L'arbre volant
Que les bois aient des arbres, Quoi de plus naturel ? Que les arbres aient des feuilles, Quoi de plus évident ? Mais que les feuilles aient des ailes, Voilà qui, pour le moins, est surprenant. Volez, volez, beaux arbres verts. Le ciel vous est ouvert. Mais prenez garde à l’automne, fatale Saison, quand vos milliers et milliers D’ailes redevenues feuilles, tomberont.
Edmond Jabès
Petites poésies pour jours de pluie et de soleil (1991)

© D.R.
Edmond Jabès est né au Caire en 1912. En 1957, il est contraint, à cause de ses origines juives, de quitter l'Egypte, pays où il a toujours vécu. En 1967, il opte pour la nationalité française. Francophone et francophile, il commence, très jeune, à écrire. Max Jacob, qu'il rencontre à Paris en 1935, mais avec lequel il correspond déjà, le conseille et le guide. Proche des poètes surréalistes, il se refuse, néanmoins, à faire partie de leur groupe. En 1959, Edmond Jabès publie, sous le titre Je bâtis ma demeure ses poèmes et aphorismes écrits entre 1943 et 1957. C’est« Mon seul livre de poésie", dira-t-il.
Pourtant, il écrit, plus tard, Récit (1979) et de courts poèmes réunis sous le titre :
Poème choisi par HELENE et BERNARD.
Les cloches
Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n'être vus de personne
Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde
Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine
Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J'en mourrai peut-être
Guillaume Apollinaire
(poème paru dans Alcool )

Poème choisi pour sa légèreté apparente : simplicité du vocabulaire, petites phrases qui tintent… Mais il semble cacher un drame à venir, celui de la séparation : premier amour, abandon d’une jeune fille par son amant de passage. Amour adolescente ? Peut-être. Amour qui peut brûler aussi malgré la gaîté des vers rimés et rythmés.
Apollinaire peut ainsi nous emmener dans des univers totalement opposés (complexités des références, longs vers sans rimes) ; mais la nostalgie et la mélancolie y règnent en maît Sa vie : né à Rome en 1880, Wilhelm Apollinaris Albertus de Kostrowistzky, fils d’une demi-mondaine balte et d’un officier italien (qui ne le reconnaîtra pas). Cette naissance illégitime laissera une blessure chez le poète qui signera ses premières poésies écrites à 17 ans de ce nom Apollinaire. Il fait ses études dans différentes villes du Midi méditerranéen mais sans jamais avoir son bac ! Revenu à Paris, il s’essaye à différents métiers et commence à écrire. Ses principaux recueils de poèmes sont Rhénanes, Alcools (1899), La chanson du mal aimé (1909), Poèmes à Lou, Calligrammes. Il écrit aussi des essais sur la poésie, sur l’art en général. Il est alors reconnu comme précurseur et représentant de l’avant-garde artistique : il s’intéresse aux autres arts( peinture, cinéma, théatre). D’ailleurs il écrira une pièce Les mamelles de Tirésias (juin 1917). Il part à la guerre en 1914 ; blessé il est trépané. Puis très malade, il meurt en novembre 1918. En décembre, sa conférence sur L’esprit nouveau et les poètes est publiée. Elle servira de référence à toute la génération qu’il a incarné . Poème choisi par DANIELE S.
Avare
M'alléger
me dépouiller
réduire mon bagage à l'essentiel
Abandonnant ma longue traîne
de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets
devenir oiseau avare
Ivre du seul vol de ses ailes
Michel Leiris
(poème écrit en 1944, paru dans Haut Mal, Poésie/Gallimard, 1969)
Avec ces quelques lignes aériennes, Michel Leiris nous enseigne l’infatigable travail de l’homme pour atteindre la liberté.
Né à Paris en 1901, il était à la fois poète, ethnographe, critique d'art et essayiste. Mais c'est son œuvre autobiographique qui s'impose nettement comme la partie la plus imposante de son activité d'homme de lettres. Tout au long de sa vie, Leiris mêle son nom aux courants de pensée qui ont marqué d'une empreinte indélébile l'histoire de la littérature et des arts au XXe siècle, comme le groupe des Surréalistes.
Michel Leiris fait son apprentissage en poésie sous la férule de Max Jacob. Le langage apparaît d'emblée comme la préoccupation majeure de l'écrivain, l'objet de son écriture. Au début de 1930, Leiris parcourt l’Afrique pendant à peu près deux ans, exerçant désormais en plus de son métier d’écrivain autobiographe celui d’ethnographe. Tout au long de sa vie, Michel Leiris ne sera jamais sourd aux cris du monde qui l'entoure : très peu d'intellectuels auront signé autant de pétitions et de déclarations collectives que lui. Il est mort en 1990.
Poème choisi par EUGENIE.
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Matin en prime Essaim de récitatifs sur le trottoir BORIS GAMALEYA |

BORIS GAMALEYA
Né en 1930 à Saint-Louis de la Réunion, Boris Gamaleya fait figure de plus grand poète contemporain engagé de la littérature réunionnaise.
De père russe et de mère créole, il se consacre entièrement à l’écriture qu’il voue à la fois à l’héritage paternel et à l’île maternelle, ainsi qu’à sa vie dans la Creuse. Il enseigne le français à la Réunion à partir de 1955, mais est exilé en métropole par le gouvernement qui le punit ainsi pour son engagement politique. Il reviendra en 1973, après une longue grève de la faim.
En 2001, il reçoit le prix de l’Océan indien pour son texte L’arche du comte d’Orphée. Il n’aspire alors qu’à une chose : « être un électron libre dans la Réunion éclatée du souffle ».
Le volcan à l’envers (1983) constitue l’acte fondateur d’un genre nouveau dans la littérature réunionnaise, le théâtre poétique. Très inspiré par l’histoire et les mythes réunionnais (dont en particulier le thème du volcan), il exprime son attachement à la langue française tout en faisant des emprunts à d’autres langues et en inventant des formes verbales.
Boris Gamaleya est autant un auteur de théâtre qu’un poète, il vit une expérience spirituelle intime et intense et se tient, au cœur de l’île, dans le retrait et le silence.
Poète du bout du monde, Gamaleya est donc un célébrant des mythes polyphoniques et constitutifs d’une créolité ouverte sur l’amour de l’Autre – sources universelles de la spiritualité – et jamais plus mise en esclavage…
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Zéno Bianu, ou la poésie pour saventurer au plus profond de soi au-delà de soi. Né en 1950, il est lauteur dune uvre singulière et polyphonique, interrogeant à la fois la poésie, le théâtre et lOrient. Les titres de ses livres Infiniment proche, Traité des possibles, Le ciel intérieur disent déjà lexigence dun parcours spirituel traversé par lélan vers une transcendance jamais acquise. Denses, violents parfois, ses poèmes se situent sur le territoire dun « présent absolu », et sont peuplés de ciels, détoiles, de lumières, de nuits, de « bleu-fauve » Son uvre entre volontiers en résonance avec dautres, comme celles de Van Gogh, dYves Klein ou des poètes du Grand Jeu ; elle est marquée par les spiritualisés asiatiques dont il est un passeur en France. On lui doit plusieurs anthologies de poésie chinoise, indienne ou japonaise, ainsi que de nombreuses traductions douvrages de sagesse. Par ailleurs traducteur de deux des plus grands romanciers hongrois, Miklos Szenkuthy et Sandor Marai, animateur de la collection « Poésie » chez léditeur Jean-Michel Place et adaptateur de textes classiques au théâtre, Zéno Bianu, donneur de « mandalas sonores », défend la voix vivante de la poésie. |
