Les pas
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.
Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux ! … tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !
Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,
Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre
Et mon cœur n’était que vos pas.
Paul Valery (1871-1945)
Extrait du recueil Charmes (1922)
Poète, critique littéraire, essayiste, Paul Valéry naît à Sète en 1871. Sa fascination pour la mer et le cimetière marin de la ville lui inspire un célèbre poème.
Ne pouvant intégrer l’école navale, il suit des études de droit à Montpellier (1889).L’art de la poésie compense peu à peu sa frustration, il s’immerge dans la lecture des plus grandes plumes (Hugo, Verlaine, Mallarmé, Baudelaire) et publie ses premiers poèmes dans des revues symbolistes.
En 1892, il renonce à la poésie, puis s’y remet grâce à l’insistance d’André Gide. Il publie
Elu à l’Académie Française en 1925, il est nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937 et alimente ses réflexions sur l’art, les sciences, la psychologie ou le langage dans ses Cahiers et dans ses essais Variété.
Valéry meurt le 20 juillet 1945 à Paris et reçoit des funérailles nationales.
Au travers du recueil Charmes, Valéry retrace un drame de l’intelligence où chaque poème semble constituer une étape dans l’aventure de la connaissance.
La dimension intellectuelle de la poésie n’empêche pas son extrême sensualité, ni sa dimension suggestive, mystérieuse et magique.
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