Le roman policier nord-américain

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Les Etats-Unis sont la première terre d’élection du roman policier. Edgar Allan Poe est souvent considéré comme l’initiateur de genre avec ses nouvelles à énigme telles que « Double assassinat dans la rue Morgue ». Hollywood a aussi contribué à la légende en adaptant au cinéma nombre de polars, et en en faisant un genre cinématographique à part entière, grâce à son succès populaire. Le contexte des années vingt, avec la naissance du grand banditisme, est propice au développement de cette littérature

Après la seconde guerre mondiale, la naissance du « paper back », le livre de poche, de nombreux auteurs font leurs armes dans le genre policier/noir grâce à ce format bon marché. La nouvelle et le roman policiers profitent de cette vogue pour s’élever dans l’échelle des ventes et de la reconnaissance.

 

Il est impossible de citer ici tous les auteurs américains tant il y en a. Voici donc une sélection des meilleurs d’entre eux.

 

 

 

Avec Dashiell Hammett (1894-1961) a lieu une rupture dans l’univers de la littérature policière américaine : on passe du roman policier au roman noir.

Dashiell Hammett commence sa carrière comme détective privé, métier qu’il abandonne à cause d’une tuberculose qui l’affaiblit, et d’une inclinaison de son employeur, intolérable pour lui, à l’utiliser comme briseur de grève. Il puisera l’essentiel de ses œuvres dans son expérience, avec le personnage d’Op, détective, que l’on retrouve dans plusieurs romans et nouvelles.

(La moisson rouge, Le faucon de Malte, La clé de verre, Histoires de détectives, La mort, c’est pour les poires…)*

 

 

Chester Himes (1909-1984) a commencé à écrire en prison. Issu d’une famille de la petite bourgeoisie noire, il est arrêté à la suite d’un cambriolage malheureux. Inspiré par ses lectures carcérales, il écrit d’abord pour témoigner du sort réservé aux Noirs, puis encouragé par Marcel Duhamel, son traducteur français (créateur de la Série noire), il se lance avec succès dans le roman. Il crée alors les personnages récurrents d’Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, deux policiers noirs qui évoluent dans un Harlem haut en couleurs. Ses livres d’abord plein d’humour se font au fil du temps de plus en plus pessimistes et désespérés en ce qui concerne la cause noire.

(La reine des pommes, S’il braille, lâche-le !, Qu’on lui jette la première pierre, Dare-dare, Faut être nègre pour faire ça…)*

 

 

Edward Bunker (né en 1933) a survécu à une enfance malheureuse, après la séparation de ses parents et de multiples séjours en maisons de correction, écoles militaires et pénitenciers. Autodidacte de l’écriture, il écrit sans complaisance des histoires d’enfants meurtris par la brutalité et l’irrespect dans un univers carcéral où ils sont soumis à la loi du plus fort.

(Aucune bête aussi féroce, La bête au ventre)

 

James Sallis : auteur très intéressant sur le plan littéraire, il est quasiment inconnu aux USA et fait toute sa carrière en France. L’action du « Frelon noir » se déroule à la Nouvelle Orléans, où un lourd passé raciste constitue la trame des évènements. James Sallis est aussi biographe biographe de Chester Himes.

(Le frelon noir)

 

Jerome Charyn est né en 1937 dans l’East Side new-yorkais, un quartier pauvre où se mêlent Juifs et Italiens. Il vit à Paris depuis une quarantaine d’années, mais n’écrit que sur sa ville natale, la « grosse pomme »., et des histoires de gangsters. Sa trilogie « Zyeux bleus », « Kermesse à Manhattan », et « Marilyn la dingue » est faite d’histoires à la fois drôles et déjantées. Il la transforme en tétralogie avec « Isaac le mystérieux », dans lequel on retrouve les aventures d’Isaac Sidel, le superflic de New York. Il est l’auteur de scénarios de bandes dessinées qui ont également NY pour décor.

(Kermesse à Manhattan, Le cygne noir, Darling Bill, Elseneur, Frog)*

 

James Ellroy (né en 1948 à Los Angeles) a été traumatisé par le meurtre de sa mère, resté mystérieux, alors qu’il avait dix ans. Après une jeunesse mouvementée (drogue, alcool, délinquance, cambriolages, prison…) il se lance dans la littérature policière et publie « Brown’s requiem » puis « Clandestin » où il évoque l’affaire du Dahlia noir. On retrouve ses démons personnels dans ses différents romans, qui se passent à Los Angeles. Mais c’est dans « Le dahlia noir » qu’apparaît réellement l’affaire du meurtre d’Elizabeth Short, en 1947, histoire qui défraya la chronique aux USA pendant longtemps, et qui ressemble en tous points au meurtre de sa propre mère. E. Short fut violée et torturée avant d’être assassinée par un tueur en série.

Dans les romans suivants, toutes les situations mêlant le crime d’Etat au crime crapuleux se rencontrent, dans des scénarios complexes mettant en scène des personnages réels et fictifs.

Ajoutons que dernièrement, un policier américain du nom de Steve Hodel a résolu l’énigme du Dahlia noir, en découvrant les carnets intimes du tueur qui n’était autre que son père… Son livre, « L’affaire du dahlia noir » est disponible à la bibliothèque auprès de ceux d’Ellroy (cote 818 ELL).

(Tétralogie. Le dahlia noir, Le grand nulle part, L.A.Confidential, White jazz ; Ma part d’ombre)* 

 

Ed Mac Bain vient de publier « Le frumieux bandagrippe », dernier épisode des aventures du commissariat du 87e district d’une ville imaginaire. Il est l’inventeur d’un nouveau type de héros, car ce n’est pas un personnage unique (policier, détective…) habituel mais tout un commissariat qu’il met en scène. Scénariste de cinéma, il a notamment participé au scénario des « Oiseaux » de Hitchcock et pour la télévision.

(Pas d’avenir pour le futur, Manhattan blues, Downtown, Mourir pour mourir, L’énervé de la gachette)*

 

George Pelecanos, fils d’immigrants grecs, répercute ses origines à travers son personnage de Nick J. Stefanos, détective privé officiant à Washington. Capitale des Etats-Unis, c’est surtout sous ses aspects les plus noirs (dans tous les sens du terme, puisque 75% de la population est noire) qu’il la décrit, avec ses quartiers délabrés et sa violence.

(Blanc comme neige)

 

Michael Connelly est un écrivain de la côte Ouest, mais aussi un journaliste qui s’est spécialisé dans le fait divers. Il a obtenu le prestigieux prix Pulitzer pour ce travail. Inspiré par le cinéma, il en est aussi un inspirateur puisque son personnage Harry Bosch a été interprété par Harrison Ford et plusieurs de ses livres ont été adaptés entre autres par Clint Eastwood. Installé à Los Angeles, il y trouve un terrain propice à toutes sortes d’intrigues criminelles.

(Les égouts de Los Angeles, Le poète, L’envol des anges, Créance de sang, Los Angeles River)*

 

Dennis Lehane est un ami de George Pelecanos et de Michael Connelly. Ses héros, un couple de détectives privés, Patrick Kenzie et Angie Gennaro, officient à Boston. Amitié, amour, trahison, culpabilité, vengeance, corruption politique sont parmi ses thèmes favoris. Mystic River, son meilleur livre, a été adapté au cinéma par Clint Eastwood.

(Mystic river)

 

Tony Hillerman utilise le roman policier pour défendre la culture indienne. Le lieutenant navajo Joe Leaphorn mène l’enquête en territoire indien, en plein Arizona. C’est aussi l’occasion de découvrir les traditions menacées du peuple navajo.

(Coyote attend, Là où dansent les morts, Le premier aigle)*

 

Il existe également une école américaine de roman policier « anglais ». Des femmes, essentiellement, ont choisi de situer leurs intrigues en Angleterre, en Irlande, dans le Royaume-Uni. Ainsi, Martha Grimes, qui fut poétesse avant de se lancer dans le polar, situe ses premiers romans en Angleterre. Son principal personnage récurrent, Richard Jury, est un inspecteur malheureux en amour mais doué pour la résolution des enquêtes, et doté de collaborateurs assez pittoresques…

 

Elizabeth George a situé son dernier roman à Guernesey, une petite île anglo-normande proche des côtes françaises, après en avoir placé d’autres en Angleterre ou en Ecosse.

(Le lieu du crime, Un petit reconstituant, Mémoire infidèle, Un nid de mensonge)

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