Poème de décembre 2005

Publié le par Bibliothèque municipale

Matin en prime

Essaim de récitatifs sur le trottoir
Une pierre explosive tourne le pouvoir en bourrique
Les dieux à Noël ont les mers jusqu’aux jambes.
Sur la cime des trois éternités
Coupe - cocos (obscur alpha)
Est le coq attendu
La côte veille au grain
La mer en prend pour ses bigarades
Une loquacité localisée dans la fumée des « bruits à bain » charrie
Là notre naissance à mourir.

BORIS GAMALEYA
Extrait du recueil Jets d’aile, vent des origines (2005)

BORIS GAMALEYA
Né en 1930 à Saint-Louis de la Réunion, Boris Gamaleya fait figure de plus grand poète contemporain engagé de la littérature réunionnaise.
De père russe et de mère créole, il se consacre entièrement à l’écriture qu’il voue à la fois à l’héritage paternel et à l’île maternelle, ainsi qu’à sa vie dans la Creuse. Il enseigne le français à la Réunion à partir de 1955, mais est exilé en métropole par le gouvernement qui le punit ainsi pour son engagement politique. Il reviendra en 1973, après une longue grève de la faim.
En 2001, il reçoit le prix de l’Océan indien pour son texte L’arche du comte d’Orphée. Il n’aspire alors qu’à une chose : « être un électron libre dans la Réunion éclatée du souffle ».
Le volcan à l’envers (1983) constitue l’acte fondateur d’un genre nouveau dans la littérature réunionnaise, le théâtre poétique. Très inspiré par l’histoire et les mythes réunionnais (dont en particulier le thème du volcan), il exprime son attachement à la langue française tout en faisant des emprunts à d’autres langues et en inventant des formes verbales.
Boris Gamaleya est autant un auteur de théâtre qu’un poète, il vit une expérience spirituelle intime et intense et se tient, au cœur de l’île, dans le retrait et le silence.
Poète du bout du monde, Gamaleya est donc un célébrant des mythes polyphoniques et constitutifs d’une créolité ouverte sur l’amour de l’Autre – sources universelles de la spiritualité – et jamais plus mise en esclavage…

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