Mercredi 8 novembre 2006

L'arbre volant


Que les bois aient des arbres,

Quoi de plus naturel ?

Que les arbres aient des feuilles,

Quoi de plus évident ?

Mais que les feuilles aient des ailes,

Voilà qui, pour le moins, est surprenant.

Volez, volez, beaux arbres verts.

Le ciel vous est ouvert.

Mais prenez garde à l’automne, fatale

Saison, quand vos milliers et milliers

D’ailes

                                        redevenues feuilles,

                                                         tomberont.  

 

 

Edmond Jabès

Petites poésies pour jours de pluie et de soleil (1991)  

 

 

  © D.R.

Edmond Jabès est né au Caire en 1912. En 1957, il est contraint, à cause de ses origines juives, de quitter l'Egypte, pays où il a toujours vécu. En 1967, il opte pour la nationalité française. Francophone et francophile, il commence, très jeune, à écrire. Max Jacob, qu'il rencontre à Paris en 1935, mais avec lequel il correspond déjà, le conseille et le guide. Proche des poètes surréalistes, il se refuse, néanmoins, à faire partie de leur groupe. En 1959, Edmond Jabès publie, sous le titre Je bâtis ma demeure ses poèmes et aphorismes écrits entre 1943 et 1957. C’est« Mon seul livre de poésie", dira-t-il.

Pourtant, il écrit, plus tard, Récit (1979) et de courts poèmes réunis sous le titre : La Mémoire et la main (1974-1980). Il meurt à Paris en 1991.

 

Poème choisi par HELENE et BERNARD.

par Bibliothèque municipale publié dans : Poème du mois
Dimanche 1 octobre 2006

Les cloches


Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n'être vus de personne

Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde

Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine

Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J'en mourrai peut-être
 
 

 

 

Guillaume Apollinaire

(poème paru dans Alcool )

 

 

 Poème choisi pour sa légèreté apparente : simplicité du vocabulaire, petites phrases qui tintent… Mais il semble cacher un drame à venir, celui de la séparation : premier amour, abandon d’une jeune fille par son amant de passage. Amour adolescente ? Peut-être. Amour qui peut brûler aussi malgré la gaîté des vers rimés et rythmés.

Apollinaire peut ainsi nous emmener dans des univers totalement opposés (complexités des références, longs vers sans rimes) ; mais la nostalgie et la mélancolie y règnent en maît

Sa vie : né à Rome en 1880, Wilhelm Apollinaris Albertus de Kostrowistzky, fils d’une demi-mondaine balte et d’un officier italien (qui ne le reconnaîtra pas). Cette naissance illégitime laissera une blessure chez le poète qui signera ses premières poésies écrites à 17 ans de ce nom Apollinaire. Il fait ses études dans différentes villes du Midi méditerranéen mais sans jamais avoir son bac !

Revenu à Paris, il s’essaye à différents métiers et commence à écrire.

Ses principaux recueils de poèmes sont Rhénanes, Alcools (1899), La chanson du mal aimé (1909), Poèmes à Lou, Calligrammes.

Il écrit aussi des essais sur la poésie, sur l’art en général. Il est alors reconnu comme précurseur et représentant de l’avant-garde artistique : il s’intéresse aux autres arts( peinture, cinéma, théatre). D’ailleurs il écrira une pièce  Les mamelles de Tirésias (juin 1917).

Il part à la guerre en 1914 ; blessé il est trépané.

Puis très malade, il meurt en novembre 1918.

En décembre, sa conférence sur L’esprit nouveau et les poètes est publiée. Elle servira de référence à toute la génération qu’il a incarné .

Poème choisi par DANIELE S.

par Bibliothèque municipale publié dans : Poème du mois
Mercredi 19 juillet 2006

Avare


M'alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l'essentiel

Abandonnant ma longue traîne

de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets

devenir oiseau avare
Ivre du seul vol de ses ailes

Michel Leiris

(poème écrit en 1944, paru dans Haut Mal, Poésie/Gallimard, 1969)

 

Avec ces quelques lignes aériennes, Michel Leiris nous enseigne l’infatigable travail de l’homme pour atteindre la liberté.

Né à Paris en 1901, il était à la fois poète, ethnographe, critique d'art et essayiste. Mais c'est son œuvre autobiographique qui s'impose nettement comme la partie la plus imposante de son activité d'homme de lettres. Tout au long de sa vie, Leiris mêle son nom aux courants de pensée qui ont marqué d'une empreinte indélébile l'histoire de la littérature et des arts au XXe siècle, comme le groupe des Surréalistes.

Michel Leiris fait son apprentissage en poésie sous la férule de Max Jacob. Le langage apparaît d'emblée comme la préoccupation majeure de l'écrivain, l'objet de son écriture. Au début de 1930, Leiris parcourt l’Afrique pendant à peu près deux ans, exerçant désormais en plus de son métier d’écrivain autobiographe celui d’ethnographe. Tout au long de sa vie, Michel Leiris ne sera jamais sourd aux cris du monde qui l'entoure : très peu d'intellectuels auront signé autant de pétitions et de déclarations collectives que lui. Il est mort en 1990.

Poème choisi par EUGENIE.

par Bibliothèque municipale publié dans : Poème du mois
Jeudi 1 décembre 2005

Matin en prime

Essaim de récitatifs sur le trottoir
Une pierre explosive tourne le pouvoir en bourrique
Les dieux à Noël ont les mers jusqu’aux jambes.
Sur la cime des trois éternités
Coupe - cocos (obscur alpha)
Est le coq attendu
La côte veille au grain
La mer en prend pour ses bigarades
Une loquacité localisée dans la fumée des « bruits à bain » charrie
Là notre naissance à mourir.

BORIS GAMALEYA
Extrait du recueil Jets d’aile, vent des origines (2005)

BORIS GAMALEYA
Né en 1930 à Saint-Louis de la Réunion, Boris Gamaleya fait figure de plus grand poète contemporain engagé de la littérature réunionnaise.
De père russe et de mère créole, il se consacre entièrement à l’écriture qu’il voue à la fois à l’héritage paternel et à l’île maternelle, ainsi qu’à sa vie dans la Creuse. Il enseigne le français à la Réunion à partir de 1955, mais est exilé en métropole par le gouvernement qui le punit ainsi pour son engagement politique. Il reviendra en 1973, après une longue grève de la faim.
En 2001, il reçoit le prix de l’Océan indien pour son texte L’arche du comte d’Orphée. Il n’aspire alors qu’à une chose : « être un électron libre dans la Réunion éclatée du souffle ».
Le volcan à l’envers (1983) constitue l’acte fondateur d’un genre nouveau dans la littérature réunionnaise, le théâtre poétique. Très inspiré par l’histoire et les mythes réunionnais (dont en particulier le thème du volcan), il exprime son attachement à la langue française tout en faisant des emprunts à d’autres langues et en inventant des formes verbales.
Boris Gamaleya est autant un auteur de théâtre qu’un poète, il vit une expérience spirituelle intime et intense et se tient, au cœur de l’île, dans le retrait et le silence.
Poète du bout du monde, Gamaleya est donc un célébrant des mythes polyphoniques et constitutifs d’une créolité ouverte sur l’amour de l’Autre – sources universelles de la spiritualité – et jamais plus mise en esclavage…

par Bibliothèque municipale publié dans : Poème du mois
Lundi 30 mai 2005

 

je ne sais d’où je viens

 

je ne sais où je vais

j’avance au beau milieu

 

de la vie de la mort

comme un danseur de vide

 

cherchant le sang des choses

j’écris contre le bruit

 

de la douleur du monde

j’avance au beau milieu

 

de la vie de la mort

je ne sais où j’ai vu

 

cette pluie d’insomnie

j’écris contre le bruit

 

de la douleur du monde

encore un souffle d’or

 

dans la course au soleil

un grand vent étoilé

 

qui secoue les vertèbres

je mets ma vie en jeu

 

je mets ma nuit au feu

réclamant sans répit

 

ce qui laisse sans voix

un grand vent étoilé

 

qui secoue les vertèbres

je le reconnais bien

 

c’est l’infini parlant

 
Zéno Bianu, ou la poésie pour s’aventurer au plus profond de soi – au-delà de soi.
Né en 1950, il est l’auteur d’une œuvre singulière et polyphonique, interrogeant à la fois la poésie, le théâtre et l’Orient. Les titres de ses livres – Infiniment proche, Traité des possibles, Le ciel intérieur – disent déjà l’exigence d’un parcours spirituel traversé par l’élan vers une transcendance jamais acquise.

Denses, violents parfois, ses poèmes se situent sur le territoire d’un « présent absolu », et sont peuplés de ciels, d’étoiles, de lumières, de nuits, de « bleu-fauve »…
Son œuvre entre volontiers en résonance avec d’autres, comme celles de Van Gogh, d’Yves Klein ou des poètes du Grand Jeu ; elle est marquée par les spiritualisés asiatiques – dont il est un passeur en France. On lui doit plusieurs anthologies de poésie chinoise, indienne ou japonaise, ainsi que de nombreuses traductions d’ouvrages de sagesse.
Par ailleurs traducteur de deux des plus grands romanciers hongrois, Miklos Szenkuthy et Sandor Marai, animateur de la collection « Poésie » chez l’éditeur Jean-Michel Place et adaptateur de textes classiques au théâtre, Zéno Bianu, donneur de « mandalas sonores », défend la voix vivante de la poésie.
par Bibliothèque municipale publié dans : Poème du mois
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