Bibliographie réalisée en mars 2005
Si les lecteurs français la connaissent un peu - surtout à travers les auteurs classiques de la deuxième moitié du XIXème siècle – il n’en demeure pas moins que les talents qui animent aujourd’hui la littérature russe restent méconnus. Et pourtant…
Il est vrai que les premières années post-soviétiques n’ont pas suscité la floraison que certains avaient pu attendre. Les auteurs soviétiques, à quelques exceptions près, passèrent à la trappe du jour au lendemain, et la littérature russe, désacralisée, disparut des étals des libraires au profit de traductions.
Les temps ont bien changé, et le monde de l’édition, en Russie, est en plein renouveau. Même si les tirages ne sont guère importants - à l’exception très notable de quelques auteurs de polar - la littérature russe est actuellement de grande qualité.
Cette sélection espère rendre compte de cette idée de la littérature, de ce paysage original, exigeant et réconfortant. On y découvrira des voix singulières et variées, dépassant les générations, les époques et les genres – d’Olga Sedakova ou Iouri Mamleïev, longtemps publiés en samizdat (manuscrits censurés circulant sous forme de photocopies), à de très jeunes auteurs, comme Ilya Kotcherguine. On verra aussi apparaître des lignes de force unissant ces auteurs venus des horizons les plus divers : une ouverture certaine sur l’étranger, dans toutes ses dimensions, un attachement fort mais pas ostentatoire à l’histoire russe, une préoccupation réaliste du quotidien, souvent transfiguré par le fantastique ou le grotesque, ou encore, loin des clichés sur la prétendue « âme russe », la présence d’une profonde spiritualité.
Vassili Axionov
Né en 1932 à Kazan, Vassili Axionov vient de recevoir le plus prestigieux des prix littéraires en Russie, le Booker Prize russe. Après une enfance passée en Sibérie où ses parents avaient été déportés, il a connu de bonne heure une gloire littéraire. Il dépeint dans ses premiers romans une jeunesse russe recherchant la liberté du corps et de l’esprit, loin de l’imagerie soviétique. Expulsé d’URSS en 1980, il ne s’est jamais départi de la liberté superbe de ses débuts et est devenu l’un des principaux écrivains de langue russe à l’heure actuelle.
Lumineuse césarienne
Traduit du russe par Lily Denis
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2003
Ce roman picaresque et protéiforme relate les tribulations d'un Russe des années 1990, de son amoureuse et d'un vieil écrivain renommé, entre Russie, États-Unis et Europe.
Les oranges du Maroc
Traduit du russe par Irène Sokologorsky
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2003
Un bateau chargé d’oranges accoste dans un port des îles Kouriles, en Extrême-Orient soviétique. Cela se passe dans les années 60, et, à deux cents kilomètres à la ronde, chacun abandonne ses préoccupations et se précipite.
Une saga soviétique (1 & 2)
Traduit du russe par Lily Denis
Paris : Gallimard, 1997
Dmitri Bavilski
Les mangeurs de pommes de terre
Traduit du russe par Véronique Patte
Paris : Gallimard, 2004
Ce roman teinté d'humour et de surréalisme a pour héroïne Lidia Albertovna, gardienne de musée dans une petite ville de l’Oural, épouse d'un compositeur et mère d'un adolescent. La découverte d'une étude sur le tableau Les mangeurs de pommes de terre de Van Gogh va bouleverser sa vie jusque-là paisible.
Nicolas Bokov
La zone de réponse
Traduit du russe par Maud Mabillard
Montricher (Suisse) : Noir sur blanc, 2003
Huit nouvelles autour du concept de destinée, essayant de trouver une signification aux rencontres et coïncidences qui rythment la vie. On retrouve dans ces huit récits le sens aigu du détail et de l'humour qui fait l'originalité du style de Nicolas Bokov. De la part de l'homme et du philosophe, c'est peut-être aussi une ouverture vers un chemin de sérénité.
Iouri Bouïda
Yermo
Traduit du russe par Sophie Benech
Paris : Gallimard, 2002
Le roman « Yermo » est une vaste réflexion sur la création, et un très bel hommage à Nabokov. C’est un livre riche, foisonnant, plein de digressions sur la peinture, le théâtre et le cinéma, la philosophie, la littérature…
Nikolaï Chadrine
Le temps des troubles
Traduit du russe par Bernard Kreise
Paris : Le Cherche Midi, 2004
Entre février et octobre 1917, Serge Skatchkov, ex-officier tsariste revenu du front, aristocrate et héros militaire, se retrouve chassé par les représentants de la classe montante de la nouvelle société : les animateurs de meetings et les expropriateurs anti-capitalistes. Suite au saccage de son domaine familial, il fuit pour devenir chercheur d'or dans la taïga. Un (grand) roman d’aventure à la russe.
Mikhaïl Chichkine
La prise d’Izmail
Traduit du russe par Marc Weinstein
Paris : Fayard, 2003
Le roman débute comme une sorte de grandiose et burlesque genèse du monde : les trois dieux païens slaves, Peroun, Veles et Svarog, en compagnie d’un magistrat, discutent dans un train de la naissance du jour et débarquent dans un trou de province russe où le magistrat doit mener une enquête.
Andreï Dmitriev
Le livre fermé
Traduit du russe par Lucille Nivat
Paris : Fayard, 2004
Un capitaine d’un bateau de la marine marchande russe immobilisé dans le port de Hambourg se lance dans la rédaction d’un livre « où rien n’est invention, presque tout est supposition et tout est vérité ». Au gré de ses réminiscences, il revient sur les destinées de trois générations d’hommes originaires de sa ville natale et, par le biais de ces fragments de vie, se fait chroniqueur de cette petite ville de Russie, de l’avant-guerre à nos jours. Une leçon d’histoire amère et lyrique, administrée sans en avoir l’air, et que l’on referme avec un pincement au coeur.
Oleg Ermakov
Pastorale transsibérienne
Traduit du russe par Yves Gauthier
Paris : Jacqueline Chambon, 2004
C’est l’histoire d’une fuite, dans un pays, la Russie, où la nature offre encore des espaces assez vastes pour s’y réfugier, s’y perdre. Un jeune homme, déserteur, rencontre sur les rives du lac Baïkal un émule de Thoreau, gardien du silence et des oiseaux, dont l’exemple lui donne le courage de se révolter.
Ruben Gonzalez Gallego
Blanc sur noir
Traduit du russe par Aurora Gallego et Joëlle Roche-Parfenov
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2004
L’étonnante histoire de l’auteur, né infirme dans une clinique du Kremlin, en 1968, plus tard enlevé à sa mère et ballotté sur tout le territoire de l'Union soviétique, d’hôpitaux en foyers pour jeunes handicapés, jusqu’à connaître, à seize ans, le mouroir d’un asile pour vieux. Des années plus tard, au terme d’un rocambolesque périple, il retrouve sa mère à Prague.
Andreï Guelassimov
La soif
Traduit du russe par Joëlle Dublanche
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2004
Lorsque Kostia revient de son service militaire en Tchétchénie, son visage monstrueusement brûlé fait peur aux enfants. Pour oublier, il se met à boire. Un voyage entrepris avec deux de ses camarades, partis à la recherche du quatrième rescapé de l’équipage de tankistes qu’ils formaient en Tchéchénie, sauvera Kostia du néant éthylique.
Leonid Guirchovitch
Apologie de la fuite : roman
Traduit du russe par Luba Jurgenson
Lagrasse (Aude) : Verdier, 2004
Preis, adolescent et peintre, a perdu sa mère lorsqu'il était bébé et a été élevé par son père. Son enfance s'est déroulée dans une contrée imaginaire, Ijma, située en Sibérie et peuplée d'indigènes, mais surtout de juifs soviétiques. Livrés à eux-mêmes, les habitants déforment le modèle soviétique, à commencer par le langage. Ce livre étonnant a une structure musicale, sur laquelle plane l’ombre de Chostakovitch.
Alexandre Ikonnikov
Dernières nouvelles du bourbier
Traduit du russe par Antoine Volodine et de l’allemand par Dominique Petit
Paris : Seuil, 2004
Jambe amputée jetée en pleine forêt faute de place à la morgue, bidasse oublié dans la steppe du Kazakhstan, mutinerie carcérale évitée grâce à la calvitie de Poutine, octogénaires en voie de momification devant les barres de préfabriqués, déménageur épuisé par une tsigane nymphomane, terrifiantes gardiennes d’immeubles, kolkhoziens jaloux, fonctionnaires hébétés, poètes, popes, prostituées, ivrognes... C’est toute la Russie qui défile par petits fragments colorés dans ces courts récits qui tiennent plus du polaroïd que de la nouvelle.
Alexandre Ikonnikov
Lizka et ses hommes
Traduit du russe par Antoine Volodine
Paris : L’Olivier, 2004
A dix-sept ans, Lizka, décide de vivre sa propre vie. Elle part à G., la ville voisine et s'inscrit à l'école d'infirmières. Mais là non plus la vie n'est pas facile : elle atterrit dans un foyer et doit travailler comme concierge dans un immeuble voisin pour payer son loyer. Excédée par un locataire, elle lui lance un canette et finit en prison pour agression. Là, elle tombe amoureuse de Micha.
Natalia Jouravliova
Saisons - Времена года
Traduit du russe par Julie Bouvard (bilingue)
Paris : Inventaire, 2004
Quatre portraits de femmes russes d’âge et de milieux différents, qui toutes vont se retrouver au même point de rupture : ce moment vertigineux où la vie bascule entre rêve et réalité pour toucher au plus enfoui.
A travers ces profils singuliers, l’écriture de Natalia Jouravliova, dense et éclatée à la fois, nous mène dans une terre de contrastes, où l’espace se mue en « non-lieu », et la parole en « non-dit ».
Luba Jurgenson
Le soldat de papier
Paris : Albin Michel, 1989
Moscou des années 70. Igor, le chirurgien, Irène, son épouse, Julia, Vladimir, le peintre, et Ruben, le poète, appartiennent à un groupe d'amis plutôt bohèmes qui ne vivent que pour l'art et la poésie.
Luba Jurgenson
Education nocturne
Paris : Albin Michel, 1994
Dans l’Allemagne des années 40-46, le destin de deux hommes, l’un aristocrate déchu, l’autre artiste juif assimilé, leur amour pour la même femme et leur affrontement à travers les horreurs de la guerre.
Luba Jurgenson
Boutique de vie
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2002
Ici l’auteure donne à lire la complexité de certains parcours humains.
Mark Kharitonov
Romancier fasciné par l’illusion, Mark Kharitonov, né en 1937, est devenu célèbre à partir de 1992, après de longues années de censure. Son œuvre intègre en finesse l’évolution intime de son pays, à travers de multiples personnages, et son talent est sans pareil pour créer une fiction magique, entre fantastique et chronique.
Le professeur de mensonge
Traduit du russe par Fabienne Lécallier-German
Paris : Fayard, 2001
Confiés aux soins de Tante Léna, surnommée Ennui Mortel, Tim et sa soeur Taska sont pris dans une série d'histoires enchevêtrées... Un récit poétique, plein de rebondissements et d'humour.
L'approche
Traduit du russe par Marc Weinstein
Paris : Fayard, 2004
Cheminement étrange vers la solution d'un problème qui n'est jamais posé avec clarté. Au centre du roman, Zimine, auteur d'un manuscrit composé de différents textes, « Les saisons de la vie », qui entretient une relation de gémellité avec le roman de l'auteur.
Prokhor Menchoutine
Traduit du russe par Marc Weinstein
Paris : LGF, 2002
Ce conte magique situé dans une petite ville de province russe, à l’époque de Brejnev, est le premier volet d’une trilogie réaliste reprenant la tradition gogolienne : « Une philosophie provinciale ».
Netchaïsk
Traduit du russe par Marc Weinstein
Paris : LGF, 2003
Deuxième volet d’ « Une philosophie provinciale ».
La mallette de Milachevitch
Traduit du russe par Marc Weinstein
Paris : Fayard, 1994
C’est avec ce roman, dernier volet d’ « Une philosophie provinciale », que Mark Kharitonov s’est fait connaître d’un large public russe.
Mikhaïl Kononov
La camarade nue
Traduit du russe par Luba Jurgenson et Anne Coldefy-Faucard
Paris : Stock, 2004
Tous les tabous sur l'histoire de l'Union soviétique ont été levés sauf celui de l'héroïsme de l'Armée rouge sous Staline. La narratrice, une orpheline de 14 ans, suit naïvement un soldat jusqu'au front et finit par se donner à tout le régiment. Ce pamphlet contre la guerre et la propagande a subi douze ans de censure avant sa parution en 2001.
Ilya Kotcherguine
L'assistant du Chinois
Traduit du russe par Michèle Kahn
Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2004 (Lettres russes)
Sergueï, le narrateur, petit-fils d'un dirigeant bolchevique et d'un paysan déporté en Sibérie, abandonne ses études d'ingénieur pour s'inscrire en chinois et multiplie les petits boulots, dont celui d'assistant d'un Chinois représentant d'une société d'import-export. Puis il abandonne tout, y compris sa femme et leur enfant, pour s'engager comme garde forestier en Sibérie.
Nikolaï Kononov
Funérailles d’une sauterelle
Traduit du russe par Hélène Henry
Paris : Le Cherche Midi, 2003
Un jeune homme se souvient de la mort de sa grand-mère dont il est amoureux. Il en raconte la lente agonie, heure par heure. Un premier roman déroutant, hanté par la mort et la déchéance.
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