Un aperçu de la littérature polonaise
« Ce n’est pas nous qui disons les mots,
ce sont les mots qui nous disent. »
Witold Gombrowicz
La saison culturelle polonaise en France, Nova Polska, qui se clôt en ce mois de décembre 2004, n’est-elle pas un beau prétexte à une promenade littéraire ?
Entretenant souvent des liens enchevêtrés et complexes avec l’histoire, la littérature polonaise, entre universalité et particularisme, reste trop peu connue en France, malgré l’abondance relative des traductions et surtout le génie de nombre de ses auteurs.
De l’audace d’un Gombrowicz s’émancipant de la « mission » patriotique longtemps dévolue à ses prédécesseurs aux thèmes variés mais prégnants qui traversent les nouvelles générations, le XXème siècle, que nous explorerons ici, a été particulièrement riche en évolutions contrastées et parfois déchirantes.
Nous vous proposons donc, loin de toute exhaustivité, un panorama forcément trop bref de ce que la langue polonaise a donné à la littérature moderne. On y rencontrera des auteurs dont la diversité et l’originalité nous paraissent significatives.
Bibliographie réalisée en
2004.
8 écrivains polonais d’aujourd’hui
Andrzej Bart
Le goût du voyage
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Les multiples aventures de John et David, chargés d’annihiler Hitler avant qu’il ne fasse le mal que l’on sait. Plein de rebondissements, ce roman picaresque est un véritable festival d’humour, aux frontières de l’absurde et du grotesque.
Antoni Libera
Madame
Paris, Buchet-Chastel, 2004
A la fin des années 60, un lycéen attiré par la lointaine et mythique France décrit la naissance de sa vocation d’écrivain
et son amour pour son professeur de français, la belle et énigmatique Madame. Ce premier roman, qui a connu un succès énorme, fait figurer Antoni Libera parmi les plus grands romanciers polonais
contemporains, dans la lignée de Witold Gombrowicz.
Dorota Maslowska
Polocktail party
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 2004
Un jeune banlieusard des rives de la Baltique nous livre le récit halluciné de trois
folles journées de sa vie. Ce roman inventif a déclanché une fièvre médiatique et battu les records de vente en Pologne.
Włodimierz Paźniewski
L'automne des
jours
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1998
Dans ce récit mélancolique et coloré, Włodzimierz Paźniewski, né en 1942, décrit dans un style très personnel l’univers des confins Sud-Est de la Pologne des années 30, une « mosaïque de peuples, de religions et de cultures où on parlait trois langues, et qui vivaient la veille de leur extermination ».
Andrzej Stasiuk
Contes de
Galicie
Paris, Christian Bourgois, 2004
Avec humour et fantaisie, les nouvelles d’Andrzej Stasiuk racontent la vie des habitants d’un village perdu au fin fond d’une Pologne en transition, où l’ancien et le nouveau coexistent en un curieux et bouleversant mélange.
NB : Depuis la réalisation de cette bibliographie, les éditions Christian Bourgeois ont publié la traduction d’un livre tout à fait étonnant, Sur la route de Babadag, chroniques d’incessants voyages faits par l’auteur dans une région allant de la Pologne à l’Albanie, non pas dans des lieux célèbres ou des capitales, mais dans une improbable géographie de lieux perdus (comme Babadag, bourgade de la Dobrogea roumaine, si vous connaissez). A notre avis, avec ce livre d’une grande force littéraire, l’auteur s’affirme comme une voix essentielle de la littérature européenne aujourd’hui.
Andrzej Zaniewski
Mémoires d'un rat
Paris, Belfond, 1994
Au moment de mourir, un rat revoit sa vie entière et nous la raconte, depuis ses premières sensations jusqu’à la dernière mésaventure qui va précipiter sa fin. Le lecteur verra donc le monde avec les yeux d’un rat… Mais qu’est-ce qu’une vie de rat ?
Andrzej Zulawski
L'infidélité
Paris, Agnès Pareyre, 2003
Deux philosophes désapprennent la philosophie pour réapprendre le sexe… On reconnaît là l’univers baroque et scandaleux d’un des plus fameux cinéastes polonais.
Lire aussi : La Forêt forteresse (Paris, Stock, 1993)
Le maître de la science-fiction :
Stanisław Lem
Bibliothèque du XXIe siècle : nouvelles
Paris, Seuil, 1989
Le bréviaire des robots
Paris, Gallimard, 1983
Solaris
Lausanne (Suisse), Rencontre, 1976
L’œuvre de Stanisław Lem, né en 1921 à Lvov, fait le bonheur des amateurs de science-fiction. Ses romans ont une tonalité originale, mêlant le pastiche, le grotesque et l’humour, et sont riches en connotations philosophiques. « Solaris » a été porté deux fois à l’écran, et Stanisław Lem, parfait connaisseur des sciences, est traduit en 36 langues.
Lire aussi : Le Rhume (Paris, Calmann-Lévy, 1978)
Le Masque (Paris, Calmann-Lévy, 1983)
Fiasco (Paris, Calmann-Lévy, 1988)
Mémoires d'Ijon Tichy (Paris, Calmann-Lévy, 1977)
Mémoires trouvés dans une baignoire (Paris, Calmann-Lévy, 1975)
La Cybériade : nouvelles (Paris, Denoël, 1980)
Retour des étoiles (Paris, Denoël, 1979)
Mémoires d’exil
A l’époque communiste, un fait marquant est la dichotomie entre littérature de l’exil et littérature publiée en Pologne. A l’étranger, les auteurs, libres des servitudes idéologiques, se regroupent parfois autour de revues, comme, à Paris, Kultura, havre de liberté créé par Jerzy Giedroyc. La dispersion géographique des auteurs favorise l’expression de leurs individualités littéraires mais les prive notamment du contact avec leur « premier » public.
Jósef Czapski
Terre inhumaine
Lausanne (Suisse), L’Age d'homme, 1978
Peintre et écrivain décédé en 1993 à Maisons-Laffitte où il s’était installé un demi-siècle plus tôt, Jósef Czapski raconte ici sa terrible traversée de la seconde Guerre Mondiale, des camps de Sibérie à Londres, en passant par l’Irak, la Libye, l’Italie…
Zygmunt Haupt
Le chardon roulant
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Vingt-huit nouvelles pour dessiner le parcours existentiel de l’écrivain. L’évocation, mélancolique et pittoresque, des contrées natales de l’auteur se mêle aux désarrois de l’exil, dans une langue constamment empreinte d’une douce poésie..
Czesław Miłosz
Sur les bords de l’Issa
Paris, Gallimard, 1985
Le chien mandarin
Paris, Mille et une nuits, 2004
Poète, romancier, traducteur et essayiste, Czesław Miłosz est né en 1911 à Szetejnie, aujourd’hui en Lituanie. Il s’est d’abord fait connaître avec ses essais – notamment « La pensée captive » (1953) qui analyse l’avilissement de la littérature dans la réalité polonaise de l’époque et offre un témoignage négatif du système marxiste. Il est contraint de quitter la Pologne en 1951, n’emportant avec lui que sa langue, « patrie sauvegardée par l’exilé ».
La poésie imprègne toute son œuvre, où reviennent constamment réminiscences d’enfance, douleurs de l’exil, interrogations sur le rôle de la poésie, puis, peu à peu, une profonde religiosité. Prix Nobel de littérature en 1980, Czesław Miłosz est mort à Varsovie il y a quelques mois.
Lire aussi : Czeław Miłosz, in Europe n°902-903 (Paris, Europe, 2004)
Empereur de la terre (Paris, Fayard, 1987)
La pensée captive (Paris, Gallimard, 1988)
Ecrire face à la censure
En Pologne, après les terribles années 1945-1956, au gré de périodes de dégels toujours momentanés, des courants de poésie plus ou moins engagés se développent, comme la Nouvelle Vague de 1968. Les années 70 voient la naissance d’une « prose d’opposition » ; à partir de 1976 le cours de l’histoire s’accélère, éditions parallèles et revues clandestines se multiplient, et les écrivains sont parmi les premiers à s’engager aux côtés des ouvriers.
Kazimierz Brandys
Carnets de Varsovie : 1978-1981
Paris, Gallimard, 1985
Un livre inclassable, fait de notes, de mini-fictions et de réflexions suscitées au jour le jour par les réalités politiques d’une Pologne se préparant à l’éclosion de Solidarnosc.
Tadeusz Konwicki
La Petite Apocalypse
Paris, Robert Laffont, 1981
Un écrivain, opposant au régime communiste, parcourt Varsovie à la recherche d’un jerrican d’essence et d’une boîte d’allumettes : le lendemain, il devra s’immoler devant un immeuble officiel. Ce roman très troublant, diffusé par les « circuits parallèles » en 1979, n’a guère plu aux autorités de l’époque…
Andrzej Kuśniewicz
Le roi des Deux-Siciles
Paris, Albin Michel, 1978
L’état d’apesanteur
Paris, Albin Michel, 1979
Ecrivain tardif au style poétique et baroque, Andrzej Kuśniewicz connut une gloire littéraire en Pologne à l’époque communiste. Ses romans conjuguent admirablement une imagination débordante, une sensibilité extrême et un grand raffinement des procédés d’écriture.
Sławomir Mrożek
Les porte-plume
Paris, Albin Michel, 1965
Plus connu pour ses pièces de théâtre (voir plus bas) Sławomir Mrożek est aussi l’auteur de nouvelles. Celles-ci, écrites avant le départ de l’auteur en exil, tournent en dérision le réalisme socialiste, qui apparaît comme un monde schizophrénique auquel on ne peut échapper que par le rire.
Un polonais à travers le monde
Ryszard Kapuściński
Ebène : aventures africaines
Paris, Plon, 2000
La guerre du foot
Paris, Plon, 2003
Ce grand reporter, doublé d’un écrivain savoureux, sillonne les continents depuis les années 50, et les récits qu’il tire de ses voyages journalistiques sont tous plus passionnants les uns que les autres. Ryszard Kapuściński, qui aura connu pas moins de 26 coups d’états et révolutions, jouit d’une réputation internationale ; « Ebène, aventures africaines », en particulier, est considéré comme un chef d’œuvre du genre.
Lire aussi : D'une guerre l'autre (Paris, Flammarion, 1988)
Le Shah ou La démesure du pouvoir (Paris, 10-18, 1994)
Commentaires
Aucun commentaire pour cet article
Trackbacks
Aucun trackback pour cet article
