Nova Polska (2)

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Un aperçu de la littérature polonaise : suite 

 

« Ce n’est pas nous qui disons les mots,

ce sont les mots qui nous disent. »

Witold Gombrowicz

 

Bibliographie réalisée en 2004 

Bruno Schulz 
(1892-1942)

 

 

Les boutiques de cannelle
Paris, Denoël, 1991

Le Sanatorium au croque-mort
Paris, Denoël, 1983

Souvent comparé à Kafka, dont il a traduit « Le procès » en polonais, Bruno Schulz forme avec Gombrowicz et Witkiewicz une trilogie d’esprits libres qui furent considérablement en avance sur leur temps.

Dans ces deux recueils de nouvelles oniriques et autobiographiques, on retrouve le narrateur confronté à un père excentrique et à des femmes dominatrices, dans une ville transformée en un étrange labyrinthe – Drohobycz, la ville où l’auteur vécut toute sa vie, jusqu’à son assassinat par un SS.

Egalement  dessinateur et graveur (voir l'autoportrait ci-contre), il fait actuellement l’objet d’une « redécouverte », en France notamment.

Detail of the print 'Dedication (Self-Portrait)' by Bruno Schulz, ca. 1920, from the 'Booke of Idolatry.'


 

La traversée des camps

 

Six années de guerre, six millions de polonais morts, la Pologne, envahie par les nazis à l’Ouest et l’Armée Rouge à l’Est, aura payé un très lourd tribut à la Seconde Guerre Mondiale : l’holocauste provoque la disparition de la quasi-totalité de la population juive polonaise.

 

Tadeusz Borowski

Le monde de pierre
Paris, Christian Bourgois, 1992

Tadeusz Borowski, interné à Auschwitz, décrit les horreurs des usines de la mort, et « Le monde de pierre » est, aux côtés de celle de Primo Lévi, une des plus grande œuvres jamais écrites sur le monde concentrationnaire.

 

Ida Fink

Le Jardin à la dérive

Paris, Seuil, 1991

Une émouvante évocation de la vie en Pologne à l’époque de l’Holocauste, par une rescapée.

 

Adolf Rudnicki

Hier soir à Varsovie

Paris, Gallimard, 1978

Les Fenêtres d'or : et autres récits

Paris, Gallimard, 1966

Ces deux recueils témoignent de la diversité de l’œuvre d’Adolf Rudnicki. « Hier soir à Varsovie » contient le court roman qui le rendit célèbre, « Les rats » (1932), remarquable évocation des tensions entre un père et son fils, ainsi que des chroniques au ton très personnel publiées entre 1953 et 1968. « Les fenêtres d’or » est consacré à la vie des juifs pendant la guerre, thème qui occupe une bonne partie de son œuvre.

Lire aussi : Le Compagnon de route (Arles, Actes sud, 1987) 

 

« Obscurité et magie » :
Witold Gombrowicz (1904-1969)

 


 

Moi et mon double
Paris, Gallimard, 1996
(col. Quarto, 1400 p., rassemble 7 oeuvres : indispensable)

Bakakaï

Paris, Denoël, 1984
 

Ferdydurke
Paris, 10-18, 1983

Journal (1 et 2)

Paris, Gallimard, 1995


Lire aussi : Tadeusz Kepinski : Witold Gombrowicz et le monde de sa jeunesse (Paris, Gallimard, 2000)

Maître du grotesque, superbement individualiste et fascinant novateur, Witold Gombrowicz est l’un des plus grands et des plus décriés écrivains du XXème siècle.

Ses débuts, baignés dans l’avant-garde littéraire de la Varsovie d’avant guerre, sont déjà remarquables d’audace, avec entre autres les nouvelles de « Bakakaï ». C’est avec le roman « Ferdydurke » (1937) qu’il trouve vraiment sa voix propre – distance, ironie, farce, lucidité. La guerre le surprend à Buenos Aires, où il séjournera jusqu’en 1963, se donnant tout entier à la littérature (voir « Trans-Atlantique »).

 Aucunement représentatif de la littérature de son pays d’origine, Gombrowicz refuse toute forme d’oppression, ni patriotisme ni formalisme littéraire : à tout cela il renvoie un reflet absurde, défendant avec passion la liberté de l’homme dans ce qu’il a de plus singulier.

Son « Journal », qu’il tient entre 1953 et sa mort, commence ainsi : « Je ne connais ni ma vie ni mon œuvre. Je traîne le passé derrière moi comme la queue vaporeuse d’une comète, et sur mon œuvre j’en sais bien peu. Obscurité et magie. »

 

Aperçu de la poésie polonaise

 

Wisława Szymborska

Je ne sais quelles gens
Paris, Fayard, 1997

La poétesse, née en 1923, a reçu le prix Nobel de littérature en 1996. Ce recueil rassemble des poèmes parus entre 1962 et 1993.

 

Anthologie de la poésie polonaise

Paris, Seuil, 1965

Des anonymes du XVe siècle aux générations d’Après-guerre, en passant par les Romantiques, comme Adam Mickiewicz, cette anthologie propose un panorama assez complet de la poésie polonaise. On y découvrira notamment les très riches courants d’avant-garde des années 20 et 30.

 

 

Deux best-sellers d’avant guerre

 

Sergiusz Piasecki

L'amant de la Grande Ourse

Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1992

Très largement autobiographiques, ces aventures – écrites en prison - d’un espion devenu contrebandier nous font découvrir l’univers pour le moins animé de la frontière polono-biélorusse. Ce roman à la langue pimentée fut un best-seller en Pologne à la fin des années 30.

 

Władysław Stanisław Reymont

Les paysans (2 volumes)
Lausanne (Suisse), L’Age d'homme, 1981

Véritable épopée ayant pour personnage principal un village polonais au fil des saisons, ce magistral roman valut à son auteur une gloire tardive, consacrée par le prix Nobel en 1924.

 

 

Les grandes voix de la dramaturgie polonaise

 

Witold Gombrowicz

Théâtre

Paris, Gallimard, 2001

Ce recueil contient le fameux « Yvonne, princesse de Bourgogne », « Le mariage », « L’histoire » et « Opérette ».

 

Tadeusz Kantor

Le théâtre de la mort

Lausanne (Suisse), L’âge d’homme, 2000

Figure légendaire et avant-gardiste décédée en 1990, Tadeusz Kantor fut à la fois homme de théâtre et plasticien - ces deux formes s’imbriquant étroitement dans ses spectacles, qui eurent un succès mondial. Sa troupe, Cricot 2, basée à Cracovie, a été l’une des plus fameuses en Pologne durant les années 80.

 

Sławomir Mrożek

Tango

Paris, Albin Michel, 1989

« Théâtre de l’absurde », l’œuvre de Sławomir Mrożek est pleine d’un humour parodique derrière lequel se cache un profond pessimisme. Ses héros sont victimes de forces extérieures, tyranniques et autres, ou menés à leur perte par leur propre conduite, et le rire grotesque qui s’en dégage est une réponse aux déformations du monde contemporain. Grâce entre autres à la pièce « Tango » (1964), satire sociale et drame psychologique aux dimensions paraboliques, Sławomir Mrożek est reconnu comme l’un des premiers dramaturges polonais – ce qui ne doit pas éclipser la prose satirique de ses nouvelles.

 

Stanislaw Ignacy Witkiewicz

La mère

Paris, Gallimard, 1969

Excentrique et visionnaire, S.I. Witkiewicz (1885-1939), connu aussi sous le nom de Witkacy, est l’une des figures les plus fascinantes de la littérature polonaise. Après avoir voyagé jusqu’en Nouvelle-Guinée avec le célèbre ethnologue B. Malinowski, il traversa les avant-gardes de l’entre deux guerres comme une météorite. Méconnue de son vivant, son œuvre théâtrale, très novatrice, comme sa philosophie, eut une grande influence sur les générations suivantes.

 

 

Quelques compléments de lecture

 

Jan Potocki

Manuscrit trouvé à Saragosse

Paris, Gallimard, 1989

Au Caucase et en Chine (1797-1806)

Paris, Phébus, 1991

Il serait dommage de ne pas profiter de l’occasion pour (re)découvrir une figure originale de la littérature polonaise, le comte Jan Potocki (1761-1815). Excentrique et érudit d’une prodigieuse curiosité intellectuelle, aristocrate cosmopolite et athée, ethnologue de valeur et slavophile à une époque où la Russie est haïe en Pologne, cet infatigable voyageur est l’auteur d’un double récit de voyage, « Au Caucase et en Chine », ainsi que du célèbre « Manuscrit trouvé à Saragosse ». Ce grand récit baroque, écrit en français et publié à Saint-Pétersbourg, est considéré comme le texte fondateur de la littérature fantastique moderne.

 

 

Pour une introduction à l’histoire de la Pologne, on pourra notamment lire :

 

Bronislaw Geremek

L’historien et le politique (entretiens)

Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999

 

Pologne : dernières nouvelles de l’Atlandide

Paris, Autrement, 1990

 

Wladyslaw Szpilman

Le pianiste : récit

Paris, Robert Laffont, 2001

 

Michał Tymowki

Une histoire de la Pologne

Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 2003

 

 

 

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