains patientes.

Comme on prendrait un petit enfant

sur ses genoux pour lui dire

que celle qu’il attend ne reviendra plus –

qu’elle est partie rejoindre Tobie,

le chien de l’an passé.

Alors, il nous faudrait tenir

devant le regard grave soudain bondé de larmes,

prendre le temps de sourire

puis, comme un roi réconcilié,

ouvrir ses bras en couronne

et bercer, bercer éternellement.

 

L’auteur, rappelons-le, avait été invité à la bibliothèque par Bruno Grégoire et avait fait des lectures très émouvantes de ses poèmes.

 

Et puis, débat sur le dernier roman de Frédéric Beigbeder, Un roman français. Dominique et Edith l’ont lu ; pour Dominique ce n’est pas le dernier avatar du gosse de riche que l’on connaît par d’autres de ses livres, non, celui-là est touchant, très émouvant même. Et énervant aussi, en ceci que l’auteur étale avec un naturel confondant son mode de vie genre jeunesse dorée et argent facile. Cela reste un livre différent des précédents dans l’œuvre de Beigbeder.

 

Allez, conclusion, la parole est à Dominique, Dominique pour une sacrée émotion de lecture : L’énigme du retour, de Dany Laferrière. Où il s’agit du très mélancolique retour en Haïti, pour les funérailles de son père, d’un écrivain haïtien vivant à Montréal. Pays des extrêmes pour sa beauté et sa pauvreté. Envoûtante introspection qui emprunte parfois des formes poétiques, ce roman a bouleversé Dominique, dont nous savons qu’elle ne galvaude pas le mot. C’est de la beauté…

 

 

Sur ce, on signe, comme promis. Euh, qui signe, au fait ? Merci d’entourer la bonne réponse :

 

Catherine             Jean-Baptiste            le fantôme de la bibliothèque

 

 


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Pendant les travaux, la continuité du service public est assurée, le club de lecteurs tient la route ! Nos amis ont pu rendre et emprunter des livres pour satisfaire leur insatiable besoin de lecture.

Pour ce premier club de la saison, l’assemblée était plénière, et Aline nous a apporté un délicieux gâteau aux pruneaux fabrication-maison, que nous avons dévoré jusqu’à la dernière miette. Merci donc à Aline !

 

Pendant les vacances, certains ont beaucoup lu, rapportant des piles de livres, d’autres n’ont pas pris trop le temps de lire entre deux escales ou d’autres occupations lointaines…

 

Elisabeth a apporté toute une pile de livres (aucun ne venait de la bibliothèque !). Alors qu’ici nous jetons à tour de bras de vieux livres jaunis, poisseux et cornés, un peu dégoutants, le charme des vieux livres personnels, il y en a qui nous touchent, ceux qui ont vécu, ont été lus et relus, et qui gardent leur charme dans les bibliothèques personnelles, ceux qui sont couvés, choyés comme de vieilles photos de famille.

 

C’est le cas de Le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers. Elisabeth l’a relu cet été. L’auteur, une américaine, y donne le regard d’une enfant sur la société du sud des Etats-Unis dans les années trente, le racisme, la musique… C’est un roman d’initiation, avec des personnages marquants, tel ce muet qui écoute ceux qui viennent lui confier leurs secrets. L’auteur, pas du genre très optimiste, fait mourir tous ses personnages…

 

Elisabeth a aussi aimé Mal de pierres de Milena Agus. Là c’est, dans la Sardaigne qui souffre de la première guerre mondiale, l’histoire d’une femme qui rêve de l’amour idéal, dans une société traditionaliste. Le contexte historique est important, les lieux, la mer, les sensations liées aux éléments comme le vent bien rendues par une belle écriture. Dominique y trouve une belle description de la solitude de la jeune femme, dans un environnement pesant. Edith a aussi aimé Mon voisin, une grosse nouvelle du même auteur.

 

Autre histoire de femme, Séraphine d’Alain Vircondelet. C’est la biographie de cette artiste-servante de Senlis, d’où son surnom, qui a été célébrée cette année par une exposition au Musée Maillol et par un film racontant son histoire. Domestique, elle peignait la nuit avec les moyens du bord, matériaux inventés ou volés. Célèbre dans les années 20, ce personnage surprenant a été révélé par le critique d’art et galeriste allemand Wilhelm Uhde. Pendant la guerre, elle sera internée en hôpital psychiatrique et y mourra de faim.

 

Elisabeth a lu aussi Pas facile de voler des chevaux du norvégien Per Petterson. Un peu déçue par le style un peu froid, elle préfère des phrases un peu plus élaborées. D’où une discussion sur le lien entre la supposées froideur de la littérature scandinave et la rudesse de sa littérature. On se souvient alors des lectures de Paasilinna, de Mankell, où l’environnement nordique est présent sans forcément influencer l’écriture.

 

Enfin, Elisabeth nous parle de John Irving, il a son fan club au club ! Cet été, ce fut L’épopée du buveur d’eau. Bien traduit, l’auteur fait beaucoup rire, très doué pour les dialogues, avec des personnages de loosers magnifiques. Là, c’en est un, combinard, maladroit, toutes ses aventures sont des fiascos. Edith se souvient des fous rires qu’elle a eus en en parlant avec ses collègues à la cantine, grâce à L’œuvre de Dieu (sur la naissance), La part du diable (sur l’avortement), Le monde selon Garp.

Patrick a eu trois lectures qui dans un sens ont un rapport entre elles : La planète des singes de Pierre Boulle, Les voyages de Gulliver de Jonathan Swift, et L’astronomie populaire de Camille Flammarion. Pour La planète… il trouve que le livre est très différent du film. Deux cosmonautes vont sur Bételgeuse, et s’arrêtent sur une planète habitée de singes. La transposition entre hommes et singes est beaucoup plus accentuée que dans le film.

Les voyages de G. l’ont aussi intéressé, malgré une lecture décrite comme ardue par Tony  himself. Ce qui est surprenant, c’est que Swift a décrit la taille et l’emplacement de certains satellites à une époque où l’on n’avait pas beaucoup de connaissances scientifiques sur eux.

C’est aussi une critique de la société anglaise d’alors, sous une forme métaphorique.

 

Patrick n’a pas résisté à son attirance pour le cosmos, en lisant L’astronomie populaire de Camille Flammarion, paru en 1879. Dans la lignée des grands savants des 17e et 18e siècles (Copernic, Galilée, Kepler et Newton), Flammarion a voulu vulgariser la science astronomique. Toujours d’actualité, cet ouvrage décrit toutes les planètes, et on y apprend que Flammarion était persuadé qu’elles étaient toutes habitées !

 

Deux livres pour « la jeunesse »

 

L’irruption inattendue d’une petite fille de 7 ans nommée Alice dans le club de lecteurs a permis de parler de livres pour enfants. Ainsi nous avons évoqué A poils… ou à plumes de Stéphane Frattini. C’est un livre avec des volets à soulever. Sur le dessus, une image en très gros plan d’un pelage ou d’une peau d’animal, dessous : la photo de l’animal entier avec un petit texte informatif. C’est drôle et ça plaît beaucoup aux enfants, à cause des « devinettes », et aux parents qui les leur lisent…et qui y apprennent des choses ! A noter qu’il existe toute une collection du même auteur dans le même esprit.

 

Du coup Tony nous parle de C’est sûr qu’il viendra ? d’Emile Jadoul, illustré par Catherine Pineur. C’est l’histoire d’un petit cochon, Achille, qui attend le père Noël, et qui se dit qu’il doit faire ci et ça pour qu’il vienne. Par exemple : « si je retrouve mon doudou avant que Maman vienne me dire bonne nuit, il viendra » ou « si j’arrive à compter jusqu’à dix sans respirer, il viendra », etc… C’est la « pensée magique » propre aux enfants. Dominique nous rappelle qu’elle est aussi l’apanage des adultes, comme dans L’année de la pensée magique de Joan Didion.

 

 

Dans un genre différent, Jean a lu L’école du passé de Danielle Steel. Un roman historico-sentimental, une histoire difficile de guerre et d’amour entre une jeune femme issue d’une riche famille de banquiers juifs allemands et un aristocrate français blessé de guerre. Ça lui a plu, à Jean, et ça donnera peut-être envie de lire un de ses livres aux détracteurs de D. Steel ?

 

Quelques classiques

 

Adrienne a relu Le père Goriot de Balzac. Elle l’avait lu il y a bien longtemps, et elle se souvenait surtout de l’adoration d’un père possessif pour ses filles ingrates. Là, le livre lui est paru obsolète sur le plan du langage, historiquement dépassé, difficile à comprendre aujourd’hui. Alors Elisabeth et d’autres ont protesté en disant qu’un chef d’œuvre comme celui-là transcende le temps et qu’ « on ne perd pas son temps à lire Balzac ».

 

Jean a aussi essayé À la recherche du temps perdu, la fameuse somme de Marcel Proust, plus précisément le premier des huit volumes de la série : Du côté de chez Swann. Mais Jean affirme sans détours l’avoir survolé, car les longues descriptions de soirées mondaines l’agacent, alors il a osé sauter des pages !

 

Jean-Baptiste a lu Bouvard et Pécuchet de Flaubert. Publié en 1881, et resté inachevé, ce roman concrétisait un vieux projet, déjà partiellement réalisé dans le" Dictionnaire des idées reçues" : une "espèce d'encyclopédie critique genre farce", évoquant tout à la fois les théories philosophiques, scientifiques, littéraires et techniques, à travers le prisme de deux esprits naïfs et médiocres, ceux de deux gratte-papier retirés à la campagne. (J’avoue avoir recopié ici le résumé du livre fait par l’éditeur).

 

Béatrice a relu Jane Eyre de Charlotte Brontë… (rappelons juste que c’est un grand classique très romantique, l’histoire d’amour impossible d’une jeune orpheline, gouvernante au château de Thornfield, amoureuse du père de ses élèves et contrariée par le destin)

 

Des romans du moment

 

…et aussi une géniale nouveauté : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer (aidée d’Annie Barrows). Janvier 1946. Londres se relève des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivain anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Un roman épistolaire qui révèle l'histoire de l'île, et l'impact de l'occupation allemande sur ses habitants. Premier et dernier roman de M.A. Shaffer, décédée en 2008. Extraordinaire ! , fabuleux !, c’est l’avis de Dominique sur ce roman épistolaire, succès de librairie ignoré par la critique.

 

Dominique semble avoir été déçue par le dernier roman à succès d’Irène Frain, Les naufragés de l’île Tromelin, qu’elle juge « nul » ! Ce n’est pas un roman, mais un récit, la description du naufrage d’un bateau négrier. Le sujet est bien mais on a le sentiment d’être floué, ce n’est pas un roman comme Irène Frain sait parfois en écrire. Il faut faire la différence ! Par exemple, il n’y a pas de dialogues. Ça n’a rien à voir avec Le nabab, ou Histoire de lou.

 

Sonya a trouvé dans la petite bibliothèque d’une maison de vacances Les accomodements raisonnables de Jean-Paul Dubois. On se souvient au club de lecteurs d’avoir longuement parlé de Vous plaisanter Monsieur Tanner et de Kennedy et moi que beaucoup avaient lu et adorés. Mais Sonya est un tantinet déçue… C’était assez prévisible. On est dans le milieu du cinéma à Los Angeles. Il s’agit pour le héros de donner une « french touch » à une série TV. C’est moins bien qu’Une vie française ou Hommes entre eux, de l’avis général et celui d’Edith et .Dominique.

 

 

Sonya s’est aussi plongée dans l’intégrale des aventures de Hulk, l’incroyable monstre vert, le « colosse de jade », dessinée par Jack Kirby. Ce comics ou pulp date de 1962-63, c'est-à-dire de la guerre froide. Et c’est une bonne surprise ! Au cours d’une expérience ratée, un grand scientifique américain devient Hulk. Il est donc à la fois le sauveur des USA contre l’URSS, par ses talents de savant, et la terreur des américains, un monstre qu’on attribue parfois aux méchants soviétiques.

 

Pour Aline, Tahar Ben Jelloun est LE conteur oriental. Elle a lu aussi La femme de l’allemand de Marie Sizun. Lu par Aline, Dominique et Adrienne, ce livre raconte l’histoire d’une petite fille qui vit avec sa mère à Paris, dans l’après-guerre, et qui commence à s’interroger sur son père. On comprend alors que celui-ci était allemand. La mère bascule peu à peu dans la folie, la fille cherche à ressembler à son père, et malgré l’amour qu’elle porte à sa mère, ne peut pas faire face. La fin est étonnante. Pour Dominique, le véritable sujet du livre est le rapport fille-mère, celle-ci étant névrotique. Elle pense aussi que l’écriture est féminine. Chacun y trouve quelque chose. Adrienne l’a adoré.

 

Edith et Elisabeth ont beaucoup apprécié également Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt (la femme de Paul Auster). Dans les années 70, deux couples d’artistes partagent les rêves de liberté de l’époque, et s’installent en voisins dans le même immeuble. Le temps va bouleverser leur vie et leurs illusions par des drames.

 

C’est le côté humain de l’histoire de Barack Obama qu’Edith a aimé dans Les rêves de mon père. Ecrit il y a dix ans, raconte le voyage en Afrique de l’auteur sur les traces de son père qu’il n’a pas connu.

 

Le tigre blanc d’Aravind Adiga est un roman indien lu aussi par Edith. Un enfant misérable écrit à un ministre chinois en visite en Inde. Il lui raconte sa vie de misère, et sa vision de l’Inde, devenu chauffeur d’un nouveau riche de Delhi. C’est un regard sur la société indienne, avec humour. Une préparation au voyage.

 

Dominique, fan de Le parfum de Patrick Süskind a redécouvert cet auteur grâce à Adrienne et en lisant Le pigeon. « Un petit livre super, un bijou ». En résumé : un monsieur très psychorigide se déride grâce à un impromptu pigeon qui débarque sur son pallier. Dominique conseille aussi de lire ses nouvelles comme l’amnésie littéraire, très drôle, une merveille.

 

Dominique a relu Rosie Carpe de Marie N’Diaye. C’est poignant. Du solide. Des étincelles de merveilleux dans le quotidien, avec une très belle façon de l’intégrer.

 

Terminons avec un peu de poésie. Elisabeth a lu les très beaux Sonnets de l’amour fou de Federico Garcia Lorca.


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Pour fêter ce dernier CdL de la saison, Dominique a apporté un délicieux gâteau aux carottes préparé par Hubert. Merci ! Comme quoi, en ce qui concerne la dégustation de toutes sortes de nourritures, les absents ont toujours tort !

 

Dominique justement a rapporté à la bibliothèque Zones humides, de l’allemande Charlotte Roche. Un livre sulfureux qui est au sommet des ventes en Allemagne, mais qui fait aussi jaser car il parle sans complexe de choses très crues, de l’intimité féminine … A ne pas mettre entre toutes les mains ! (Je sens que nous allons encore avoir quelques réflexions bien senties de la part de Mr X).

 

Elle a préféré, de loin, la lecture de Zone, de Mathias Enard. Il est l’élu du prix du livre Inter. 516 pages sans ponctuation, ça peut faire peur, mais au contraire, la lecture a plus de souffle, on est entraîné par le rythme. Edith aussi l’a aimé même si elle n’a pas voté pour lui lors de la réunion « prix du livre inter » organisée avec sa bande. Dominique y trouve une densité, une fluctuation de pensées où tout est lié, l’enchaînement n’a rien de décousu. Elle et Michel ont voté pour lui.

 

Dominique a aussi lu Courir dans les bois sans désemparer de Sylvie Aymard. Nous en avions déjà parlé quand il était paru, en 2006, chez Maurice Nadeau, une figure de l’édition française (c’est lui qui a fait découvrir en France des auteurs tels que Samuel Beckett, Georges Perec, Nathalie Sarraute ou Claude Simon, entre autres). Le livre a reçu un prix attribué par des lycéens, ce qui a donné envie à Dominique de le lire. Elle n’a pas été  déçue par la belle écriture, les petites phrases, fins coups de pinceau. Cela parle de déclassement social, d’une histoire entre une femme d’un milieu moins favorisé que l’homme et du sentiment de ne jamais être à la « bonne » place. Mais il finit sur une note d’espoir, on en sort finalement optimiste.

 

Jean a lu L’ange de Bagdad de Paul-Loup Sulitzer. Eh oui, ce que l’on aime chez Jean, c’est aussi cette ouverture d’esprit, sa capacité à lire des choses très différentes avec plaisir. Là, c’est un divertissement, c’est comme ça qu’il le dit. Le héros, Tarek Michel Samara, trafiquant de pétrole en Irak, en veut à la fois à Saddam Hussein et à la famille Bush. Vengeance personnelle, guerre, voyages dans des contrées à risques, paradis fiscaux, guerres, tortures, agents secrets, personnages bien campés, tous les bons éléments d’un roman à succès sont réunis. Et on ne s’ennuie pas.

Du coup, Dominique se souvient d’avoir lu Le roi vert, du même auteur (et de ses documentalistes-secrétaires, on n’ose pas employer d’autre terme…). L’avantage, dit-elle, c’est qu’on peut le lire sur la plage, faire tomber de la crème solaire et de la glace au chocolat dessus, on n’a pas trop mal au cœur (ndlr : si bien sûr il ne s’agit pas de l’exemplaire de la bibliothèque !). On peut aussi entendre la radio du voisin et surveiller l’enfant du coin de l’œil sans risquer de perdre le fil de la lecture. Bref, une excellente lecture de vacances.

 

Jean a ses exigences, pourtant : si il doit lire un livre difficile, celui-ci doit le passionner.

 

Aline est maintenant dans sa période « arabe ». Elle est irrésistiblement attirée par les auteurs de langue arabe, et découvre une variété et une finesse insoupçonnée. Là, elle a lu des nouvelles de Hanan El-Cheikh (Liban) intitulées Le cimetière des rêves. Deux nouvelles ont particulièrement retenu son attention. Des histoires de femmes qui refusent l’oppression, le choix fait par les hommes de tout ce qui fait leur vie, la rupture avec la famille et la tradition insupportables.

Alors nous nous mettons à parler de musique arabe, arabo-andalouse, etc… Dominique nous dit qu’il lui arrive de pleurer en écoutant cette musique qui la fascine, Sonya regrette qu’on ne puisse plus trouver les disques de Lili Boniche, un célèbre chanteur populaire algérien qui a modernisé son style et s’est rapproché des rythmes du jazz , entre autres..

 

Sonya a lu justement un livre sur un musicien, Ravel de Jean Echenoz (2006). C’est bien un roman, mais quelle est la part de fiction et la part de réalité ? Il parle des dix dernières années de Ravel, de 1927 à 1937, ses voyages, son côté vieux garçon maniaque et dandy à la fois, son ascension dans le succès, ses doutes, son travail de compositeur…

 

Je ne résiste pas à la tentation de vous répéter ici la conversation qui s’ensuit :

-         Aline : « Quelqu’un ma dit que le Boléro de Ravel est une musique de malheur. Qu’en pensez-vous ? »

-         Dominique : « De Gustave Mahler ? »

étonnant,  non ?

 

C’est un livre qu’Adrienne a lu il n’y a pas longtemps, là c’est Michel, qui le relirait bien d’ici quelques mois L’attente du soir de Tatiana Arfel. Premier roman d’une jeune femme de 26 ans, ce livre a étonné Michel par sa maturité. C’est un « bouquin tragique », l’histoire de trois égarés, trois chapitres, un par personnage. Un clown, Giacomo, qui travaille sur les odeurs, son cirque marche bien ; une fille, Melle B, à la vie détruite par ses parents ; un enfant sauvage, le Môme. Trois chapitres faits de la même façon, la découverte progressive des personnages, ils sont un peu du même monde. Cela provoque chez Michel une interrogation sur la responsabilité que nous avons en tant que parents, sur l’importance de nos choix d’éducation, et sur le fait que même en essayant de faire au mieux, nous avons de fortes chances de nous tromper… Et là de nous faire cette citation de Christiane Singer :

« Je te pardonne pour le mal que je t’ai fait ».

A méditer !

 

Edith a lu un « vieux » livre de Marc Dugain (1998) : La chambre des officiers. Premier roman de M. Dugain, il a obtenu 18 prix ! Adapté au cinéma dans un film magnifique (sic Dominique). C’est l’histoire d’une « gueule cassée » (terme par ailleurs jamais utilisé dans le roman), ces soldats de la guerre de 14/18 qui revenaient avec une partie du visage en moins. Le héros passe cinq ans à l’hôpital avec d’autres comme lui, dont une femme, qui tentent de refaire leur vie.

 

Edith a aussi découvert un auteur américain : Dennis Lehane. Après avoir adoré ses polars Shutter Island, Gone Baby gone, et Mystic river (adapté au cinéma par Clint Eastwood), elle recommande Un pays à l’aube. Bien que publié dans la collection Rivages-Thriller, Edith nous met en garde : CE N’EST PAS UN THRILLER ! L’histoire : en 1918, aux Etats-Unis, pays où les policiers font grève car leur salaire ne leur permet pas de vivre décemment, il y a des attentats, il se passe plein de choses.

 

Et maintenant le chapitre Pierre Michon... C’est vrai que Jean-Baptiste et moi-même aimons conseiller la lecture de P.M. aux amateurs de belle écriture, de bonne littérature, avec l’idée que nous avons en France un grand auteur vivant qui nous prodigue un livre de temps en temps, et qu’on attend celui-ci avec impatience. Alors Edith a lu Vies minuscules, un livre fait de 8 chapitres parlant de 8 personnages, d’une langue « difficile et exigeante ». « Oui, c’est beau, mais je ne les donnerais pas à lire à mes gendres ».

Jean-Baptiste est allé écouter P. Michon à Paris, au festival Paris en toutes lettres. Il y a donné une lecture de son dernier livre, Les onze. J.B. n’a pas été déçu, car pour lui, les livres de P. Michon sont le comble de la littérature écrite, et il se demandait bien ce que la lecture apporterait de plus. Or l’auteur a magnifiquement lu, donnant un rythme au texte et lui ajoutant même une autre dimension.

Les onze, petit livre de 136 pages, raconte l’histoire mêlant fiction et réalité d’un tableau commandé en 1794 pendant la révolution française, représentant les onze membres du comité de salut public.

 

Je me souviens... de Boris Cyrulnik, c’est aussi un livre que j’ai lu après Les onze. Deux petits ouvrages intenses et marquants, dans un genre différent. On connaît B. Cyrulnik depuis longtemps : psychiatre, inventeur de la notion de résilience qu’il développe dans Les vilains petits canards. Dans Je me souviens... il nous raconte son histoire personnelle, et l’on comprend mieux ce qui l’a amené à devenir psychiatre, décision qu’il a prise à 9 ans. Enfant juif orphelin très jeune, il a réussi extraordinairement à échapper aux rafles, à survivre à la guerre, puis a été balloté dans de nombreuses familles d’accueil. Ce livre, c’est la recherche des traces de son passé, avec l’aide d’un ami, sous l’angle de ses théories sur la mémoire. On comprend que la mémoire n’a rien d’objectif et que si elle occulte certains épisodes ou, au contraire, elle fait persister des détails a priori sans importance, c’est pour aider à vivre. Ce qui en fait un livre à part, c’est qu’il s’agit à la fois d’un témoignage et d’un essai sur le souvenir et la résilience, par ailleurs très émouvant.

 

 

Dominique a lu aussi China et la grande fabrique d’Alexis Salatko, un bon gros roman populaire, qui se passe à Limoges au 19e siècle, dans le milieu de l’industrie porcelainière. C’est l’ascension puis le déclin d’une famille paternaliste. Un livre bien écrit. Dominique a eu l’impression d’être au cinéma, tellement les images évoquées lui ont donné l’impression d’être « dedans ».

Par contre, elle a été déçue par le dernier livre d’André Brink, Dans le miroir. Le grand écrivain sud-africain y parle de l’impossibilité, finalement, de vivre ensemble entre blancs et noirs... Drôle de thématique, pour quelqu’un qui a lutté toute sa vie contre l’apartheid et nous avait tant fait espérer de la fin de celle-ci. Cela dit, le journal Le Monde a publié une interview d’A. Brink début 2007, où il avoue sa déception de voir les nouveaux dirigeants de l’ANC aussi corrompus et arrogants que les blancs qui les ont précédés. Nous serons probablement amenés à en reparler...


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Et on attaque très fort, à grand coup d’enthousiasme, ah oui, l’enthousiasme de Michel à propos de Mathias Enard, Zone, un livre très fort, faisant le tour de la Méditerranée et de ses guerres. De la vraie littérature en 24 chants, comme L’Odyssée, rythmée comme la vie de rencontres fortes. Magie d’une écriture où l’on change de lieu ou d’époque sans s’en rendre compte et où l’on plonge en profondeur.


Adrienne
: Jim Harrison, Une odyssée américaine

On lui avait tant parlé de Jim Harrison, à Adrienne… qu’elle a été très déçue par ce livre-là. Une coquille vide ? « On arrive à la fin en se demandant ce qu’on a lu ». Les amateurs de Jim Harrison sont du même avis : rien à voir avec un chef d’œuvre comme Dalva.

 

S’en suit une discussion autour de la banalité du quotidien en littérature. Parfois, c’est magnifié, chaque geste est chargé, rempli de sens. Dominique évoque en ce sens l’écriture de Christine Orban, où l’impossibilité de dire devient un de ressorts de la création. Parfois, on trouve nul, voire même énervant, comme le pensent Dominique et Michel au sujet de Trois hommes seuls de Christian Oster, où l’on reste à attendre quelque chose, de la parole, sans que rien ne vienne ni que cette attente en elle-même apporte quelque chose.

 

Jean-Baptiste : Pierre Bergounioux, Une chambre en Hollande

Voilà par contre un livre court mais des plus denses, où l’évocation biographique de René Descartes (à partir de l’angle ténu d’une fenêtre à Amsterdam) ouvre une réflexion sur l’Europe, sa civilisation, son histoire. C’est brillant, sans difficulté d’accès,  et l’intelligence est servie par une érudition synthétique et une écriture dont on sait l’exigence.


Jean
: Tahar Ben Jelloun, L’enfant de sable et La nuit sacrée 

La nuit sacrée met en scène une famille marocaine dont le père désespère de na pas avoir de fils. Lorsqu’un septième enfant naît, il décide, contre toute nature, que ce sera un garçon, Ahmed… La fille nommée Ahmed ne tarde pas à en souffrir et à s’enfermer dans sa chambre, cherchant des compensations dans sa vie intérieure… Dans L’enfant de sable, la suite du précédent, le père est mort, la famille délabrée, et Ahmed se libère, part vivre une vie de femme. Mais ce n’est pas si facile… De belles pages poétiques, surtout dans La nuit sacrée.

 

Adrienne & Dominique : Joan Didion, L’année de la pensée magique

Pour Adrienne, cette histoire de deuil est creuse et pâle, sans vie. Dominique en revanche adore ce récit d’une intellectuelle américaine renommée qui ne parvient pas à souffrir de la perte de son mari et de son fils. Du coup, cela donne une livre de deuil dépourvu de pathos, plein de finesse intellectuelle.

Aline : Yan Lianke, Les jours les mois les années

Ah, voilà un livre qui l’a passionnée ! Dans un village chinois pendant une terrible sécheresse, un vieil homme refuse de partir et reste seul avec son chien, survivant à peine mais se parlant… Une histoire pleine d’amour et de tendresse.

 

 

Aline : Régine Detambel, Noces de chênes

Soit un pépé et une mémé, dans une maison de retraite, qui s’aiment bien, mais vraiment bien. Un jour elle tombe et se retrouve coincée au bas de l’escalier. L’amoureux s’inquiète. Quelqu’un lui dit que sa chérie est partie sur le Mont Ventoux. Eh bien, vieillard ou pas, l’amoureux part sur les routes du Ventoux, sans se douter… C’est gentil, attachant et bien écrit.

 

Adrienne : Tatiana Arfel, L’attente du soir

Trois personnages des marges, un clown, une vieille femme et un enfant sauvage, se rencontrent. Ce sont des personnages extraordinaires, comme il est rare d’en découvrir, pour une histoire qui, à partir de marginalités sociales, nous emmène du côté du merveilleux. Un très beau livre, publié chez José Corti dans la collection Merveilleux.

 

Grâce à Adrienne, qui en avait parlé avec chaleur et émotion, Patrick a relu Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Une belle surprise, parce que le roman est bien plus long et riche que les adaptations qui en ont été tirées.

Et puisqu’on est dans les voyages, Patrick nous entretient de Conrad Malte-Brun (1775-1826), singulier géographe français d’origine danoise, auteur d’un monumental Précis de géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde, en quelque sorte l’ancêtre du Reclus, où l’on découvre le monde tel que la science géographique (se) le représentait à l’époque.

 

Jean-Baptiste : Shala Sherkat, Zanân

En 1992, Shahla Sherkat fonde Zanân, "Femmes ", qui s'impose très vite comme le premier, le plus libre, le plus critique, et le plus détonnant des magazines iraniens. Trente ans après la révolution islamique, la rédactrice en chef présente la revue, son histoire, son combat en faveur des droits des femmes. Avec un large choix d’articles, ce livre passionnant dévoile un Iran bien loin des clichés médiatiques, dressant le portrait de personnalités hors du commun et abordant de nombreux thèmes, société,  droit, éducation, mais aussi la mode, le cinéma, la fête.

 

 

Dominique : Junot Diaz, La brève et merveilleuse histoire d’Oscar Wao

Ah pas du tout aimé ce livre-là, Dominique. Un jeune gars, américain d’origine dominicaine, trop gros, cherchant à échapper à une malédiction. Le roman, salué par la critique, est original et des plus créatifs, mais dérangeant. Pour Dominique, cette langue cassée et très vulgaire, ainsi que la violence sexuelle des personnages, c’est trop.


Dominique & Michel
  : Stéphane Audeguy, Nous autres 

Un jeune homme apprend le décès de son père dont il ne connaissait pas l’existence. Il entreprend alors une quête qui le conduit sur les hauts plateaux éthiopiens, où il découvre la vie de son père et son amour de l’Afrique. Une belle écriture très sensorielle – « on sent la terre ocre. »

 


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…celui que j’aurais voulu être, celui qui m’a ouvert les yeux, celui que j’admire, celui qui m’émerveille, celui qui me ressemble (au moins un peu), celui avec qui je passe mes nuits à lire…

 

Et c’est Jean-Baptiste qui ouvre le bal, pour dire que s’identifier à un personnage ce n’est pas son fort… ça commence bien… en plus il semblerait qu’il ne soit pas le seul à… et le voilà qui parle d’un essai de Nathalie Sarraute, L’ère du soupçon… le soupçon en question étant celui du lecteur envers l’histoire qu’on lui raconte et les personnages qu’on lui dépeint…

Mais quand même il y a L’idiot, le prince Mychkine de Dostoïevski, un être ineffablement et inexorablement bon. Pour nous consoler ? Ah, mais les mystères de l’homme… et ses misères… il faut (re)lire Dostoïevski pour sa puissance d’analyse et son sens romanesque des plus acérés.

 

Michel Strogoff, Les trois mousquetairesJean nous dit que pour parler de ces hauts personnages de l’enfance, il lui faut s’appuyer sur ce qu’il est, au fond de lui-même, son être profond. Retrouver en soi l’enfant, le « porteur de lumière » qui ne s’est peut-être pas égaré, l’éternel adolescent qu’on est resté, le « veilleur de silence » tapi en nous.

Et alors laisser se dérouler le fil des émotions retrouvées, en particulier celles du théâtre, quand on est en osmose avec un acteur, qu’on n’est plus soi-même… Et puis, comment oublier Ne pleure pas mon petit loup de Pierre Perret interprété par Edwige Feuillère ?

 

Interlude cinéma : Villa Amalia, de Benoît Jacquot, avec une Isabelle Huppert vraiment en état de grâce, présente à chaque plan. C’est une adaptation assez fidèle du roman de Pascal Quignard, et pour ceux qui n’ont pas forcément aimé de livre, le film pourrait être un rattrapage.

PS : les mélomanes seront comblés.

 

Ah oui, les mélomanes ? Eh oui, vous savez, la musique, ça peut vous changer la vie. Parfois, une vie se renverse en un rien de temps, ce sont des petits évènements qui se succèdent, qui vous mènent à un grand changement. C’est ce qui arrive au héro d’Un soir au club, de Christian Gailly, dont nous parle Sonya. Chauffagiste en déplacement à la campagne, le voilà contraint, par justement de petits évènements, à rester sur place le week-end. Ce qui lui réussit plutôt bien : notre homme s’avère être un ancien pianiste qui s’est interdit toute fréquentation de lieux musicaux, et quand il se retrouve dans un club de jazz…

 

Une histoire de destin et des petits signes auxquels on est attentifs ou pas : forcément, on a tous quelque chose à en dire, et ce qu’en dit l’un ne ressemble qu’à lui. Bousculer le destin ? Le freiner ? Le laisser venir ? Le regarder partir ? Mais d’abord, c’est quoi le destin ? Ah bon, ça existe ? Brrr, comme c’est lourd, cette idée que la vie soit écrite ! L’idée de destin ne génère-t-elle pas de la passivité ? Mais, ne soyez donc pas fatalistes ! Mais, puisque je vous dit que ce qui m’arrive est ce qui devait m’arriver ! Allons allons, n’est-il pas plus raisonnable de tout maîtriser ? Ou plus sage de laisser porte ouverte à l’imprévu ? Et le hasard, monsieur le mathématicien, c’est quoi donc ? Aha, mais sait-on attendre, dans la vie, attendre activement ?... Chacun a eu son mot à dire, et on s’accorde sur une chose, que chaque signe peut être interprété de multiples façons.

 

Il y en a, des personnages, qui semblent attendre toute leur vie, la regardant s’écouler avec indifférence, et peut-être bien qu’ils n’attendaient rien. Bien sûr, Oblomov, d’Ivan Gontcharov, que Catherine a découvert grâce à un ami qui avait appelé ainsi son singe paresseux. Un personnage sans désir, qui n’agit pas. Le temps passe, les cerisiers fleurissent, il s’enferme chez lui, les cerisiers fanent, il s’abandonne, les cerisiers meurent…

 

Adrienne, ah ! Adrienne voulait un personnage po-si-tif. Quelque chose qui finisse bien. Ah, elle aurait bien pris le bon Dieu, sacré personnage de fiction, mais bon, gros morceau, sujet à controverse, volontiers flanqué d’un diable.

Et puis s’est présentée la petite fille aux dons magiques d’Isabel Allende, dans La maison aux esprits. C’est drôle, charmant, rocambolesque… mais la fin laisse un arrière-goût cruel, pensez-vous, un coup d’Etat militaire. Aussi, exit Allende.

Alors Hermaphrodite. Hermaphrodite, mais oui ! L’homme et la femme réunis, en symbiose, non pas complémentaires mais identiques, finis les désagréments conjugaux… mais bon, finalement, est-ce bien ça qu’on veut ? Allez, dehors Hermaphrodite.

En fin de compte, il nous reste le phénix. Oui oui, le phénix, l’oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres – beauté merveilleuse, voix mélodieuse, faculté de renaissance : tout le monde en rêve, et il est un trait d’union entre diverses cultures. Et ça finit toujours bien. Comme dans Le langage des oiseaux, somptueuse allégorie mystique de Farrîd al-Dîn Attar (à la bibliothèque, cote 297.4 ATT)

 

« Il y a les loosers, il y a les gagnants, sans que rien ne soit définitif », nous dit Amélie, en préambule au très beau Zorba le grec de Nikos Kazantzakis. Deux hommes veulent construire un barrage dans la montagne. C’est un échec. L’un se recroqueville sur lui-même, l’autre, Zorba, a cette réaction : il se met à danser. Dans ce roman très humain, dans ce personnage plein d’optimisme, c’est la capacité à rebondir, la prédisposition à la joie qui ont marqués Amélie.

 

Amélie qui, par ailleurs, découvre le cinéma anglais, et recommande notamment 84 Crossing road de David Hugh Jones, avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins, adapté du roman épistolaire de Helene Hanff, qu’on connaît bien ici puisque Tony nous en avait parlé. Ah, Patrick n’a pas aimé le livre dont il ne saisit pas le pourquoi. (fin du 2ème interlude cinéma ; à se demander s’il ne faudrait pas créer un club des cinéphiles. Ah, tiens, ça c’est une bonne idée, non ?)

 

J’avoue que je ne sais plus comment on est venu à en parler, mais enfin, il a été question du théâtre et de l’opéra. Vous êtes plutôt Opéra Garnier ou plutôt Opéra Bastille ? Ah oui ? Et vous ? Oh, moi je suis plutôt Théâtre de la Colline. Le tout suivie d’une très belle défense et illustration du théâtre contemporain par Dominique – non pas se changer les idées, mais guetter des sensations, des impressions, des émotions.

 

Eh bien Michel, son héros c’est Jacquou le croquant, d’Eugène Le Roy. Mais oui, si on vivait un peu plus dans ce sillage-là… Parfois il faut mordre, et il y a un art de mordre dans la vie. Pas parce qu’on mord qu’on est méchant. Mordre, de manière salutaire, sur le modèle de Jacquou, savoir dire non avant qu’il ne soit trop tard, avant que le non rentré débouche sur une réaction violente, destructrice. Et Michel de nous entraîner du côté de la Creuse, du temps où les gabelous n’y s’y aventuraient pas.

 

Précisions étymologiques sur le mot croquant, d’origine controversée. Certains le rattachent au provençal croucant, « paysan »,  issu du verbe crouca, « arracher », parce que les paysans révoltés pillaient, arrachaient. Une autre hypothèse mène à croquer, au sens figuré, soit d’après les destructions faites par les paysans, soit parce que les paysans appelaient croquant le seigneur qui les croquait, ce dernier leur ayant retourné le nom. On dit aussi que le mot pourrait se rattacher à la ville de Crocq, dans la Creuse, d’où est partie une révolte en 1594. (D’après Alain Rey).

 

Pour Edith, le grand faiseur de personnages est américain, a une œuvre déjà considérable et s’appelle Jim Harrison. Ce sont des héros simples et humains, souvent engagés dans de grands périples à travers le pays. Ils savent prendre le temps de vivre et cultivent un profond respect pour la nature. On se sent d’autant mieux dans leur peau que Jim Harrison est passé maître en l’art de nous faire vivre avec eux.

A noter la parution d’Une odyssée américaine.

 

Interlude scientifique, avec Hasard et complexité en mathématiques de l’argentino-américain Gregory Chaitin, présenté par Patrick. Particulièrement intéressant du point de vue philosophique, ce livre nous invite à la découverte du nombre incalculable Omega, en passant par d’autres nombres, comme Py ou le nombre d’or. Et tout ceci nous mène à de grands mystères…

Le héros de Patrick, ce serait peut-être un mathématicien génial, non ?

Au sujet des mathématiques, Sonya recommande l’ouvrage Cultures maths, sur les rapports qu’entretiennent les mathématiques avec les arts, et la littérature notamment.

 

Aline, ce qu’elle garde, ce qui la suit depuis des années, c’est le souvenir d’une belle identification avec la Mimi de La bohême, célèbre opéra de Puccini. L’Amour qui transcende l’égo, pour s’offrir, jusqu’au sacrifice… et cette musique…

 

Et maintenant, quelque chose qui va nous requinquer : Harold et Maude, pièce de théâtre qu’adapta en France Jean-Claude Carrière. Béatrice l’a découvert à l’âge de 12 ou 13 ans, et depuis, ça la suit. Oh, c’est surtout le personnage de Maude (interprété par Madeleine Renaud) qui l’a marquée. Personnage haut en couleur, originale, libre, c’est un modèle de femme qui s’épanouit sans complexe ni gêne ni retenue, et qui garde toujours la pêche.

 

Eh oui, on l’avait bien, dit, c’est difficile de choisir… n’est-ce pas Dominique ? Alors oui, Ulysse, forcément Ulysse, le grand héros, le grand… ah oui mais pendant qu’il est en aventure il y a une femme qui l’attend gentiment à la maison, la petite popote sur le feu, et ça Dominique aime un peu moins. Alors, le grand Ulysse, dehors. Nan mais.

Qui va-t-on appeler à la rescousse ? Dartagnan, évidemment, le héros, le chef de la bande, celui qui s’entoure d’une petite cour, celui qui pour se battre choisit des causes. Et même si parfois ses choix ne sont pas très judicieux, il choisit la reine plutôt que le cardinal, ce qui ne sera pas sans déplaire, 150 ans plus tard, à Dominique.


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