Quand on pense à la littérature anglaise contemporaine, les noms d’auteurs de romans policiers nous viennent plus facilement à l’esprit que ceux de littérature dite « blanche ». C’est dire à quel point le genre policier y est une permanence. Selon Minette Walters, c’est Charles Dickens et Wilkie Collins qui ont écrit les premiers romans policiers, de même que « Oliver Twist » est un roman policier social. Les auteurs de polar anglo-saxon bénéficient d’ailleurs en Angleterre d’un statut de rock star, à l’instar des vedettes de la musique, avec leurs fans et leur site internet…
Minette Walters est l’auteur d’une dizaine de romans. De facture assez classique, ils ont néanmoins un aspect politiquement incorrect. Minette Walters habite, dans le Dorset, un manoir agrémenté d’un magnifique jardin, et malgré son train de vie manifestement fortuné, elle écrit des romans policiers engagés dans la cause sociale. Elle est aussi contre l’engagement de l’Angleterre dans la guerre en Irak, comme la majorité de la population. Visiteuse de prison pendant douze ans, elle connaît son sujet. Elle a constaté à quel point ce sont des gens sans culture qui se retrouvent dans les prisons, comme si par manque de moyens de se défendre, ils avaient plus de risques de se voir emprisonnés que ceux qui peuvent argumenter. Ses romans sont à la fois psychologiques et une analyse sociale impitoyable
(Résonances, Ni chaud ni froid, Le sang du renard, La disparue de Colliton Park)
Ruth Rendell est l’auteur d’une quinzaine de romans dont le héros est l’inspecteur Reginald Wexford, qui évolue dans une ville imaginaire de l’Angleterre contemporaine. Les criminels y sont des gens ordinaires qui dérapent dans la banalité quotidienne. Par ailleurs, elle écrit aussi des romans à suspense et criminels dont la construction palpitante lui vaut un grand succès tant en Angleterre que sur le vieux continent. Et dernièrement, elle a été anoblie par Tony Blair.
(La maison aux escaliers, Plumes de sang, Le jeune homme et la mort, Sans dommage apparent, Pince-mi et pince-moi)*
(sous le pseudonyme de Barbara Vine : Le tapis du roi Salomon)
P.D.James peut être considérée comme un écrivain « littéraire », ses livres relèvent autant de la littérature
classique que du roman policier. Ses romans sont parsemés de citations littéraires. Anoblie par la reine, elle siège à la chambre des Lords, côté conservateur, même si cela ne transparaît pas
dans ses romans. Alors que Minette Walters écrits plutôt sur les classes moyennes voire populaires, P.D.James porte son attention plus sur les classes supérieures de la société anglaise. Il n’en
reste pas moins que ses romans sont très critiques vis-à-vis de la société britannique. Ainsi dans « Meurtres en soutane », P.D.James met en scène un collège tenu par des diacres
anglicans qui en prennent pour leur grade…
(Mort d’un expert,
Meurtres en soutane, Un certain goût pour la mort, La salle des meurtres)
A ne pas confondre avec son homonyme américain (qui écrit des polars médicaux), Robin Cook, fils de la grande bourgeoisie anglaise, rompt définitivement avec son milieu à l’âge de seize ans. Il quitte le collège huppé et mène une vie de marginal, part en Allemagne puis aux Etats-Unis où il exerce tous les métiers imaginables. Il s’installe en France en 1974 et continue de situer ses romans, très noirs, en Angleterre. On y voit une aristocratie décadente et criminelle, une société en crise, une dénonciation des usages traditionnels de la vieille Angleterre avec lesquels lui-même et ses personnages sont en rupture. On peut le considérer comme un des maîtres du roman policier britannique. A lire aussi, son autobiographie éclairante : Mémoire vive.
(Morts suspectes, Le soleil qui s’éteint, Comment vivent les morts, Les mois d’avril sont meurtriers, On ne meurt que deux fois)*
John Harvey a écrit sous onze pseudonymes plus de soixante-quinze romans de genres différents, de la poésie, du théâtre, des scénarios et d’autres formes littéraires. Sa vingtaine de romans policiers sont un témoignage des dégâts causés par la politique thatchérienne : chômage, misère, racisme, violence… Charlie Resnick, policier à Nottingham, est son héros récurrent, fragile et humain.
(Cœurs solitaires, Les étrangers dans la maison, Lumière froide)
Peter Robinson vit au Canada mais situe ses romans en Angleterre. Son inspecteur Banks, issu de la classe ouvrière, vit une contradiction entre sa famille et son métier. En effet, lors des années Thatcher, la police anglaise était considérée comme l’instrument du pouvoir pour mater violemment les révoltes sociales, casser les grèves. Il est donc rejeté par sa famille, en particulier son père qui ne comprend pas qu’il résout des enquêtes criminelles.
(Froid comme la tombe, Sang à la racine, Beau monstre)
Jake Arnott situe ses histoires dans le Londres nocturne des années 60. Crime unlimited est le premier volet d’une trilogie qui met en scène les parrains de la pègre du « swinging London ». C’est l’évolution de la société anglaise que l’on observe à travers ces portraits.
(Crime unlimited)
Dans les livres de David Peace aussi on peut en apprendre sur ce sujet. Même s’il vit au Japon, il situe ses histoires dans l’Angleterre en déliquescence des années 70 et suivantes. Marqué dans son enfance par un fait divers qui traumatisa sa région, il a écrit une série de livres qui retrace de façon plus ou moins fictive ces histoires de « l’éventreur du Yorkshire », un « serial killers » dont les victimes sont des petites filles ou des prostituées. Où l’on voit aussi les dérives de la police anglaise dans les années 70 : torture, interrogatoires musclés, et des suicides mystérieux dans les prisons…
(1974, 1977, 1980)
Patricia Cornwell reconstitue dans Jack l’éventreur l’histoire de cet assassin qui sema la terreur à Londres en 1888. A la fois document historique et enquête digne d’un roman policier, ce livre, bien qu’écrit par une américaine, décrit les méthodes policières de l’époque dans l’Angleterre victorienne. Patricia Cornwell a travaillé à l’Institut de médecine légale et a été journaliste spécialisées dans les faits divers criminels. Elle utilise, dans son l’enquête sur Jack l’éventreur, les méthodes actuelles des profilers pour nous donner sa version de l’énigme jamais résolue jusque là.
(Morts en eaux troubles, Et il ne restera que poussière, La ville des frelons, Combustion,Jack l’éventreur : affaire classée, portrait d’un tueur)*
Elizabeth George est aussi américaine mais elle écrit des romans policiers « anglais » c'est-à-dire psychologiques, et qui se situent sur le vieux continent. Ainsi, dans Un nid de mensonges, l’action se déroule dans les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey et Serk), seul territoire anglais à avoir subi l’occupation allemande. De plus, ce sont des paradis fiscaux truffés de sociétés fictives, peuplés de milliardaires attirés par une législation particulièrement libérale.
(Le lieu du crime, Un petit reconstituant, Mémoire infidèle, Un nid de mensonges)
On ne présente plus Agatha Christie et ses quelques 87 ouvrages policiers (romans et nouvelles) bien connue des amateurs du genre et des autres. Elle l’a révolutionné en y introduisant des classes sociales non aristocratiques.
(51 livres à la bibliothèque)
Josephine Tey (1896-1952) est contemporaine d’Agatha Christie. Elle a plutôt œuvré dans le domaine du roman policier historique, avec références aux œuvres de Shakespeare, telle que Richard III. Son livre Jeune et innocent a été adapté au cinéma par Hitchcock.
(Le plus beau des anges)
Ngaio Marsh. Après une jeunesse en Nouvelle Zélande, elle s’installe à Londres et y place ses intrigues. Issue d’une famille de comédiens, elle restera à jamais attachée au monde des saltimbanques dont elle parle dans chacun des ses romans. Née en 1895 et décédée en 1982, elle est auteur de théâtre et d’une trentaine de romans policiers.
(L’assassin entre en scène, Au jeu de la mort, Et vous êtes priés d’assister au meurtre de …)
Le roman policier écossais
Ian Rankin est écossais et amoureux d’Edimbourg, où il situe les enquêtes de l’inspecteur Rebus. C’est aussi la ville de Stevenson (l’auteur de Dr Jekyll et Mr Hyde), Walter Scott et Conan Doyle, à qui il fait souvent référence. Après avoir publié quelques romans sous le pseudonyme de Jack Harvey, le première histoire de Rebus a eu un tel succès au Royaume Uni qu’il a poursuivi avec toute une série, au bout de laquelle il souhaite lui faire prendre sa retraite, au risque de frustrer ses lecteurs nombreux et avides… Même si certaines se passent dans les quartiers anciens de la ville, ce n’est pas une visite touristique de l’Ecosse que nous propose Rankin, plutôt des excursions dans les coins les plus glauques et avec des personnages peu avenants, junkies et autres recalés de la société, loin des cartes postales de châteaux hantés et de messieurs en kilt.
(L’étrangleur d’Edimbourg, La colline des chagrins, Le carnet noir, Causes mortelles, Ainsi saigne-t-il, L’ombre d’un tueur)
Alexander McCall-Smith est un écossais vivant au Botswana… Ses livres ne sont pas à proprement parler des romans policiers, mais des histoires d’enquêtes un peu à part, pleines d’humour. Une femme du Botswana, Mrs Ramotswe, crée sa petite agence de détectives féminines dans cet état d’Afrique du sud.
(Les larmes de la girafe, Mme Ramotswe détective, Les mots perdus du Kalahari, Vague à l’âme au Botswana)
William McIlvanney appartient aussi à ce qu’on peut appeler l’école du polar écossais.
(Les
papiers de Tony Veitch, Laidlaw)
Le roman policier irlandais
Julie Parsons, née en Nouvelle Zélande, s’est installée en Irlande avec sa mère après la disparition mystérieuse de son père. Celui-ci, médecin, circulait d’île en île en bateau pour soigner ses patients lorsqu’il s’évanouit dans la nature. On retrouve toujours dans ses livres sa passion pour les bateaux et pour Dublin. Typiquement irlandais, ses romans sont très littéraires et font référence entre autres à Joyce. Ils sont cependant très faciles à lire même si on ne possède pas une grande culture littéraire.
(Piège de soie)
