Club des lecteurs du 23 mai 2009 : de quoi a-t-on parlé ?

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Et on attaque très fort, à grand coup d’enthousiasme, ah oui, l’enthousiasme de Michel à propos de Mathias Enard, Zone, un livre très fort, faisant le tour de la Méditerranée et de ses guerres. De la vraie littérature en 24 chants, comme L’Odyssée, rythmée comme la vie de rencontres fortes. Magie d’une écriture où l’on change de lieu ou d’époque sans s’en rendre compte et où l’on plonge en profondeur.


Adrienne
: Jim Harrison, Une odyssée américaine

On lui avait tant parlé de Jim Harrison, à Adrienne… qu’elle a été très déçue par ce livre-là. Une coquille vide ? « On arrive à la fin en se demandant ce qu’on a lu ». Les amateurs de Jim Harrison sont du même avis : rien à voir avec un chef d’œuvre comme Dalva.

 

S’en suit une discussion autour de la banalité du quotidien en littérature. Parfois, c’est magnifié, chaque geste est chargé, rempli de sens. Dominique évoque en ce sens l’écriture de Christine Orban, où l’impossibilité de dire devient un de ressorts de la création. Parfois, on trouve nul, voire même énervant, comme le pensent Dominique et Michel au sujet de Trois hommes seuls de Christian Oster, où l’on reste à attendre quelque chose, de la parole, sans que rien ne vienne ni que cette attente en elle-même apporte quelque chose.

 

Jean-Baptiste : Pierre Bergounioux, Une chambre en Hollande

Voilà par contre un livre court mais des plus denses, où l’évocation biographique de René Descartes (à partir de l’angle ténu d’une fenêtre à Amsterdam) ouvre une réflexion sur l’Europe, sa civilisation, son histoire. C’est brillant, sans difficulté d’accès,  et l’intelligence est servie par une érudition synthétique et une écriture dont on sait l’exigence.


Jean
: Tahar Ben Jelloun, L’enfant de sable et La nuit sacrée 

La nuit sacrée met en scène une famille marocaine dont le père désespère de na pas avoir de fils. Lorsqu’un septième enfant naît, il décide, contre toute nature, que ce sera un garçon, Ahmed… La fille nommée Ahmed ne tarde pas à en souffrir et à s’enfermer dans sa chambre, cherchant des compensations dans sa vie intérieure… Dans L’enfant de sable, la suite du précédent, le père est mort, la famille délabrée, et Ahmed se libère, part vivre une vie de femme. Mais ce n’est pas si facile… De belles pages poétiques, surtout dans La nuit sacrée.

 

Adrienne & Dominique : Joan Didion, L’année de la pensée magique

Pour Adrienne, cette histoire de deuil est creuse et pâle, sans vie. Dominique en revanche adore ce récit d’une intellectuelle américaine renommée qui ne parvient pas à souffrir de la perte de son mari et de son fils. Du coup, cela donne une livre de deuil dépourvu de pathos, plein de finesse intellectuelle.

Aline : Yan Lianke, Les jours les mois les années

Ah, voilà un livre qui l’a passionnée ! Dans un village chinois pendant une terrible sécheresse, un vieil homme refuse de partir et reste seul avec son chien, survivant à peine mais se parlant… Une histoire pleine d’amour et de tendresse.

 

 

Aline : Régine Detambel, Noces de chênes

Soit un pépé et une mémé, dans une maison de retraite, qui s’aiment bien, mais vraiment bien. Un jour elle tombe et se retrouve coincée au bas de l’escalier. L’amoureux s’inquiète. Quelqu’un lui dit que sa chérie est partie sur le Mont Ventoux. Eh bien, vieillard ou pas, l’amoureux part sur les routes du Ventoux, sans se douter… C’est gentil, attachant et bien écrit.

 

Adrienne : Tatiana Arfel, L’attente du soir

Trois personnages des marges, un clown, une vieille femme et un enfant sauvage, se rencontrent. Ce sont des personnages extraordinaires, comme il est rare d’en découvrir, pour une histoire qui, à partir de marginalités sociales, nous emmène du côté du merveilleux. Un très beau livre, publié chez José Corti dans la collection Merveilleux.

 

Grâce à Adrienne, qui en avait parlé avec chaleur et émotion, Patrick a relu Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Une belle surprise, parce que le roman est bien plus long et riche que les adaptations qui en ont été tirées.

Et puisqu’on est dans les voyages, Patrick nous entretient de Conrad Malte-Brun (1775-1826), singulier géographe français d’origine danoise, auteur d’un monumental Précis de géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde, en quelque sorte l’ancêtre du Reclus, où l’on découvre le monde tel que la science géographique (se) le représentait à l’époque.

 

Jean-Baptiste : Shala Sherkat, Zanân

En 1992, Shahla Sherkat fonde Zanân, "Femmes ", qui s'impose très vite comme le premier, le plus libre, le plus critique, et le plus détonnant des magazines iraniens. Trente ans après la révolution islamique, la rédactrice en chef présente la revue, son histoire, son combat en faveur des droits des femmes. Avec un large choix d’articles, ce livre passionnant dévoile un Iran bien loin des clichés médiatiques, dressant le portrait de personnalités hors du commun et abordant de nombreux thèmes, société,  droit, éducation, mais aussi la mode, le cinéma, la fête.

 

 

Dominique : Junot Diaz, La brève et merveilleuse histoire d’Oscar Wao

Ah pas du tout aimé ce livre-là, Dominique. Un jeune gars, américain d’origine dominicaine, trop gros, cherchant à échapper à une malédiction. Le roman, salué par la critique, est original et des plus créatifs, mais dérangeant. Pour Dominique, cette langue cassée et très vulgaire, ainsi que la violence sexuelle des personnages, c’est trop.


Dominique & Michel
  : Stéphane Audeguy, Nous autres 

Un jeune homme apprend le décès de son père dont il ne connaissait pas l’existence. Il entreprend alors une quête qui le conduit sur les hauts plateaux éthiopiens, où il découvre la vie de son père et son amour de l’Afrique. Une belle écriture très sensorielle – « on sent la terre ocre. »

 

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