Mercredi 19 mars 2008

D’abord présentation de quelques nouveautés - et pas forcément des ouvrages récents : ainsi ceux de l’érudit Michel Pastoureau, historien des couleurs (Les couleurs de notre temps, bleu : histoire d’une couleur, Le petit livre des couleurs), de l’ours ou encore de l’héraldique (Figures de l’héraldique) et des emblèmes (Les emblèmes de France).

 

Jean-Baptiste : Nimrod – Le bal des princes

Dans une langue très poétique, voici le récit d’un jeune professeur de lettres tchadien aux prises avec la guerre qui vient à ravager sa région. En visite dans le village de ses ancêtres, il se trouve confronté à la visite officielle d’un colonel de l’armée, avec qui il partagera son destin pour quelques années tumultueuses. Le style, s’il peut paraître précieux, n’en demeure pas moins très remarquable et parvient magnifiquement à évoquer, avec pudeur, l’intimité sensible du narrateur, son rapport aux êtres et aux paysages qui l’entourent.

 

Nimrod est ce mois-ci en couverture de la très bonne revue Le matricule des anges, dont nous avons évoqué l’histoire. De l’avis des bibliothécaires présents, à ce jour c’est la meilleure revue consacrée à la littérature contemporaine (allez voir le site).

 

Sonya : François Bégaudeau – Fin de l’histoire

Une journaliste ayant été retenue otage en Irak donne une conférence de presse. Ce livre très intelligent en reproduit le texte (découpé en chapitres minutés) et propose un décryptage de l’évènement – autant le rituel de mise en scène de la journaliste que les attentes des autres journalistes venus l’écouter (ou censés l’écouter…). Ainsi souvent se croisent histoire et Histoire, dans une perspective critique qui permet une distance vis-à-vis de la lourdeur d’une telle histoire. Recommandé.

 

Edith : Magda Szabo – Le faon

Le dernier roman publié à ce jour de notre décidément familière Magda Szabo est le monologue d’une célèbre comédienne qui, âgée, revient sur son enfance, et plus précisément sur une vieille haine jamais vraiment résorbée. Edith l’a bien aimé, on attend d’autres avis.

A noter que beaucoup disent aimer tel ou tel roman et ne pas aimer tel ou tel autre. Ainsi, Aline, qui aime La ballade d’Iza mais ressent un vrai malaise en lisant La porte.

 

Patrick : Jean-Pierre Luminet – Le secret de Copernic

Une biographie romancée de celui qui a révolutionné l’organisation du cosmos établie depuis Ptolémée et Aristote, en un temps où prouver que la terre était ronde coûtait la vie. La lecture est agréable et facile, et on apprend tout un tas de chose, sur le géocentrisme et l’héliocentrisme par exemple.

 

Béatrice : Doris Lessing - Le journal d’une voisine

Une femme journaliste très égoïste se décide soudainement à venir en aide à une vieille dame pauvre et malade, jusqu’à s’en sentir obligée. Un bon roman, sur la vieillesse et la mort si proche, le début en particulier, mais pas non plus, pour Béatrice, une révélation.

Autour de l’auteure, on avait eu des réactions contrastées (voir les synthèses précédentes).

 

Dominique : Amos Oz – Vie et mort en quatre rimes

Ex-tra-or-di-naire, voilà, c’est dit, et c’est Dominique qui le dit. Un écrivain va, une fois de plus, se prêter à cet exercice, comment dire, lassant, qui consiste à se présenter face à un public conquis et de répondre à ses questions, questions qui, naturellement, sont toujours les mêmes, et qui par ailleurs sont d’un intérêt plutôt limité. Bon. Puis, dès les premières pages, dès que notre écrivain s’assoit à une table pour prendre un café (puisqu’à chaque fois il vient en avance), il se met à imaginer les vies des personnes qu’il a en face de lui, prêtant toutes sortes d’histoires à ses spectateurs qui, bien sûr, ne se doutent pas qu’ils sont en train de devenir les personnages de ce roman… Moins foisonnant et plus resserré que d’autres romans d’Amos Oz, c’est un livre plein d’humour. Edith l’a lu aussi, avec un enthousiasme moins grand que Dominique, mais quand même, toutes deux conviennent qu’il comporte des scènes érotiques de toute beauté.

 

Sonya : Philippe Delerm – La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives

Un recueil de petits textes très courts qui ne sont pas forcément des récits mais qui tous ont trait à des évènements sportifs, ou autour, notamment sur comment ils sont retransmis à la télévision (qu’est-ce qu’alors on perçoit – ou pas - du sport ?), aspect qu’a bien aimé Sonya.

 

Dominique, Béatrice : Corman McCarthy – La route

Chaudement recommandé par Dominique, froidement évoqué par Béatrice… voilà un roman dont il semble que chacun puisse y trouver des choses contradictoires.

On est dans une après-apocalypse, dans une désolation totale ; parmi de rares survivants un homme et son fils font route vers le Sud, voir si la mer existe encore, leurs affaires dans un caddie, échangeant de rares paroles, dans un contexte plein de danger où la moindre rencontre peut exposer au cannibalisme.

Ce livre a beaucoup ému Dominique, pour ce qui passe entre le père et le fils.

 

Catherine : Keiji Nakazawa – Gen d’Hiroshima

Un classique du manga, en 10 volumes, à rapprocher peut-être du livre dont il vient d’être question. Un petit garçon survit, dans la désolation et la famine, dans le Hiroshima post-nucléaire, grâce à sa très grande force vitale, qu’il tient de son père, ancien opposant au régime militariste d’avant 1945.

 

Edith : Olivier Adam – A l’abri de rien

Dans une petite ville au bord de la Manche (Sangatte ?) une femme dépressive vient en aide aux réfugiés qui cherchent à traverser la mer, au point de semer le trouble dans son foyer et de faire jaser le petit voisinage. Peu à peu, elle disjoncte. Le roman, récent, a été adapté pour la télévision, et propose un regard assez original sur ce qui arrive aujourd’hui dans des pays qui se réclament encore des Droits de l’Homme et du Citoyen.

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