Le jour ne revient pas, dites-vous, mais tous les corps oubliés peut-être que l’espoir ne dites pas, quand vous partez, que c’est
Claude Esteban (1935-2006)
seulement sa blessure, le sang
que laisse le soleil quand il s’effondre
au loin
veulent savoir si quelque chose existe
sous le sol, qui les rassemble, une parcelle
de substance ou rien
que l’ombre, immobile comme
un caillou
n’est qu’une entaille dans la chair
une étincelle sans futur
dans la mémoire
le jour qui meurt.
Irréparable. Distance, déchirure. Perte de substance, éloignement, vide. Silence.
La poésie de Claude Esteban, sans cesse tendue par une exigence intérieure, résistance « au démembrement, à l’oubli », est d’une beauté sensible et nue, fragile et parfois lancinante, traversée par une apesanteur.
Né en 1935 et mort l’an passé, Claude Esteban entretenait une riche relation avec la peinture, notamment les territoires urbains pétrifiés d’Edward Hopper dont la fixité étrange n’est pas sans correspondance dans son œuvre. Homme de dialogue, il est encore le traducteur de quelques très grands poètes hispanophones – García Lorca, Jorge Guillén, Octavio Paz ou César Vallejo.
L’un de ses derniers livres, « Morceaux de ciel, presque rien », qui rappelle le haïku, ainsi que les recueils rassemblés dans « Le jour à peine écrit (1967-2002)» sont de belles portes d’entrée vers une œuvre où les mots n’aboutissent jamais à la formulation d’une prétendue vérité établie mais se cherchent porteurs d’un sens qui les dépasse
Poème choisi par JEAN-BAPTISTE.
