Le roman policier latino-américain

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Rappelons d’abord la grande vigueur littéraire du Sud du Rio Grande. S’il est vrai que la littérature européenne du XIXème siècle a exercé une profonde influence en Amérique latine, notamment avec le courant fantastique (voir les contes de Maupassant), il n’en demeure pas moins qu’une littérature puissamment originale s’y est affirmée. La deuxième moitié du XXème siècle en a vu la consécration, et aujourd’hui Jorge Luis Borges, Mario Vargas Llosa, Octavio Paz, Carlos Fuentes ou Gabriel Garcia Marquez sont quelques uns des noms universels que l’Amérique latine a donné à la littérature mondiale.

En France, c’est Roger Caillois qui en a lancé le goût, il y a une quarantaine d’années, avec sa fameuse collection « La croix du Sud ». Les éditions du Seuil ont repris ce travail, en publiant les œuvres majeures du réalisme magique, un courant qu’illustre avec brio Gabriel Garcia Marquez. Aujourd’hui, il faut noter l’importance des éditions Métailié, qui proposent de très nombreuses traductions, généralement d’excellente qualité. C’est dans ce sillage, mais plus récemment, que les lecteurs francophones ont pu connaître les grands noms du polar latino-américain, pour en revenir à lui.

            Nous vous proposons ici un panorama du genre, pays par pays.

           
(Le symbole * indique que d’autres titres sont disponibles à la bibliothèque.)

  

Mexique

 

Quand il donne à ses intrigues un arrière-fond politique, PACO TAIBO IGNACIO II sait de quoi il parle… De parents espagnols ayant fui le franquisme, il a connu quelques déboires avec le régime de l’omnipotent Parti Révolutionnaire Institutionnel, qui manifestement n’appréciait guère ses prises de positions (on lui doit d’ailleurs une biographie très documentée sur Che Guevara). Poursuivi jour et nuit, il devait alors se cacher chaque soir chez un ami différent.

Aujourd’hui installé en France, il est, à l’instar d’un Luis Sepulveda, un raconteur d’histoires. Grand admirateur d’Alexandre Dumas, il aime faire apparaître les trois mousquetaires dans ses romans, également peuplés d’autres personnages célèbres, venant de divers horizons temporels ou géographiques. Le polar est pour lui une façon de dénoncer les travers sociaux et politiques de son pays : violence, corruption, machisme, trafics de drogues…Il n’est pas exagéré de le présenter comme l’un des plus grands auteurs de polar au monde.

(Même la ville sous la pluie, La bicyclette de Léonard, Deux histoires de l’Araignée, Jours de combat, Pas de fin heureuse…)*

 

            RAFAEL BERNAL, avec Le complot mongol, un roman à la fois historique, d’espionnage et policier, dénonce lui aussi la corruption politique. Il est mort dans un accident d’avion, avec d’autres auteurs, alors qu’il se rendait à un salon du polar, en 1983.

 

            Avec dérision et parfois nostalgie, JORGE  IBARGüENGOITA pratique un humour noir dans des romans où la charge politique est souvent placée dans une perspective historique.

(Ces ruines que tu vois, Les mortes, Les conspirateurs, Deux crimes)

  

Argentine

           

Autre paradis du polar, l’Argentine est aussi la patrie de très grands écrivains, tels que JORGE LUIS BORGES. On peut d’ailleurs considérer celui-ci comme le père fondateur du roman policier latino-américain, même s’il est plus connu pour ses courtes nouvelles pleines d’érudition, d’un genre bien différent. Créateur de la collection « Le 7e cercle », il a écrit à quatre mains, avec son compatriote ADOLFO BIOY CASARES, sous le pseudonyme d’HONORIO BUSTOS DOMECQ, un classique du roman policier : Six problèmes pour Don Isidro Parodi, paru en 1942, dans lequel un ancien coiffeur, emprisonné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, résout des énigmes qu’on lui apporte depuis l’extérieur.

 

            Les romans de MANUEL PUIG sont très marqués par une esthétique cinématographique, comme on s’en apercevra en lisant le très beau Baiser de la femme araignée (adapté au cinéma par Hector Babenco).

(Le plus beau tango du monde,  Les mystères de Buenos Aires)

 

            ELSA OSORIO, dans Luz ou le temps sauvage, raconte l’histoire d’une jeune femme qui mène une enquête sur ses origines. Elle découvre qu’elle est la fille d’une militante de gauche assassinée et qu’elle a été adoptée par un dignitaire de la dictature argentine. Le roman aborde de cette façon la tragédie argentine à l’époque du pouvoir militaire et ses conséquences aujourd’hui.

 

            MARCO DENEVI situe ses polars aux limites du fantastique et plonge Buenos Aires dans une atmosphère étrange.

(Cérémonie secrète, Musique d’amour perdu, Rosa, ce soir…)

 

            ROLO DIEZ est l’auteur de romans policiers plein d’humour, de facture plutôt classique, avec braqueurs de banques et malfaiteurs divers, policiers ripoux et trafics en tous genres.

(Vladimir Illitch contre les uniformes, Chats de gouttière, Poussière du désert, In domino veritas, Lune d’écarlate, Le pas du tigre)

 

JORDI BONELLS, catalan ayant longtemps vécu en Argentine, est poète et romancier, également collaborateur de la revue Passages d’encre dont les locaux se situent à Romainville. Il est l’auteur de La deuxième disparition de Majorana, dans lequel un enquêteur rencontre de nombreux auteurs argentins. En plus de son intrigue policière, ce roman est une source intéressante pour qui veut connaître ces écrivains.

 

Horacio Quiroga, uruguayen mort en Argentine en 1937, est l’auteur de nombreux recueils de contes dont l’univers est la forêt tropicale envahissante et mystérieuse. Outre de nombreux livres pour enfants, il nous a offert aussi des nouvelles à la fois fantastiques et policières.

(Anaconda, Contes d’amour, de folie et de mort, Les exilés, Au-delà, Le désert…)

 

            CARLOS SAMPAYO, scénariste de bandes dessinées, amateur éclairé de jazz (il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet), est né en Argentine et vit en Espagne. Il a récemment publié L’année où le lion s’est échappé, roman noir qui se passe dans le Buenos Aires des années 50, où règnent violence et péronisme.

(Remontée d’égout, En panne seiche)

 
 

Pérou

 

MARIO VARGAS-LLOSA, célèbre romancier, mais pas spécialement auteur de polars, a écrit quelques livres dans un style assez proche du genre, tel que  Qui a tué Palomino Molero ? Il y utilise la structure du roman policier pour parler de la société péruvienne.

 

 

Chili

 

RAMON DIAZ ETEROVIC est connu en France pour deux de ses romans : La mort se lève tôt et Les sept fils de Simenon, dans lesquels un détective privé généralement  fauché et alcoolique revient enquêter, soutenu par son chat Simenon…

 

JOSE DONOSO est l’auteur de plusieurs romans qui ne sont pas particulièrement considérés comme des polars, mais qui par leur noirceur peuvent néanmoins plaire aux amateurs du genre.

(Casa de campo, Le couronnement, Ce dimanche-là, Ce lieu sans limite, L’obscène oiseau de la nuit…)

 

MAURICIO ELECTORAT vit à Paris. C’est là qu’il situe son premier polar : Le paradis trois fois par jour, un Chilien, Alfredo Martin, est veilleur de nuit dans un hôtel de Montparnasse. Ses problèmes commencent le jour où il comprend que son amie consomme et vend de la cocaïne.

  

Colombie

 

JORGE FRANCO RAMOS décrit dans La fille aux ciseaux les bas-fonds de Medellin à travers les aventures de deux adolescents bourgeois. Avec Pareiso travel, il est question des affres des candidats à l’exil clandestin vers les Etats-Unis.

  

Cuba

 

La Havane est en soi un décor de cinéma mythique, propice à toutes les histoires policières. Un vrai terroir naturel du polar ! C’est donc surtout dans la capitale que les auteurs de polars cubains situent leurs intrigues. Du fait de l’exil et de la nombreuse communauté cubaine qui s’y trouve, Miami est devenue un autre lieu de référence pour la riche littérature policière de cette île pas comme les autres.

 

CAROLINA GARCIA-AGUILERA vit aux Etats-Unis. Ses romans sont dominés par un personnage de détective récurrent, une femme nommée Lupe Solano, qui enquête dans les milieux cubains exilés.

(Bloody secrets, Miracle au paradis, Coup de chaud à la Havane)

 

LEONARDO PADURA FUENTES a inventé le personnage de Mario Conde, ancien policier devenu écrivain. On le retrouve dans la tétralogie Les quatre saisons (Vents de carême, Electre à la Havane, L’automne à Cuba, Mort d’un chinois à la Havane). Ses romans offrent un aperçu précis et éclairant des réalités sociales à Cuba aujourd’hui.*

 

Le chilien ROBERTO AMPUERO vit depuis longtemps à la Havane. Au gré de ses romans, il promène son détective, Cayetano Brulé, un peu à travers le monde.

(Boléros à la Havane, Le rêveur de l’Atacama, L’affaire Kustermann)

 

DANIEL CHAVARRIA s’est installé à Cuba après avoir détourné un avion pour y arriver… Il est l’auteur de romans d’une intelligence éblouissante, où s’entrecroisent le thriller, le roman picaresque et le récit d’aventures, et dont les intrigues enjambent allègrement les continents et les siècles.

(Madrid, cette année là, La sixième île, L’œil de Cybèle, Un thé en Amazonie, Boomerang –écrit avec Justo Vasco-, Le rouge sur la plume du perroquet)

 

            JUSTO VASCO né à Cuba, vit aujourd’hui à Gijon en Espagne (où à lieu un festival très important du roman policier). L’œil aux aguets est son deuxième roman publié en France, après celui qu’il a coécrit avec D.Chavarria.

 

            JOHN LANTIGUA a exercé tout les métiers (ou presque), mais surtout celui de journaliste aux Etats-Unis où il est né, de parents cubain et portoricain. Les cubains-américains sont au cœur de Le meilleur des havanes, qui se passe dans Little Havana, à Miami.

 

ALEX ABELLA, parti aux Etats-Unis alors qu’il était encore enfant, y est devenu un journaliste reconnu et un auteur dramatique, avant de se lancer dans le polar avec Le massacre des saints, où il met en scène des exilés cubains et leurs problèmes identitaires. (Le dernier acte)

 

 

Brésil

 

            Même si, de longue tradition, le Brésil est une terre d’écrivains, rares sont les auteurs de romans policiers. Cela reste une énigme. Signalons tout de même deux auteurs brésiliens de polars : Hosmany Ramos  (Marginalia) et Aguinaldo Silva (La république des assassins). Le premier a écrit  Marginalia  alors qu’il était en prison. Il s’agit d’un recueil de nouvelles sur le milieu carcéral. Le second, journaliste, scénariste et écrivain vient de publier ce deuxième roman dans lequel se confrontent petits trafiquants et grandes organisations criminelles.



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