Un aperçu de la littérature polonaise : suite
« Ce n’est pas nous qui disons les mots,
ce sont les mots qui nous disent. »
Witold Gombrowicz
Bibliographie réalisée en 2004
La traversée des camps
Six années de guerre, six millions de polonais morts, la Pologne, envahie par les nazis à l’Ouest et l’Armée Rouge à l’Est, aura payé un très lourd tribut à la Seconde Guerre Mondiale : l’holocauste provoque la disparition de la quasi-totalité de la population juive polonaise.
Tadeusz Borowski
Le monde de pierre
Paris, Christian Bourgois, 1992
Tadeusz Borowski, interné à Auschwitz, décrit les horreurs des usines de la mort, et « Le monde de pierre » est, aux côtés de celle de Primo Lévi, une des plus grande œuvres jamais écrites sur le monde concentrationnaire.
Ida Fink
Le Jardin à la dérive
Paris, Seuil, 1991
Une émouvante évocation de la vie en Pologne à l’époque de l’Holocauste, par une rescapée.
Adolf Rudnicki
Hier soir à Varsovie
Paris, Gallimard, 1978
Les Fenêtres d'or : et autres récits
Paris, Gallimard, 1966
Ces deux recueils témoignent de la diversité de l’œuvre d’Adolf Rudnicki. « Hier soir à Varsovie » contient le court roman qui le rendit célèbre, « Les rats » (1932), remarquable évocation des tensions entre un père et son fils, ainsi que des chroniques au ton très personnel publiées entre 1953 et 1968. « Les fenêtres d’or » est consacré à la vie des juifs pendant la guerre, thème qui occupe une bonne partie de son œuvre.
Lire aussi : Le Compagnon de route (Arles, Actes sud, 1987)
« Obscurité et magie » :
Witold Gombrowicz (1904-1969)
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Moi et mon double
Paris, Denoël, 1984
Ferdydurke Paris, Gallimard, 1995
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Maître du grotesque, superbement individualiste et fascinant novateur, Witold Gombrowicz est l’un des plus grands et des plus décriés écrivains du XXème siècle.
Ses débuts, baignés dans l’avant-garde littéraire de la Varsovie d’avant guerre, sont déjà remarquables d’audace, avec entre autres les nouvelles de « Bakakaï ». C’est avec le roman « Ferdydurke » (1937) qu’il trouve vraiment sa voix propre – distance, ironie, farce, lucidité. La guerre le surprend à Buenos Aires, où il séjournera jusqu’en 1963, se donnant tout entier à la littérature (voir « Trans-Atlantique »).
Aucunement représentatif de la littérature de son pays d’origine, Gombrowicz refuse toute forme d’oppression, ni patriotisme ni formalisme littéraire : à tout cela il renvoie un reflet absurde, défendant avec passion la liberté de l’homme dans ce qu’il a de plus singulier.
Son « Journal », qu’il tient entre 1953 et sa mort, commence ainsi : « Je ne connais ni ma vie ni mon œuvre. Je traîne le passé derrière moi comme la queue vaporeuse d’une comète, et sur mon œuvre j’en sais bien peu. Obscurité et magie. »
Aperçu de la poésie polonaise
Wisława Szymborska
Je ne sais quelles gens
Paris, Fayard, 1997
La poétesse, née en 1923, a reçu le prix Nobel de littérature en 1996. Ce recueil rassemble des poèmes parus entre 1962 et 1993.
Anthologie de la poésie polonaise
Paris, Seuil, 1965
Des anonymes du XVe siècle aux générations d’Après-guerre, en passant par les Romantiques, comme Adam Mickiewicz, cette anthologie propose un panorama assez complet de la poésie polonaise. On y découvrira notamment les très riches courants d’avant-garde des années 20 et 30.
Deux best-sellers d’avant guerre
Sergiusz Piasecki
L'amant de la Grande Ourse
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1992
Très largement autobiographiques, ces aventures – écrites en prison - d’un espion devenu contrebandier nous font découvrir l’univers pour le moins animé de la frontière polono-biélorusse. Ce roman à la langue pimentée fut un best-seller en Pologne à la fin des années 30.
Władysław Stanisław Reymont
Les paysans (2 volumes)
Lausanne (Suisse), L’Age
d'homme, 1981
Véritable épopée ayant pour personnage principal un village polonais au fil des saisons, ce magistral roman valut à son auteur une gloire tardive, consacrée par le prix Nobel en 1924.
Les grandes voix de la dramaturgie polonaise
Witold Gombrowicz
Théâtre
Paris, Gallimard, 2001
Ce recueil contient le fameux « Yvonne, princesse de Bourgogne », « Le mariage », « L’histoire » et « Opérette ».
Tadeusz Kantor
Le théâtre de la mort
Lausanne (Suisse), L’âge d’homme, 2000
Figure légendaire et avant-gardiste décédée en 1990, Tadeusz Kantor fut à la fois homme de théâtre et plasticien - ces deux formes s’imbriquant étroitement dans ses spectacles, qui eurent un succès mondial. Sa troupe, Cricot 2, basée à Cracovie, a été l’une des plus fameuses en Pologne durant les années 80.
Sławomir Mrożek
Tango
Paris, Albin Michel, 1989
« Théâtre de l’absurde », l’œuvre de Sławomir Mrożek est pleine d’un humour parodique derrière lequel se cache un profond pessimisme. Ses héros sont victimes de forces extérieures, tyranniques et autres, ou menés à leur perte par leur propre conduite, et le rire grotesque qui s’en dégage est une réponse aux déformations du monde contemporain. Grâce entre autres à la pièce « Tango » (1964), satire sociale et drame psychologique aux dimensions paraboliques, Sławomir Mrożek est reconnu comme l’un des premiers dramaturges polonais – ce qui ne doit pas éclipser la prose satirique de ses nouvelles.
Stanislaw Ignacy Witkiewicz
La mère
Paris, Gallimard, 1969
Excentrique et visionnaire, S.I. Witkiewicz (1885-1939), connu aussi sous le nom de Witkacy, est l’une des figures les plus fascinantes de la littérature polonaise. Après avoir voyagé jusqu’en Nouvelle-Guinée avec le célèbre ethnologue B. Malinowski, il traversa les avant-gardes de l’entre deux guerres comme une météorite. Méconnue de son vivant, son œuvre théâtrale, très novatrice, comme sa philosophie, eut une grande influence sur les générations suivantes.
Quelques compléments de lecture
Jan Potocki
Manuscrit trouvé à Saragosse
Paris, Gallimard, 1989
Au Caucase et en Chine (1797-1806)
Paris, Phébus, 1991
Il serait dommage de ne pas profiter de l’occasion pour (re)découvrir une figure originale de la littérature polonaise, le comte Jan Potocki (1761-1815). Excentrique et érudit d’une prodigieuse curiosité intellectuelle, aristocrate cosmopolite et athée, ethnologue de valeur et slavophile à une époque où la Russie est haïe en Pologne, cet infatigable voyageur est l’auteur d’un double récit de voyage, « Au Caucase et en Chine », ainsi que du célèbre « Manuscrit trouvé à Saragosse ». Ce grand récit baroque, écrit en français et publié à Saint-Pétersbourg, est considéré comme le texte fondateur de la littérature fantastique moderne.
Pour une introduction à l’histoire de la Pologne, on pourra notamment lire :
Bronislaw Geremek
L’historien et le politique (entretiens)
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Pologne : dernières nouvelles de l’Atlandide
Paris, Autrement, 1990
Wladyslaw Szpilman
Le pianiste : récit
Paris, Robert Laffont, 2001
Michał Tymowki
Une histoire de la Pologne
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 2003
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