les coups de coeur des bibliothécaires et des lecteurs

Publié le par Biblioth�que municipale

David Abiker

Le musée de l’homme

Michalon, 2005

 

Si vous ne voulez pas vous faire remarquer par vos rires intempestifs dans les transports en commun, alors n’y lisez pas ce livre ! Par contre, vous pourrez partager avec votre conjoint des avis qui risquent de provoquer quelques remaniements conjugaux… David Abiker, chroniqueur à la radio, relate ici sa vision désabusée du statut de l’homme (le mâle), dont les prérogatives traditionnelles sont battues en brèche par le rouleau compresseur du féminisme devenu prédominant, infiltré dans tous les aspects du quotidien. Sous forme de chapitres proches de la chronique, Ainsi, on voit le narrateur blessé dans son ego quand sa femme obtient facilement une augmentation que lui-même n’arrive pas à avoir ; on le voit aussi aller discrètement chez l’esthéticienne, veiller à son embonpoint, etc. David Abiker réussit à dresser un tableau humoristique de la condition masculine qui n’est ni macho, ni vulgaire, qui présente les femmes malgré tout sous un jour acceptable ! (rédigé par une femme)

Catherine

Dans ce livre, David Abiker décrit avec une lucidité décapante les rapports hommes/femmes dans notre société. Il analyse dans cette chronique cruelle et terriblement réaliste l'évolution de la place de l'homme, du mari et du père. Ce livre est à lire par tous ceux, hommes ou femmes, mariés ou non, qui s'interrogent sur la terrible question de savoir de qui de l’homme ou de la femme est l’avenir de l’autre ? (rédigé par un homme)

Bernard

 

 

 

 

 

Jacques-Pierre  Amette

Un été chez Voltaire

Albin Michel, 2007

Un été chez Voltaire nous invite à suivre la vie à Ferney, durant les mois de juillet et août 1761. Voltaire, désireux de faire jouer sa tragédie Le fanatique ou Mahomet, a invité deux ravissantes actrices italiennes. Arrive alors, un émissaire de Frédérick de Prusse, le comte de Fleckenstein dont la mission est de convaincre Voltaire d'intervenir auprès de Choiseul pour mettre fin à la Guerre de 7 ans. Badinage, répétitions, digressions littéraires rythment les journées à Ferney. Des passions se nouent et se dénouent dans la chaleur orageuse. Voltaire brille d'intelligence et déploie tous ses talents pour faire triompher le théâtre, alors que, non loin de là, Rousseau le dénigre dans La nouvelle Héloïse.
Ce roman, écrit à la mode du XVIIIème siècle, est une sorte de douceur qu'on grignote avec désinvolture.

Bernard

 

Marc Dugain La malédiction d'Edgar

 Dans ce roman (mais est-ce vraiment un roman???), Marc Dugain, nous plonge dans l'incroyable parcours d'Edgar Hoover, le terrifiant et fascinant Directeur du FBI. Des années 20 jusqu'au début des années 70, c'est toute l'histoire américaine qui est analysée à travers le prisme de celui qui fut l'un des hommes les plus puissants des Etats-Unis. De Rooseveelt à Nixon, en passant par l'ère Kennedy, Dugain nous invite à découvrir une Amérique différente, marquée par une classe politique souvent corrompue, anti communiste jusqu'à l'absurde et souvent raciste. Passionnant !

Bernard

 

 

Eric Faye Le syndicat des pauvres types

Un pauvre type, lui ? Alors qu’est donc celui-ci, et celui-là, et… moi ? Quels sont les critères irréfutables qui vous classifient un « pauvre type » ?

Il le ressent bien, lui, cet Antoine Blin, qu’il n’a sûrement pas fait les bons choix, qu’il est passé à côté, que ce n’est pas ça… Est-ce parce qu’il n’a pas – comme son copain « d’avant » - un job palpitant, reconnu, rémunérateur… ou parce qu’il n’a pas de bel appartement rempli de meubles « de goût » et d’œuvres « d’artistes en devenir »… ou parce qu’il n’a pas fait le mariage qu’on doit faire avec son alter ego féminin (sa seule tentative sentimentale, désespéré, s’est soldée par un fiasco)… ou parce que malgré tous les produits, les ablutions, les tentatives de ne plus trop bouger, il « sent »... ?

Même si André Denner l’a indéniablement reconnu comme l’un des leurs (mais comment ?) et le convie à adhérer au Syndicat, comme il est difficile le chemin pour se déclarer officiellement « pauvre type »…

Parfois la vie – surtout lorsqu’elle prend le détour de la gloire facile/factice de la télé-réalité – vous claque de ces surprises… Argent, popularité, chants des sirènes médiatiques, bouleversements et nouvelle vie… Mais alors, comment comprendre qu’Antoine essayera encore de retrouver celle qui l’avait trahi, bafoué… peut-être parce qu’il reste – malgré tout – un « pauvre type » ?

L’auteur – qui nous livre en exergue un extrait d’Emmanuel Bove sur le besoin de reconnaissance et de trouver sa place parmi les hommes – ne nous dira rien de ces critères, mais nous délivrera une grande bouffée de tendresse.

Dominique

 

François Gonse

Les papiers japonais, traditions et créations

Ouest-France, 2004

On découvrira dans ce beau livre illustré tout le raffinement japonais dans l’art du papier. Matériau privilégié dans la culture japonaise, il a de nombreux usages quotidiens dont la construction de cloisons intérieures, la fabrication d’objets décoratifs et le support de la calligraphie.

Inventeurs de quantités de variétés de washi* les Japonais l’utilisent pour toutes sortes d’usages de façon ancestrale. Ainsi, le chigiri-e ou papier déchiré, et le tsugigami, inventés au 9e siècle, sortes de patchwork de papier à motifs pour la calligraphie et la décoration ; le kirigami (papier découpé) inventé avant le 9e siècle sert aux prêtres du shintoïsme pour représenter des divinités et à des artistes-artisans à créer de véritables tableaux de dentelle.

Aujourd’hui, la tradition perdure, même si la modernité a fait disparaître nombre d’artisans, et surtout de fabricants. François Gonse, l’auteur lui-même fabricant de papier traditionnel est allé se former là-bas et en décrit dans ce livre les techniques, véritables recettes à base de végétaux de toutes sortes. Pochoir, papier mâché,marbré, origami (pliage), emballage, torsades, poupées,décoration intérieure font toujours partie de la culture japonaise qui s’exporte comme d’autres choses telles que les sushis ou les mangas…

* « papier »

Catherine

 

Lilan Hearn Le vol du héron (tome IV Le Clan des Otori)

Ce roman est le 4ème tome de la saga du Clan des Otori.
Dans ce Vol du héron, on retrouve avec plaisir, 16 ans plus tard, Takeo et Kaede, ainsi que leurs filles et tous les personnages qui nous ont enchantés dans les trois premiers livres. L'harmonie des Trois pays est mis en danger par les rivalités au sein de la Tribu et Takeo a bien du mal a maintenir la paix, d'autant que l'Empereur souhaite annexe le pays et que les premiers européens arrivent avec leur religion et leurs armes à feu.

Bernard

 

Arnaldur Indridason La femme en vert

La femme en vert est une enquête de l'inspecteur islandais. Erlendur doit d'une part, s'occuper de sa fille droguée et en rupture avec son père, qui est dans le coma après avoir perdu un bébé et d'autre part, il doit résoudre une bien étrange affaire d'ossements découverts par hasard sur un chantier de construction. Nous suivons alors une double histoire: celle d'Erlendur qui parle enfin à sa fille, pour l'aider à sortir du coma et celle d'une femme battue, dans l'Island des années de guerre.
Ce roman est une vraie réussite, non seulement parce que l'intrigue est bien menée mais aussi parce qu'il s'agit d'un véritable plaidoyer pour dénoncer les violences conjugales. Indridason réalise le tour de force de mélanger présent et passé, sans jamais faire perdre, au lecteur, le fil du récit.  A lire également La cité des Jarres du même auteur.

Bernard

 

Alain Mabanckou Mémoires de porc-épic

« Nom d’un porc-épic ! » s’écrit Kibandi ou plutôt son double animal, après avoir bu la potion initiatique qui après la transe le métamorphose en un alter ego chargé de « manger » tous les gêneurs, les barreurs de route, les empêcheurs, les autres quoi !

« Si tu veux que Dieu rigole, alors raconte-lui tes projets » répond en écho le gouverneur des bêtes à piquants, vieux sage philosophe qui déclame ses sentences parfois fort à propos, parfois énigmatiques, toujours lucides (« A force d’espérer une condition meilleure, le crapaud s’est retrouvé sans queue pour l’éternité ») et qui jette sur l’espèce humaine un regard ô combien ironique…

Ce monologue/confession nous est donné à la manière d’un conte oral africain, sous l’arbre à palabres (tout en reprenant les contraintes d’écriture de son précédent roman, plusieurs fois primé, « Verre cassé ») et nous déclame, avec malice, traits d’humour et truculence, l’épopée de ce double nuisible, assassin, sans remord ni fierté – et contre lequel ni les féticheurs ni les sages ni les hommes, ces pauvres inconscients, n’ont rien pu…

Dominique

 

 

Keiji Nakazawa Gen d’Hiroshima

Rares sont les ouvrages, tous genres confondus, qui provoquent une telle émotion chez le lecteur. Classé comme manga, cette bande dessinée raconte le combat quotidien de Gen, jeune garçon japonais survivant de la bombe atomique. Ayant miraculeusement échappé au souffle mortel de l’explosion, il voit, impuissant, son père, sa sœur et son petit frère mourir sous les décombres enflammés de leur maison. S’ensuit une lutte pour survivre et protéger les siens qui restent de la faim, de la maladie et de la misère, ainsi que du rejet dont ils sont victimes, comme les autres survivants. Malgré toutes les horreurs de la guerre et ses conséquences, Gen provoque l’admiration car il se relève toujours après le deuil, le malheur, l’exploitation dont il est victime. C’est aussi le souvenir de son père pacifiste et rebelle qui le pousse à combattre l’abus de pouvoir, l’injustice et l’endoctrinement militaro-impérial qui a conduit le Japon au désastre.
En résumé, il faut lire Gen, dévorer ce manga (autobiographique) pas comme les autres car il réunit une très forte émotion (il vous arrachera des larmes), une connaissance de la société japonaise des années 40-50, impitoyable et violente, et la réalité de ce que la bombe atomique représente.
Catherine

 

Arto Paasilina Petits suicides entre amis

La douce empoisonneuse

Arto Paasilinna est un auteur finlandais et plus précisément lapon. Dans ce roman, entre dérision et cruauté, nous suivons les péripéties d'un groupe de finlandais suicidaires à travers l'Europe. C'est drôle et un rien dérangeant d'accompagner, dans leur quête du suicide, ces personnages ordinaires (ou presque...) Du Cap Nord au Portugal, nous nous délectons de les voir s'interroger sur les causes de leur désespoir et sur leur lente remontée vers la vie. Parce que Petits suicides entre amis est en réalité un hymne à la vie et au bonheur. Enfermés dans leur autocar, les personnages retrouvent peu à peu le goût de vivre et découvrent que malgré les difficultés de la vie, elle est un merveilleux cadeau et qu'il faut la vivre intensément.  A lire vite, pour retrouver le moral...

Dans La douce empoisonneuse, nous retrouvons tout l'univers de Arto Paasilinna. Linnea, une respectable veuve de colonel vit une existence paisible à la campagne dans une ravissante fermette avec sauna. La vie pourrait être parfaite, si elle n'était pas harcelée par un infernal neveu et deux de ses amis. Lasse de cette vie impossible, elle décide de quitter son paradis pour Helsinki et se met à préparer un poison, en cas d'agression, pour se suicider. Mais comme dans tous les romans de Paasilinna, rien ne se passe comme il le faut, et presque par hasard, Linnea va se débarasser de ses ennemis, avec élégance et légèreté. Un bon moment de lecture.

Bernard

 

Léonardo Padura Electre à La Havane

Ce roman nous plonge dans l'univers des travestis de La Havane. Un jeune homme, fils d'un haut fonctionnaire castriste, est retrouvé étranglé habillé d'une robe fourreau rouge et outrageusement maquillé. L'enquête est confiée à Mario Conde, flic marginal et "macho hétéro stalinien" comme il aime, lui même, à se définir.
Au-delà de l'intrigue, Padura nous fait découvrir une société cubaine elle même assassinée par des décennies de castrisme et d'embargo américain, dans laquelle la quête identitaire est devenue une nécessité vitale.

Bernard

 

Tom Perrotta Les enfants de chœur

 

Tom Perrotta nous plonge dans l'Amérique de la middle class installée. Des mères de famille  passent leur journée à s'occuper de leurs enfants dans un monde aseptisé. Elles sont toutes de bonnes mères et de bonnes épouses. Parmi elles, Sarah est peut être un peu différente. Ce qui est certain, c'est qu'elle cherche à sortir de son train-train quotidien. Deux événements vont changer les choses. Le premier est l'arrivée dans le quartier d'un pédophile qui va faire polariser les haines et de le second est l'apparition au square de Todd et son fils Aaron. Le Roi du bal, comme l'appellent les mères du square, va bouleverser la vie tranquille de Sarah. Une passion torride nait entre Todd et sarah, qui va animer un été trop chaud et qui va transformer profondément l'existence des personnages.
A la fois cruel et tendre, un brin ironique Les enfants de choeur est une vision très caustique de la société américaine, vraiment très agréable à lire.

Bernard

 

Jérôme Tonnerre Atlantique Sud

Voila, un bien joli roman. Une madeleine, histoire de prendre un peu de recul et de sourire à ce qui nous fait si peur: la mort. Le héros (Jérôme Tonnerre, lui même) perd sa mère. Il est un voyageur solitaire incapable de quitter les limites de son arrondissement de naissance et qui passe sa vie à voyager dans sa tête: de Nouméa aux Andes, de l'Alaska à l'Amazonie. Mais, comment assouvir cette passion, alors qu'on est l'un des parisiens les plus inhibés qui soit.
On suit avec un plaisir jubilatoire, le chemin de ce fils et de sa mère, en urne funéraire, qui va le mener à découvrir qui il est, mais aussi, la vraie vie de ses parents et en particulier, de cette mère mal jugée et certainement mal aimée.

Bernard

 

François Vallejo  Ouest

 

 Dans une province française indéterminée, sinon par sa situation à l’Ouest, un huit clos entre un petit châtelain et son garde-chasse. Monsieur de l’Aubépine-père meurt, le maître austère qui haït son fils. Celui-ci le remplace à la tête du domaine et devient le tyran du lieu, où vivent aussi Lambert, sa famille, et puis ses chiens, la meute et Radja, le chien favori. Mr de l’Aubépine-fils ne jure que par la République et voue une admiration sans limite à Victor Hugo alors en exil à Guernesey. Il ramène parfois une jeune femme fraîche de Paris, qui à chaque fois disparaît plus ou moins mystérieusement.

C’est quand la fille de Lambert, adolescente, sera en danger, exposée au pouvoir du maître, que celui-ci osera lui tenir tête, au risque de tout perdre... Ce roman est un face-à-face entre deux hommes que tout oppose et qui malgré cela ont besoin l’un de l’autre. Sélectionné pour le Prix du livre Inter.

Catherine

 

Hideji Oda Le terrain vague

 

 

Sublime ! Hideji Oda nous livre un album encore plus onirique qu’avec « Dispersion » il y a dix ans de cela. Un récit qui nous conte la plongée d’une jeune étudiante dans un univers fantasmatique et morbide. C’est une œuvre sensible et ambitieuse.

Reneï, jeune étudiante en peinture à Tokyo, vit mal ses interrogations artistiques et sa relation avec un de ses profs, séparé de sa femme. Elle est par ailleurs fascinée par le terrain vague situé en bas de son immeuble. S’y installant régulièrement, elle s’évade de plus en plus, et vit dans des ruminations dépressives, pensant à des périodes douloureuses de sa vie. C’est ainsi qu’elle retrouve dans ce monde fantasmé une ancienne amie suicidée qui cherche à l’entraîner dans cet univers onirique qu’elle surnomme : « le monde de Ku ». C’est un livre extraordinaire que ce soit  au niveau du récit ou des illustrations.

Un livre dans lequel les personnages adultes ont des traits d’enfants. Avec un dessin au crayonné, à la fois dépouillé, très réaliste et très claire. L’auteur nous plonge dans cette histoire que l’on peut trouver confuse, à côté de laquelle on peut passer ou alors au contraire dans laquelle on peut plonger entièrement.

Marie-lyne

 

 

 

 

 

Publié dans Conseils de lectures

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