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Histoires à s'en retourner les oreilles - contes, avec Julien
Tauber
Mercredi 14 mai à 10h à l'espace
Cachin
Club des lecteurs le samedi 17 mai à 10h
Un aperçu de la littérature polonaise
« Ce n’est pas nous qui disons les mots,
ce sont les mots qui nous disent. »
Witold Gombrowicz
La saison culturelle polonaise en France, Nova Polska, qui se clôt en ce mois de décembre 2004, n’est-elle pas un beau prétexte à une promenade littéraire ?
Entretenant souvent des liens enchevêtrés et complexes avec l’histoire, la littérature polonaise, entre universalité et particularisme, reste trop peu connue en France, malgré l’abondance relative des traductions et surtout le génie de nombre de ses auteurs.
De l’audace d’un Gombrowicz s’émancipant de la « mission » patriotique longtemps dévolue à ses prédécesseurs aux thèmes variés mais prégnants qui traversent les nouvelles générations, le XXème siècle, que nous explorerons ici, a été particulièrement riche en évolutions contrastées et parfois déchirantes.
Nous vous proposons donc, loin de toute exhaustivité, un panorama forcément trop bref de ce que la langue polonaise a donné à la littérature moderne. On y rencontrera des auteurs dont la diversité et l’originalité nous paraissent significatives.
Bibliographie réalisée en
2004.
8 écrivains polonais d’aujourd’hui
Andrzej Bart
Le goût du voyage
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Les multiples aventures de John et David, chargés d’annihiler Hitler avant qu’il ne fasse le mal que l’on sait. Plein de rebondissements, ce roman picaresque est un véritable festival d’humour, aux frontières de l’absurde et du grotesque.
Antoni Libera
Madame
Paris, Buchet-Chastel, 2004
A la fin des années 60, un lycéen attiré par la lointaine et mythique France décrit la naissance de sa vocation d’écrivain
et son amour pour son professeur de français, la belle et énigmatique Madame. Ce premier roman, qui a connu un succès énorme, fait figurer Antoni Libera parmi les plus grands romanciers polonais
contemporains, dans la lignée de Witold Gombrowicz.
Dorota Maslowska
Polocktail party
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 2004
Un jeune banlieusard des rives de la Baltique nous livre le récit halluciné de trois
folles journées de sa vie. Ce roman inventif a déclanché une fièvre médiatique et battu les records de vente en Pologne.
Włodimierz Paźniewski
L'automne des
jours
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1998
Dans ce récit mélancolique et coloré, Włodzimierz Paźniewski, né en 1942, décrit dans un style très personnel l’univers des confins Sud-Est de la Pologne des années 30, une « mosaïque de peuples, de religions et de cultures où on parlait trois langues, et qui vivaient la veille de leur extermination ».
Andrzej Stasiuk
Contes de
Galicie
Paris, Christian Bourgois, 2004
Avec humour et fantaisie, les nouvelles d’Andrzej Stasiuk racontent la vie des habitants d’un village perdu au fin fond d’une Pologne en transition, où l’ancien et le nouveau coexistent en un curieux et bouleversant mélange.
NB : Depuis la réalisation de cette bibliographie, les éditions Christian Bourgeois ont publié la traduction d’un livre tout à fait étonnant, Sur la route de Babadag, chroniques d’incessants voyages faits par l’auteur dans une région allant de la Pologne à l’Albanie, non pas dans des lieux célèbres ou des capitales, mais dans une improbable géographie de lieux perdus (comme Babadag, bourgade de la Dobrogea roumaine, si vous connaissez). A notre avis, avec ce livre d’une grande force littéraire, l’auteur s’affirme comme une voix essentielle de la littérature européenne aujourd’hui.
Andrzej Zaniewski
Mémoires d'un rat
Paris, Belfond, 1994
Au moment de mourir, un rat revoit sa vie entière et nous la raconte, depuis ses premières sensations jusqu’à la dernière mésaventure qui va précipiter sa fin. Le lecteur verra donc le monde avec les yeux d’un rat… Mais qu’est-ce qu’une vie de rat ?
Andrzej Zulawski
L'infidélité
Paris, Agnès Pareyre, 2003
Deux philosophes désapprennent la philosophie pour réapprendre le sexe… On reconnaît là l’univers baroque et scandaleux d’un des plus fameux cinéastes polonais.
Lire aussi : La Forêt forteresse (Paris, Stock, 1993)
Le maître de la science-fiction :
Stanisław Lem
Bibliothèque du XXIe siècle : nouvelles
Paris, Seuil, 1989
Le bréviaire des robots
Paris, Gallimard, 1983
Solaris
Lausanne (Suisse), Rencontre, 1976
L’œuvre de Stanisław Lem, né en 1921 à Lvov, fait le bonheur des amateurs de science-fiction. Ses romans ont une tonalité originale, mêlant le pastiche, le grotesque et l’humour, et sont riches en connotations philosophiques. « Solaris » a été porté deux fois à l’écran, et Stanisław Lem, parfait connaisseur des sciences, est traduit en 36 langues.
Lire aussi : Le Rhume (Paris, Calmann-Lévy, 1978)
Le Masque (Paris, Calmann-Lévy, 1983)
Fiasco (Paris, Calmann-Lévy, 1988)
Mémoires d'Ijon Tichy (Paris, Calmann-Lévy, 1977)
Mémoires trouvés dans une baignoire (Paris, Calmann-Lévy, 1975)
La Cybériade : nouvelles (Paris, Denoël, 1980)
Retour des étoiles (Paris, Denoël, 1979)
Mémoires d’exil
A l’époque communiste, un fait marquant est la dichotomie entre littérature de l’exil et littérature publiée en Pologne. A l’étranger, les auteurs, libres des servitudes idéologiques, se regroupent parfois autour de revues, comme, à Paris, Kultura, havre de liberté créé par Jerzy Giedroyc. La dispersion géographique des auteurs favorise l’expression de leurs individualités littéraires mais les prive notamment du contact avec leur « premier » public.
Jósef Czapski
Terre inhumaine
Lausanne (Suisse), L’Age d'homme, 1978
Peintre et écrivain décédé en 1993 à Maisons-Laffitte où il s’était installé un demi-siècle plus tôt, Jósef Czapski raconte ici sa terrible traversée de la seconde Guerre Mondiale, des camps de Sibérie à Londres, en passant par l’Irak, la Libye, l’Italie…
Zygmunt Haupt
Le chardon roulant
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Vingt-huit nouvelles pour dessiner le parcours existentiel de l’écrivain. L’évocation, mélancolique et pittoresque, des contrées natales de l’auteur se mêle aux désarrois de l’exil, dans une langue constamment empreinte d’une douce poésie..
Czesław Miłosz
Sur les bords de l’Issa
Paris, Gallimard, 1985
Le chien mandarin
Paris, Mille et une nuits, 2004
Poète, romancier, traducteur et essayiste, Czesław Miłosz est né en 1911 à Szetejnie, aujourd’hui en Lituanie. Il s’est d’abord fait connaître avec ses essais – notamment « La pensée captive » (1953) qui analyse l’avilissement de la littérature dans la réalité polonaise de l’époque et offre un témoignage négatif du système marxiste. Il est contraint de quitter la Pologne en 1951, n’emportant avec lui que sa langue, « patrie sauvegardée par l’exilé ».
La poésie imprègne toute son œuvre, où reviennent constamment réminiscences d’enfance, douleurs de l’exil, interrogations sur le rôle de la poésie, puis, peu à peu, une profonde religiosité. Prix Nobel de littérature en 1980, Czesław Miłosz est mort à Varsovie il y a quelques mois.
Lire aussi : Czeław Miłosz, in Europe n°902-903 (Paris, Europe, 2004)
Empereur de la terre (Paris, Fayard, 1987)
La pensée captive (Paris, Gallimard, 1988)
Ecrire face à la censure
En Pologne, après les terribles années 1945-1956, au gré de périodes de dégels toujours momentanés, des courants de poésie plus ou moins engagés se développent, comme la Nouvelle Vague de 1968. Les années 70 voient la naissance d’une « prose d’opposition » ; à partir de 1976 le cours de l’histoire s’accélère, éditions parallèles et revues clandestines se multiplient, et les écrivains sont parmi les premiers à s’engager aux côtés des ouvriers.
Kazimierz Brandys
Carnets de Varsovie : 1978-1981
Paris, Gallimard, 1985
Un livre inclassable, fait de notes, de mini-fictions et de réflexions suscitées au jour le jour par les réalités politiques d’une Pologne se préparant à l’éclosion de Solidarnosc.
Tadeusz Konwicki
La Petite Apocalypse
Paris, Robert Laffont, 1981
Un écrivain, opposant au régime communiste, parcourt Varsovie à la recherche d’un jerrican d’essence et d’une boîte d’allumettes : le lendemain, il devra s’immoler devant un immeuble officiel. Ce roman très troublant, diffusé par les « circuits parallèles » en 1979, n’a guère plu aux autorités de l’époque…
Andrzej Kuśniewicz
Le roi des Deux-Siciles
Paris, Albin Michel, 1978
L’état d’apesanteur
Paris, Albin Michel, 1979
Ecrivain tardif au style poétique et baroque, Andrzej Kuśniewicz connut une gloire littéraire en Pologne à l’époque communiste. Ses romans conjuguent admirablement une imagination débordante, une sensibilité extrême et un grand raffinement des procédés d’écriture.
Sławomir Mrożek
Les porte-plume
Paris, Albin Michel, 1965
Plus connu pour ses pièces de théâtre (voir plus bas) Sławomir Mrożek est aussi l’auteur de nouvelles. Celles-ci, écrites avant le départ de l’auteur en exil, tournent en dérision le réalisme socialiste, qui apparaît comme un monde schizophrénique auquel on ne peut échapper que par le rire.
Un polonais à travers le monde
Ryszard Kapuściński
Ebène : aventures africaines
Paris, Plon, 2000
La guerre du foot
Paris, Plon, 2003
Ce grand reporter, doublé d’un écrivain savoureux, sillonne les continents depuis les années 50, et les récits qu’il tire de ses voyages journalistiques sont tous plus passionnants les uns que les autres. Ryszard Kapuściński, qui aura connu pas moins de 26 coups d’états et révolutions, jouit d’une réputation internationale ; « Ebène, aventures africaines », en particulier, est considéré comme un chef d’œuvre du genre.
Lire aussi : D'une guerre l'autre (Paris, Flammarion, 1988)
Le Shah ou La démesure du pouvoir (Paris, 10-18, 1994)
Un aperçu de la littérature polonaise : suite
« Ce n’est pas nous qui disons les mots,
ce sont les mots qui nous disent. »
Witold Gombrowicz
Bibliographie réalisée en 2004
La traversée des camps
Six années de guerre, six millions de polonais morts, la Pologne, envahie par les nazis à l’Ouest et l’Armée Rouge à l’Est, aura payé un très lourd tribut à la Seconde Guerre Mondiale : l’holocauste provoque la disparition de la quasi-totalité de la population juive polonaise.
Tadeusz Borowski
Le monde de pierre
Paris, Christian Bourgois, 1992
Tadeusz Borowski, interné à Auschwitz, décrit les horreurs des usines de la mort, et « Le monde de pierre » est, aux côtés de celle de Primo Lévi, une des plus grande œuvres jamais écrites sur le monde concentrationnaire.
Ida Fink
Le Jardin à la dérive
Paris, Seuil, 1991
Une émouvante évocation de la vie en Pologne à l’époque de l’Holocauste, par une rescapée.
Adolf Rudnicki
Hier soir à Varsovie
Paris, Gallimard, 1978
Les Fenêtres d'or : et autres récits
Paris, Gallimard, 1966
Ces deux recueils témoignent de la diversité de l’œuvre d’Adolf Rudnicki. « Hier soir à Varsovie » contient le court roman qui le rendit célèbre, « Les rats » (1932), remarquable évocation des tensions entre un père et son fils, ainsi que des chroniques au ton très personnel publiées entre 1953 et 1968. « Les fenêtres d’or » est consacré à la vie des juifs pendant la guerre, thème qui occupe une bonne partie de son œuvre.
Lire aussi : Le Compagnon de route (Arles, Actes sud, 1987)
« Obscurité et magie » :
Witold Gombrowicz (1904-1969)
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Moi et mon double
Paris, Denoël, 1984
Ferdydurke Paris, Gallimard, 1995
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Maître du grotesque, superbement individualiste et fascinant novateur, Witold Gombrowicz est l’un des plus grands et des plus décriés écrivains du XXème siècle.
Ses débuts, baignés dans l’avant-garde littéraire de la Varsovie d’avant guerre, sont déjà remarquables d’audace, avec entre autres les nouvelles de « Bakakaï ». C’est avec le roman « Ferdydurke » (1937) qu’il trouve vraiment sa voix propre – distance, ironie, farce, lucidité. La guerre le surprend à Buenos Aires, où il séjournera jusqu’en 1963, se donnant tout entier à la littérature (voir « Trans-Atlantique »).
Aucunement représentatif de la littérature de son pays d’origine, Gombrowicz refuse toute forme d’oppression, ni patriotisme ni formalisme littéraire : à tout cela il renvoie un reflet absurde, défendant avec passion la liberté de l’homme dans ce qu’il a de plus singulier.
Son « Journal », qu’il tient entre 1953 et sa mort, commence ainsi : « Je ne connais ni ma vie ni mon œuvre. Je traîne le passé derrière moi comme la queue vaporeuse d’une comète, et sur mon œuvre j’en sais bien peu. Obscurité et magie. »
Aperçu de la poésie polonaise
Wisława Szymborska
Je ne sais quelles gens
Paris, Fayard, 1997
La poétesse, née en 1923, a reçu le prix Nobel de littérature en 1996. Ce recueil rassemble des poèmes parus entre 1962 et 1993.
Anthologie de la poésie polonaise
Paris, Seuil, 1965
Des anonymes du XVe siècle aux générations d’Après-guerre, en passant par les Romantiques, comme Adam Mickiewicz, cette anthologie propose un panorama assez complet de la poésie polonaise. On y découvrira notamment les très riches courants d’avant-garde des années 20 et 30.
Deux best-sellers d’avant guerre
Sergiusz Piasecki
L'amant de la Grande Ourse
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1992
Très largement autobiographiques, ces aventures – écrites en prison - d’un espion devenu contrebandier nous font découvrir l’univers pour le moins animé de la frontière polono-biélorusse. Ce roman à la langue pimentée fut un best-seller en Pologne à la fin des années 30.
Władysław Stanisław Reymont
Les paysans (2 volumes)
Lausanne (Suisse), L’Age
d'homme, 1981
Véritable épopée ayant pour personnage principal un village polonais au fil des saisons, ce magistral roman valut à son auteur une gloire tardive, consacrée par le prix Nobel en 1924.
Les grandes voix de la dramaturgie polonaise
Witold Gombrowicz
Théâtre
Paris, Gallimard, 2001
Ce recueil contient le fameux « Yvonne, princesse de Bourgogne », « Le mariage », « L’histoire » et « Opérette ».
Tadeusz Kantor
Le théâtre de la mort
Lausanne (Suisse), L’âge d’homme, 2000
Figure légendaire et avant-gardiste décédée en 1990, Tadeusz Kantor fut à la fois homme de théâtre et plasticien - ces deux formes s’imbriquant étroitement dans ses spectacles, qui eurent un succès mondial. Sa troupe, Cricot 2, basée à Cracovie, a été l’une des plus fameuses en Pologne durant les années 80.
Sławomir Mrożek
Tango
Paris, Albin Michel, 1989
« Théâtre de l’absurde », l’œuvre de Sławomir Mrożek est pleine d’un humour parodique derrière lequel se cache un profond pessimisme. Ses héros sont victimes de forces extérieures, tyranniques et autres, ou menés à leur perte par leur propre conduite, et le rire grotesque qui s’en dégage est une réponse aux déformations du monde contemporain. Grâce entre autres à la pièce « Tango » (1964), satire sociale et drame psychologique aux dimensions paraboliques, Sławomir Mrożek est reconnu comme l’un des premiers dramaturges polonais – ce qui ne doit pas éclipser la prose satirique de ses nouvelles.
Stanislaw Ignacy Witkiewicz
La mère
Paris, Gallimard, 1969
Excentrique et visionnaire, S.I. Witkiewicz (1885-1939), connu aussi sous le nom de Witkacy, est l’une des figures les plus fascinantes de la littérature polonaise. Après avoir voyagé jusqu’en Nouvelle-Guinée avec le célèbre ethnologue B. Malinowski, il traversa les avant-gardes de l’entre deux guerres comme une météorite. Méconnue de son vivant, son œuvre théâtrale, très novatrice, comme sa philosophie, eut une grande influence sur les générations suivantes.
Quelques compléments de lecture
Jan Potocki
Manuscrit trouvé à Saragosse
Paris, Gallimard, 1989
Au Caucase et en Chine (1797-1806)
Paris, Phébus, 1991
Il serait dommage de ne pas profiter de l’occasion pour (re)découvrir une figure originale de la littérature polonaise, le comte Jan Potocki (1761-1815). Excentrique et érudit d’une prodigieuse curiosité intellectuelle, aristocrate cosmopolite et athée, ethnologue de valeur et slavophile à une époque où la Russie est haïe en Pologne, cet infatigable voyageur est l’auteur d’un double récit de voyage, « Au Caucase et en Chine », ainsi que du célèbre « Manuscrit trouvé à Saragosse ». Ce grand récit baroque, écrit en français et publié à Saint-Pétersbourg, est considéré comme le texte fondateur de la littérature fantastique moderne.
Pour une introduction à l’histoire de la Pologne, on pourra notamment lire :
Bronislaw Geremek
L’historien et le politique (entretiens)
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 1999
Pologne : dernières nouvelles de l’Atlandide
Paris, Autrement, 1990
Wladyslaw Szpilman
Le pianiste : récit
Paris, Robert Laffont, 2001
Michał Tymowki
Une histoire de la Pologne
Montricher (Suisse), Noir sur blanc, 2003
La citation du jour, donnée par Dominique : Umberto Eco « Il y a des livres qui ont un début expiatoire ».
Pour cette fois, nous avons frôlé le « café philo », multipliant les discussions presque métaphysiques et sur des sujets portant à débat : faut-il aimer les surprises ? Oui si elles sont bonnes ! Mais Adrienne préfère les surprises attendues… car si elles arrivent à un mauvais moment, même bonnes, ça peut être embêtant. Jean pense qu’une mauvaise surprise peut apporter aussi quelque chose de positif…
On commence par se distribuer quelques nouveautés : Russel Banks : « La réserve » quelque peu abîmé par la critique, Roberto Bolaño : « 2666 », Véronique Ovaldé, chouchoute de Dominique et Catherine : « Et mon cœur transparent », Jean Clair : « Autoportrait au visage absent », un recueil d’essais sur l’art.
Jean : Jean d’Ormesson – La création du monde
Jean (d’O) regardant Jean (L. : le nôtre) de son petit œil malicieux sur la couverture du livre le questionne : Es-tu sûr d’avoir tout compris ? Mais oui, Jean L., vous nous donnez envie de lire ce petit opuscule qui parle des cohortes d’anges, archanges, et autres êtres du même genre et de leur monde bien organisé. Simon, le personnage principal, est choisi par l’archange Gabriel qui lui annonce que Dieu va lui expliquer l’univers, le bien, le mal, etc… Jean L. a beaucoup aimé et ne s’est pas ennuyé ; il faut dire que Jean d’O est brillant.
Marie-Paule revient d’un voyage au Mexique. Pour s’imprégner de « mexitude », elle a lu des auteurs mexicains : Paco Ignacio Taïbo II (prononcer « doss ») : Des morts qui dérangent, écrit avec le sous-commandant Marcos, le chef de la rébellion zapatiste. Il est aussi l’auteur de la meilleure biographie du Che, selon Jean-Baptiste. A quatre mains est un roman policier sur l’histoire de la révolution mexicaine.
Elle a aussi lu Juan Rulfo, un précurseur du roman latino-américain moderne.
Enfin, avec sa bande de copains amateurs du prix du Livre Inter (dont Edith), elle lit tous les romans de la sélection du début à la fin. Parmi ceux-ci : « Le canapé rouge » de Michèle Lesbre. Nous avions déjà aimé précédemment, au club, La petite trotteuse. Là elle nous conte l’histoire d’une femme qui part à la recherche d’un amour de jeunesse, et qui fait pour ça un long voyage mélancolique en transsibérien. Mais cette femme pense à sa voisine, une vieille dame à qui elle lit des biographies de femmes célèbres et féministes. Et son voyage ne sera pas celui qui devait être.
Edith et Dominique sont du même avis, une fois n’est pas coutume ! Elles s’accordent à dire que Beau rôle de Nicolas Fargues est très décevant. L’auteur, ancien mannequin, aurait du essayer autre chose que l’écriture… Pourtant, dans son précédent livre, dit Dominique, on sentait poindre l’Auteur, l’écrivain en devenir, prometteur. Mais là, il faut le dire « c’est nul ! ». Pourtant il aborde des sujets qui auraient pu être intéressants, mais il ne fait que les effleurer. En conclusion : 278 p. de narcissisme, de verbiage sans intérêt...
Edith versus Dominique : Eric Reinhardt : Cendrillon
Il fait partie de la fameuse liste du Prix du livre Inter. Edith n’a pas du tout aimé. Attention, Dominique dégaine l’arme fatale de l’analyse en profondeur des intentions réelles de l’auteur « c’est un pamphlet de la société moderne et donc du capitalisme ». Pour Edith, c’est encore un pavé de narcissisme, de nombrilisme. A la page 300 environ, on comprend enfin qui sont ces trois personnages : ce sont les avatars synthético-théoriques » de l’auteur, trois caricatures de personnages bien contemporains. L’un se masturbe tellement qu’il est trop fatigué pour s’occuper de sa femme, l’autre est un trader spécialiste des edge founds, totalement détaché de la réalité. C’est vulgaire, c’est de la complaisance dans l’ordure dit Edith. Justement, réplique Dominique, c’est ça, la société contemporaine ! Ce lien entre l’argent et la pornographie. Il faut reconnaître à l’auteur l’intuition d’avoir pressenti l’affaire Kerviel. Pour Dominique, c’est une écriture moderne et vulgaire, à déconseiller aux amateurs de beau français classique. Mais c’est riche. Il n’y a pas de jugement, de positionnement de l’auteur du côté des gentils contre les méchants, ça serait trop facile.
Au fait, l’auteur sera bientôt à la radio : donc Adrienne fera son ménage, avec aspirateur…
Sonya : Michel Pastoureau – Le petit livre des couleurs
Ce petit livre a l’air passionnant. Depuis qu’elle a lu ce livre, Sonya ne porte plus les couleurs sans y penser. Michel Pastoureau, c’est LE grand spécialiste de l’histoire des couleurs. La symbolique des couleurs n’est pas le fruit du hasard. L’histoire de la production des pigments a déterminé l’histoire des couleurs. Il y a une cote des couleurs comme il y a une cote des mots. Cela va au-delà des modes. L’industrie des pigments, celle de la fixation des couleurs en ont déterminé une géographie symbolique.
PS – Jean-Baptiste l’a lu entre temps et confirme : passionnant.
Erik Orsenna – Voyage au pays du coton
C’est un vrai voyage que l’auteur a fait là où l’on cultive le coton, aux quatre coins de la planète. Très intéressant,
Tony : Claude Nuridsany/Marie Pérennou – La métamorphose des fleurs
Un peu de nature et de beauté maintenant, grâce à Tony. Il a déniché dans la vitrine un beau livre de photographies de fleurs en très gros plan, par l’auteur de Microcosmos. On y voit des fleurs sauvages (scabieuse, chèvrefeuille, chardon…) aux stades successifs de bouton, fleur, fruit. Ca frôle parfois l’art abstrait. On découvre les fleurs comme on ne les a jamais vues. Et le livre est un cadeau pour les yeux, avec des pages en papier calque, des cadres découpés pour mieux voir les détails, des couleurs douces ou vives selon les fleurs. Et en plus, un très beau texte de présentation de chaque fleur.
Philippe : Muriel Barbery – L’élégance du hérisson
7 rue de Grenelle. Quartier chic, immeuble bourgeois. La concierge, Renée est acariâtre, d’où son surnom de hérisson. En fait, elle cache une grande érudition, mais le bonheur lui fait peur. Paloma, une petite fille de l’immeuble, père député, appartement immense, est tellement déçue par les adultes qu’elle a décidé de se suicider le jour de ses 13 ans. Elles vont se rencontrer et parler. Ce livre a empêché Philippe de dormir ! Il regrette la fin tragique, abrupte. Mais Amélie rappelle que l’humour est quand même là en permanence.
John Doherty – Sous le masque doré
Philippe est un passionné d’égyptologie. Dès qu’il y a un documentaire sur le sujet à la télé, son épouse Béatrice fuit car elle n’aime pas ça. D’habitude, c’est le foot qui provoque ce genre de situation ! Là c’est un polar historico-égyptien. La description de l’époque est très bien faite.
Elisabeth : John Harvey –
Elle est déçue, Elisabeth. Ca commençait si bien. Mais voila qu’à mi-route, le roman (policier) s’essouffle et ne repart jamais. A ne pas recommander !
Tony pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ce roman, d’autres du même auteur sont meilleurs.
Patrick : Camille Flammarion
Camille Flammarion était le directeur de l'Observatoire de Paris au XIXème siècle ; son nom évoque des sociétés ésotériques qui ont gardé de leur mystère jusqu'à nos jours. Patrick a lu ses écrits, et plus particulièrement ceux qu'il a dédié à une question qui, à l'époque, restait ouverte : les extraterrestres. Selon lui, chaque planète du système solaire avait ses habitants, d'ailleurs pas très très différents des terriens. Et si vous n'y croyez pas, eh bien lisez le, puisqu'il décrit tout ça avec une troublante minutie, avec une logique tout à fait cohérente... pour l'époque.
Lidia : Carlos Ruiz Zafon – L’ombre du vent
Nous l’avons acquis aussi en espagnol, Adrienne le lira dans cette langue.
Lidia a beaucoup aimé ce roman « policier littéraire ». Cela se passe à Barcelone, dans un univers de bouquinistes et de mystère. « Le temps passe vite avec ce livre ».
Arto Paasilinna – La douce empoisonneuse
C’est lui, l’auteur de « Petits suicides entre amis ».Ca fait penser à « Arsenic et vieilles dentelles », avec un humour pince-sans-rire très anglo-saxon. On rit.
Amélie : David Garnett –Un homme au zoo
C’est une petite nouvelle, très drôle, un peu surréaliste. A Londres, un homme quitte son amie après une dispute et demande à aller vivre dans une cage au zoo. Imaginez la suite !
Adrienne: Les pouvoirs secrets des animaux
Ce beau livre a beaucoup plu à Adrienne: « la nature est redoutable et merveilleuse ». Il évoque à Jean-Baptiste une nouvelle de Julio Cortazar « Axolotl », où un homme devient lui-même poisson à force d'aller voir un axolotl à l'aquarium. Du coup, Adrienne révèle qu'un jour, elle « a eu une histoire avec un poisson ». En fait, elle a eu deux poissons qui ont vécu une véritable histoire d'amour tendre.
Amélie: René Girard – Le tragique et la pitié
Il s'agit du discours de réception de René Girard à l'académie française, et de la réponse de Michel Serres.
Jack Kerouac – Lettres choisies1957-1969
Pour Amélie, ce pavé de correspondance est destinée aux amateurs de Kerouac, ceux qui ont lu au moins « Sur la route ».
Dominique : Diane Meur – Les vivants et les ombres
C'est une fresque familiale décrite par ... la maison de famille! En Pologne, au 19e siècle, on y croise différentes communautés, on y parle de la condition des femmes, « C'est extraordinaire, c'est délicieusement suranné »,
La bibliothèque vous propose... une soirée contes
avec
Theresa Amoon
Samedi 12 avril 2008
à 20h - espace Cachin
rue de la résistance - 93230 Romainville
Entrée libre
Tout public à partir de 10 ans
Renseignements au 01 71 86 60 12
Theresa Amoon est une conteuse qui a beaucoup voyagé. D'origine libanaise, elle a récolté de nombreuses histoires venues de pays et de personnes d'horizons variés. Elle nous parlera avec sa voix
mélodieuse de ces vies attirées par les pays lointains, et qui quittent maisons et familles pour s'installer ailleurs.
D’abord présentation de quelques nouveautés - et pas forcément des ouvrages récents : ainsi ceux de l’érudit Michel Pastoureau, historien des couleurs (Les couleurs de notre temps, bleu : histoire d’une couleur, Le petit livre des couleurs), de l’ours ou encore de l’héraldique (Figures de l’héraldique) et des emblèmes (Les emblèmes de France).
Jean-Baptiste : Nimrod – Le bal des princes
Dans une langue très poétique, voici le récit d’un jeune professeur de lettres tchadien aux prises avec la guerre qui vient à ravager sa région. En visite dans le village de ses ancêtres, il se trouve confronté à la visite officielle d’un colonel de l’armée, avec qui il partagera son destin pour quelques années tumultueuses. Le style, s’il peut paraître précieux, n’en demeure pas moins très remarquable et parvient magnifiquement à évoquer, avec pudeur, l’intimité sensible du narrateur, son rapport aux êtres et aux paysages qui l’entourent.
Nimrod est ce mois-ci en couverture de la très bonne revue Le matricule des anges, dont nous avons évoqué l’histoire. De l’avis des bibliothécaires présents, à ce jour c’est la meilleure revue consacrée à la littérature contemporaine (allez voir le site).
Sonya : François Bégaudeau – Fin de l’histoire
Une journaliste ayant été retenue otage en Irak donne une conférence de presse. Ce livre très intelligent en reproduit le texte (découpé en chapitres minutés) et propose un décryptage de l’évènement – autant le rituel de mise en scène de la journaliste que les attentes des autres journalistes venus l’écouter (ou censés l’écouter…). Ainsi souvent se croisent histoire et Histoire, dans une perspective critique qui permet une distance vis-à-vis de la lourdeur d’une telle histoire. Recommandé.
Edith : Magda Szabo – Le faon
Le dernier roman publié à ce jour de notre décidément familière Magda Szabo est le monologue d’une célèbre comédienne qui, âgée, revient sur son enfance, et plus précisément sur une vieille haine jamais vraiment résorbée. Edith l’a bien aimé, on attend d’autres avis.
A noter que beaucoup disent aimer tel ou tel roman et ne pas aimer tel ou tel autre. Ainsi, Aline, qui aime La ballade d’Iza mais ressent un vrai malaise en lisant La porte.
Patrick : Jean-Pierre Luminet – Le secret de Copernic
Une biographie romancée de celui qui a révolutionné l’organisation du cosmos établie depuis Ptolémée et Aristote, en un temps où prouver que la terre était ronde coûtait la vie. La lecture est agréable et facile, et on apprend tout un tas de chose, sur le géocentrisme et l’héliocentrisme par exemple.
Béatrice : Doris Lessing - Le journal d’une voisine
Une femme journaliste très égoïste se décide soudainement à venir en aide à une vieille dame pauvre et malade, jusqu’à s’en sentir obligée. Un bon roman, sur la vieillesse et la mort si proche, le début en particulier, mais pas non plus, pour Béatrice, une révélation.
Autour de l’auteure, on avait eu des réactions contrastées (voir les synthèses précédentes).
Dominique : Amos Oz – Vie et mort en quatre rimes
Ex-tra-or-di-naire, voilà, c’est dit, et c’est Dominique qui le dit. Un écrivain va, une fois de plus, se prêter à cet exercice, comment dire, lassant, qui consiste à se présenter face à un public conquis et de répondre à ses questions, questions qui, naturellement, sont toujours les mêmes, et qui par ailleurs sont d’un intérêt plutôt limité. Bon. Puis, dès les premières pages, dès que notre écrivain s’assoit à une table pour prendre un café (puisqu’à chaque fois il vient en avance), il se met à imaginer les vies des personnes qu’il a en face de lui, prêtant toutes sortes d’histoires à ses spectateurs qui, bien sûr, ne se doutent pas qu’ils sont en train de devenir les personnages de ce roman… Moins foisonnant et plus resserré que d’autres romans d’Amos Oz, c’est un livre plein d’humour. Edith l’a lu aussi, avec un enthousiasme moins grand que Dominique, mais quand même, toutes deux conviennent qu’il comporte des scènes érotiques de toute beauté.
Sonya : Philippe Delerm – La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives
Un recueil de petits textes très courts qui ne sont pas forcément des récits mais qui tous ont trait à des évènements sportifs, ou autour, notamment sur comment ils sont retransmis à la télévision (qu’est-ce qu’alors on perçoit – ou pas - du sport ?), aspect qu’a bien aimé Sonya.
Dominique, Béatrice : Corman McCarthy – La route
Chaudement recommandé par Dominique, froidement évoqué par Béatrice… voilà un roman dont il semble que chacun puisse y trouver des choses contradictoires.
On est dans une après-apocalypse, dans une désolation totale ; parmi de rares survivants un homme et son fils font route vers le Sud, voir si la mer existe encore, leurs affaires dans un caddie, échangeant de rares paroles, dans un contexte plein de danger où la moindre rencontre peut exposer au cannibalisme.
Ce livre a beaucoup ému Dominique, pour ce qui passe entre le père et le fils.
Catherine : Keiji Nakazawa – Gen d’Hiroshima
Un classique du manga, en 10 volumes, à rapprocher peut-être du livre dont il vient d’être question. Un petit garçon survit, dans la désolation et la famine, dans le Hiroshima post-nucléaire, grâce


